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Ce texte est paru dans La Libre Belgique du 16 juillet ainsi que dans le Drapeau Rouge numéro 18 (juillet-aout). Une version plus courte est également disponible sur ce blog.
Si les médias arrêtaient de couvrir le Tour de France, ils donneraient enfin un coup de pied dans la fourmilière. Un geste qui ne pourrait qu’être profitable à leur crédibilité comme à celle du cyclisme.
Je lisais ce matin dans mon journal un énorme encart publicitaire de la RTBF concernant la couverture exceptionnelle que la chaîne publique (radio et télévision) va consacrer au Tour de France. Dans celui-ci, il n’y avait pas la moindre allusion au contexte, pas la plus petite once de recul.
En continuant de couvrir sans le moindre scrupule cette épreuve (exemplative mais qui n’est en rien une exception), les médias sont les premiers responsables de la poursuite du dopage institutionnalisé qui détruit le cyclisme en particulier et le sport professionnel en général.
Si une attitude amorale peut sembler logique de la part d’un média privé soumis aux diktats de la rentabilité, le fait que notre télévision publique (financée à 75pc avec de l’argent public) consacre sans scrupule des sommes colossales à cet événement est inacceptable.
A l’exception de Greg Lemond, il n’y a pas un seul des vainqueurs du Tour de France ces 20 dernières années qui n’ait été impliqué dans une affaire de dopage. Stephen Roche (1987), Pedro Delgado (1988), Miguel Indurain (1991-1995), Bjarne Rijs (1996), Jan Ullrich (1997), Marco Pantani (1998), Lance Amstrong (1999-2005) et Floyd Landis (2006) ont tous de près ou de loin été éclaboussés. Leurs dauphins sont tout aussi tristement célèbres (Ivan Basso, Richard Virenque, Tony Rominger,...). Ce sont pas moins de 25 pc des coureurs (en moyenne) lors des vingt derniers Tours de France qui ont été touchés par des affaires de dopage.
Contrairement aux idées reçues largement diffusées par les médias, ce phénomène n’est par ailleurs pas nouveau. En 1911, Paul Duboc, deuxième du Tour, était impliqué dans une affaire de dopage, tout comme après lui Henry Pelissier en 1924 ou André Leducq en 1930. Et les légendes ? Fausto Coppi s’est vu impliqué dans une affaire de dopage en 1942, Jacques Anquetil en 1964, Eddy Merckx fut convaincu de dopage lors du Tour d’Italie en 1969, Louis Ocana en 1977, Bernard Thévenet, présentateur sur une chaîne publique, fut convaincu de dopage en 1976 et a avoué s’être dopé à la cortisone pendant 3 ans, Bernard Hinault refusa de se soumettre à un contrôle en 1982 et fut condamné, Laurent Fignon en 1987,... La liste est quasi sans fin. Pas un podium qui ne compte des noms impliqués.
Au total, 896 coureurs professionnels ont été reconnus coupable de dopage depuis 1881. Alors que la proportion d’asthmatiques dans la population mondiale n’est que de 2,7 pc, environ un tiers des coureurs du dernier Tour bénéficiaient d’une autorisation d’usage à des fins thérapeutiques pour cette affection. Sur les 13 coureurs contrôlés positifs lors de ce Tour, 12 disposaient de cette autorisation et échappèrent à toute sanction. Il est temps que les médias disent "stop", qu’ils arrêtent de nous servir la ritournelle cent fois ressassée du "Tour du renouveau". Il n’y a pas de renouveau mais un inlassable recommencement.
L’intérêt médiatique et les masses d’argent qui l’accompagnent poussent les sportifs à la performance extrême et au dopage. Si des médias posaient un geste fort en refusant de continuer de couvrir le Tour de France en feignant d’ignorer l’ampleur de dopage, s’ils couvraient à la place, en vue de les faire découvrir et pour bien moins cher, de petites épreuves locales de sport amateur, ils donneraient (enfin) un sacré coup de pied dans la fourmilière qui ne pourrait qu’être profitable à leur crédibilité comme à celle du cyclisme et du sport professionnel en général.
En attendant, si les médias refusent de boycotter ce lamentable spectacle, c’est à nous de boycotter les médias afin de les pousser à agir avec un peu plus de conséquence.
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