Blog + rouge + vert
Humeur rouge-verte > ECOLO et la politique énergétique : une analyse qui manque de (...)
‹‹ Pour une "gauche nouvelle" Le PS vu de l’intérieur par Jean Maurice Dehousse ››

ECOLO et la politique énergétique : une analyse qui manque de conséquence

Par Pierre Eyben

28 juin 2007 - 11:46


ECOLO a consacré sous la plume d’Isabelle Durant et de Muriel Gerkens un communiqué à la question de la politique énergétique en Belgique. Celui-ci me semble être une illustration parfaite de l’incohérence écologique d’ECOLO.

Tout d’abord, il est bon de rappeler que le parti ECOLO (le PS n’a pas été en reste) a massivement poussé à la libéralisation du secteur énergétique car il pensait que cela favoriserait l’émergence des énergies vertes. Aujourd’hui, on voit évidemment qu’il n’en est rien. Le marché est dirigé par les gros opérateurs et il est mu par une logique de profit à court terme et non d’écologie c.-à-d. d’impact à long terme et de préservation des générations futures. On voit aussi que c’est le marché qui s’impose aux citoyens et non l’inverse. Alors que les grands secteurs économiques libéralisés (métallurgie, automobile, construction, télécommunications, transports, électronique, distribution,...) connaissent d’importants phénomènes de concentration, ECOLO en reste à l’utopie d’une libéralisation qui serait faite pour le citoyen, lequel impulserait une économie verte. C’est une analyse que les faits contredisent. Si les citoyens sont en mesure d’impulser une autre logique, ce n’est que collectivement et à travers leurs Etats. Ce fut l’idée même de la notion de service public, c’est également une des analyses essentielles que l’on doit à Marx. C’est pourquoi il faut se préoccuper d’un contrôle démocratique et citoyen des moyens de production. La meilleure façon de le faire est évidemment qu’ils en soient toutes et tous les « propriétaires ».

Alors que la libéralisation s’est (logiquement) accompagnée de la suppression de la quasi totalité des organes de contrôle, le parti ECOLO promeut aujourd’hui "la CREG, organe indépendant de régulation". Qu’est-ce qu’un organe indépendant (entre autre des acteurs politiques comme cela est précisé) régulateur dans un marché que l’on libéralise ? Se préoccupe-t-il des investissements, des choix en matière de modes de production, des conditions de cette production ? Fait-il du protectionnisme si de l’énergie nucléaire bon marché arrive massivement de France ? Il faut aller au delà des mots. On ne peut accepter à la fois la logique dérégulatrice qui pousse partout en Europe aux libéralisations/ privatisations et prétendre réguler. On ne peut ignorer que la vague actuelle de libéralisations/privatisations a été impulsée dès la fin des années 80 (entre autre avec le duo Thatcher-Reagan) afin d’offrir aux grands groupes capitalistes de nouveaux marchés au sein de nos économies en remplacement de l’expansion coloniale et qu’en conséquence sa logique n’a rien d’écologique ou citoyenne.

ECOLO propose également "d’introduire la progressivité dans la tarification des consommations afin de récompenser les consommateurs qui font des efforts pour réduire leurs consommations". Il s’agit d’une proposition qui repose sur l’initiative individuelle et donc d’une vision écologique de droite. Cette logique revient dans les faits à punir une seconde fois celles et ceux qui sont sans le sou et n’ont donc pas les moyens de construire efficient ou simplement de mettre du double vitrage.

Même si cette optique me semble illusoire, je suis bien conscient qu’il est préférable de prétendre réguler le marché plutôt que de le laisser complètement libre. Mais ce discours est creux car il est aujourd’hui celui de la quasi totalité des formations politiques (de gauche ET de droite) et ce en complète contradiction avec la réalité de leur action politique. Doit-on rappeler que le TCE que toutes et tous promurent (en ce compris ECOLO et le PS) élève au rang de valeur la « concurrence libre et non faussée » ? Libre et non faussée, cela veut dire non régulée.

3 Messages de forum

  • libre et non faussée implique automatiquement une régulation, sinon il n’y a pas moyen de faire respecter le coté non faussé de la concurrence

  • Il ne faut pas jouer avec les mots. La regulation dont vous parlez n’a rien avoir avec le fait de fixer des prix democratiques, des tarifs sur base de criteres sociaux,...

  • D’une façon ou d’une autre, le prix de l’énergie va très fortement augmenter. Pas seulement celle à laquelle vous pensez habituellement, mais aussi celle que l’on présente comme la moins chère en Belgique et en France.

    Vous ne devriez pas ignorer que le prix de l’uranium est passé de 10 à 140 dollars la livre depuis janvier 2003 et atteindra les 300 dollars avant fin 2008.

    C’est ici : Pénurie d’uranium

    Cela finira bien par se répercuter sur le coût de production de l’électricité nucléaire, qui augmentera de 65% avant d’être multiplié par 2,4.


‹‹ Pour une "gauche nouvelle" Le PS vu de l’intérieur par Jean Maurice Dehousse ››