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29 juin 2007 - 12:43 - #politique - #social démocratie
J’ai fait connaissance avec Jean-Maurice Dehousse aux abords d’une trémie lors des luttes étudiantes de 1994. Depuis, je n’ai toujours pas digéré cette réponse violente face à un combat juste contre le détricotage d’un enseignement de qualité qu’orchestrait Laurette Onkelinx et dont on ressent chaque jour les conséquences néfastes.
Cependant, j’ai depuis appris à apprécier sur des combats importants son intelligence, sa pugnacité, bref son engagement d’homme de gauche quand bien d’autres ont abdiqué.
Quand tous les socialistes serraient les rangs pour faire passer en force le TCE sans consulter les citoyens, il était aux côtés des résistants. Aujourd’hui, alors que les mêmes pratiquent avec toujours autant d’assiduité la génuflexion devant Elio Di Rupo et tentent de circonscrire la débâcle électorale du PS aux « magouilles carolos », il continue de s’opposer avec verve à la rhétorique de circonstance des cadres du PS.
Face à la marée de droite qui déferle sur l’Europe, face aux renoncements de la social-démocratie, sans renier ma spécificité anticapitaliste, sans me contenter d’une option réformiste qui me semble plus que jamais la plus utopique [1], sans partager en tout l’analyse de Jean-Maurice Dehousse, il me semble important, comme le soulignait Raoul Marc Jennar, de ne pas perdre de vue les fondamentaux qui unissent celles et ceux qui refusent la logique actuelle. C’est pourquoi je reproduis ici et avec son autorisation quelques documents qu’il m’a fait parvenir et qu’il me semble important de diffuser.
Bonjour
1. Les résultats des élections fédérales du 10 juin ne nous ont pas remplis de joie mais ils ont amplement justifié les avertissements que nous n’avons pas cessé de donner au cours des dernières années et des derniers mois.
2. Trois résultats doivent être considérés comme majeurs :
la victoire indiscutable de M. LETERME et de son parti constitue en fait
le retour du CVP comme premier parti de Flandre ;
au même moment, les socialistes wallons, pour la première fois dans
l’histoire du suffrage universel en Belgique, cessent de constituer le premier parti
en Wallonie ;
à eux seuls, les trois partis de droite en Flandre (sans même compter
l’extrême-droite) rassemblent près des deux tiers des voix.
3. IL EST DONC CLAIR QUE L’ABANDON PROGRESSIF DU SOCIALISME PAR LES DIRIGEANTS DES PARTIS SOCIAUX DEMOCRATES N’OUVRE NULLEMENT LA VOIE A UN PROGRESSISME MEME MODESTE : AU CONTRAIRE, ILS LA FERMENT.
4. Tout le monde comprend que les résultats des élections belges ne constituent nullement des exceptions : avec des variantes nationales bien naturelles, ils correspondent au contraire aux résultats électoraux enregistrés dans le reste de l’Europe.
5. Ainsi en est il des Etats voisins : France, Pays-Bas, Allemagne (trois échecs sociaux-démocrates).
6. Mais, comme l’a rappelé avec raison Guy SPITAELS, ce n’est pas par hasard que les sociaux-démocrates ne sont plus au pouvoir dans aucun des cinq Etats scandinaves.
7. Dans ces conditions, attribuer la débâcle socialiste aux seuls éléments de malfonctionnement, de concussion ou de corruption relevés dans la ville de Charleroi ne constitue pas seulement une malhonnêteté mais démontre que la direction du Parti Socialiste considère les électeurs et les électrices comme des imbéciles.
8. Incidemment, que la conférence de presse consacrée par le président du Parti sur les résultats électoraux se soit déroulée dans un décor (évidemment préparé comme d’habitude à l’avance) annonçant « la Belgique rassemblée » (alors qu’elle a rarement été aussi divisée) constitue un grand moment du surréalisme, et démontre que ce mouvement reste bien vivant dans nos contrées.
9. Comme aucune voix discordante n’a osé se faire entendre au Bureau du Parti qui a suivi ces fantaisies (ce qui démontre l’écart énorme creusé entre la direction du Parti d’une part, les militants et le grand public d’autre part), j’ai estimé qu’il était non seulement de mon droit mais de mon devoir de m’exprimer publiquement sur les affaires du Parti, ce que je n’avais plus fait depuis longtemps.
10. Mes propos ont été publiés dans les journaux de la chaîne « Sud Presse », présente dans toute la Wallonie et dont le journal amiral reste (à Liège et ailleurs) La Meuse.
11. Vous trouverez donc en annexe I la publication de mes propos telle que faite dans La Meuse ; le journal n’a pas choisi de reproduire tout ce que j’avais dit mais les propos publiés sont par contre largement fidèles.
12. Bien évidemment, j’ai réclamé la démission du principal responsable de l’échec du P.S., à savoir son Président. Non seulement la reconnaissance de ses erreurs grandit l’acteur politique mais ici la responsabilité présidentielle est encore plus grande qu’en Allemagne ou en France.
13. J’avais voici vingt mois annoncé que le principal intéressé commettait non seulement un acte anti-statutaire mais aussi une profonde erreur en cumulant les fonctions de Président et celles de Ministre (autre première dans l’histoire du Parti). Je n’espérais pas voici vingt mois que les événements me donneraient raison sur une pareille échelle. Le cumul a notamment privé le Parti de son leader dans toute la campagne électorale mais il a également conduit à une affreuse confusion (d’ailleurs savamment entretenue) dans l’affaire des « dysfonctionnements » de Charleroi.
Voilà où conduisent les rêves de pouvoir absolu.
Tout cela était inscrit dans les astres donc prévisible, ce qui explique que je l’ai prédit, et je ne ferai pas semblant aujourd’hui de verser une larme mais j’ai la rage au cour en voyant le dommage (hélas durable) causé au Parti et en pressentant combien tout cela va coûter cher à l’ensemble des citoyens et plus particulièrement aux travailleurs et aux moins nantis.
14. Georges DEBUNNE avait raison : on nous ramène au XIXe siècle en rendant les riches toujours plus riches et les pauvres toujours plus pauvres.
15. D’autres consciences socialistes se sont exprimées après moi, dont l’ancien président Guy SPITAELS et un jeune bourgmestre socialiste (Marc BOLLAND) : vous trouverez la teneur de leurs propos en annexes II et III.
Que dans les remarques nombreuses et pertinentes que ceux-ci ont formulées, il s’en trouve certaines qui diffèrent des miennes ne m’inquiète en rien et me réjouit au contraire car cela démontre que la démocratie refleurit toujours chez les socialistes, même et surtout quand on veut l’étouffer.
16. Enfin je joins à ce message de réflexion et de combat le texte de la résolution votée démocratiquement cette semaine à l’unanimité sauf une abstention par le comité de la section socialiste de Liège (annexe IV).
17. Vox populi, vox dei, aurait-on dit en d’autres temps (et d’autres lieux).
Voix du peuple ou même Cri du peuple, auraient écrit d’autres.
Il faudra bien qu’on nous entende, tôt ou tard. Ce n’est pas pour rien que l’Internationale affirme qu’en cas de besoin « ils sauront que nos balles sont pour nos propres généraux ».
Salut et Fraternité.
J.M.D.
[1] Je pense comme Didier Brissa que c’est le socialisme et non le PS qu’il convient de sauver.
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