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Réchauffement climatique et capitalisme : plus on sait tout, plus on ne sait rien

9 octobre 2007 - 10:17


Le réchauffement c’est inn ! Il n’est pas une publication un peu « verte » qui n’aborde cette question, pas un journal qui n’ait pondu un numéro spécial, une radio qui n’ait son émission sur le sujet.

Et pourtant, que ce soit au sein de mes relations amicales et familiales ou lorsque j’interviens dans des assemblées -que l’on peut qualifier de sensibilisées- je constate que les pratiques individuelles évoluent peu. Combien ont laissé la voiture et se sont remis au vélo et aux transports en commun ? Combien refusent les voyages low-cost et les last-minute pour le soleil ? Combien délaissent les supermarchés et choisissent d’acheter local ? Combien refusent les gadgets électroniques venus des cheap-factory asiatiques et conçus pour ne pas résister ? Combien ont drastiquement diminué leur consommation d’eau et d’électricité ? Très peu.

Pourquoi ? Nous serions une planète peuplée d’humains biologiquement égoïstes et insensibles au devenir des générations futures ? Comme Yves Paccalet, devrions-nous proclamer « l’Humanité disparaîtra, bon débarras » ? Non, mille fois non ! Je réfute autant que je refuse cette thèse nihiliste. Je la réfute car l’Homme a de tous temps montré qu’il pouvait créer et porter des projets de progrès (abolition de l’esclavage et de la peine de mort, droit à une sécurité sociale,…) et d’émancipation collective (Commune de Paris, Révolution d’Octobre, Révolution bolivarienne,…) quelle qu’en fut l’issue et parfois l’échec. Je la refuse également – par principe - car je veux quelle que soit l’issue, refuser la fatalité. Accepter l’idée de l’inéluctable, c’est renoncer à choisir une autre voie.

Une information culpabilisante et de mauvaise qualité

Les messages qui nous parviennent sont contradictoires et le premier vecteur de confusion est constitué par des médias qui alternent appels à la consommation et sensibilisation factuelle

« On nous cache tout, on nous dit rien, plus on sait tout plus on ne sait rien », chantait Jacques Dutronc. En fait, on nous dit tout et son contraire et surtout sans joindre les actes à la parole. Les médias déversent aujourd’hui sur le citoyen lambda leur soupe moralisatrice et convenue. Changer ses habitudes, opter pour une « voiture verte », fermer les lumières, couvrir les casseroles,… Diantre quels vilains citoyens nous formons, parfaitement informés que nous sommes ! Mais le catéchisme du citoyen planétaire responsable nous parvient de plateaux où la chaleur émanant des spots fait couler le maquillage des invités venus par avion des quatre coins du monde, il est couché sur le papier glacé entre deux publicités pour voiture.

Toujours davantage financés par la publicité – le plus gros annonceur étant le secteur automobile – les médias sont bien mal placés pour nous amener à réfléchir. Ils préfèrent le plus souvent nous culpabiliser. Vu leurs propres contradictions, le message ne peut pas passer. Empêtrée dans ses contradictions et sa logique productiviste – la place disproportionnée laissée aux informations boursières en est une jolie illustration – le message des médias est inaudible.

Des autorités discréditées

Les autorités appellent elles aussi à l’initiative individuelle – au mieux portée par des incitants économiques – mais l’évolution structurelle de la société souque à contresens. On ferme des petites gares mais construit des autoroutes, on sous-investit dans les transports en communs publics, on autorise une présence croissante de la publicité et la radicalisation de ses techniques de conditionnement. Bref, les Etats renoncent à combattre la logique économique et nous vendent à un système écologiquement et socialement mortifère mais ils le font tout en nous invitant à nous montrer socialement et écologiquement responsables. On fait difficilement plus malhonnête.

Des conditions matérielles qui bloquent toute évolution

C’est l’aliénation de l’Homme, et d’abord son aliénation à une logique économique et des pratiques de consommation imposés par la « classe de loisir » ainsi que la qualifie Thorstein Veblen qui conditionne ses actes. Changeons le cadre et l’Homme s’ouvrira à des dimensions bien plus réjouissantes qu’il porte en lui.

C’est pourquoi il est essentiel d’axer le combat écologique – comme le combat social - sur la réorganisation de la société, une transformation de sa logique. Le fait de changer les pratiques individuelles ne doit pas être écarté mais on doit cesser -ainsi que c’est actuellement le cas – d’en faire un étendard derrière lequel on dissimule opportunément l’impact de la société et plus spécifiquement de notre modèle économique, le capitalisme.

Tout est fait dans la société actuelle pour inciter à la consommation – et même à la surconsommation -, à l’absence de solidarité et au refus de prendre du recul. D’aucun qualifie le système actuel de simplement amoral, je pense au contraire qu’il porte intrinsèquement en lui une série de contre-valeurs (absence de solidarité, productivisme,…) qui rendent aujourd’hui impossible toute mutation profonde de nos modes de vie. Le capitalisme est immoral.

Changer de logique pour changer la société

Pour inverser la tendance, il convient dès lors de repenser l’algèbre de notre société et d’inverser une série d’équations. Economie aux services des peuples et non peuples asservis par l’économie. Production établie en fonction des besoins et non besoins formatés pour écouler la (sur)production. Dans cette mathématique du monde, un terme revient sans cesse que nous ne pouvons ne pas inverser : le capitalisme. C’est pourquoi il convient de prolonger la réflexion anticonsumériste et écologique d’une réflexion marxienne anticapitaliste.

Le XXIIème siècle sera anticapitaliste ou il sera plus moche encore que les précédents.

7 Messages de forum

  • Très juste. Je pensais la même chose en regardant toutes ces boutiques illuminées la nuit tandis que l’on nous demande de ne pas laisser nos appareils électriques en veille.

    ps : il n’y a normalement pas d’accent sur le "ou" de la dernière phrase, sinon ça ne veut rien dire.

  • Salut,

    Il serait intéressant de faire une petite étude sur la tendance actuelle à relativiser, voire nier, les changements climatiques. Plusieurs ouvrages de ce type ont été publiés récemment ("Les prêcheurs de l’apocalypse", "Climat de panique", le dernier bouquin d’Allègre, etc.) Tous jurent, évidemment, avoir la parole libre et ne pas être payés par des compagnies pétrolières. Les réactions se situent sur 2 plans :

    1. Soit nier purement et simplement le réchauffement climatique (mais ceux-là sont de moins en moins nombreux) ;
    2. Soit nier l’origine anthropique de ce réchauffement ou minimiser sa portée, en se référant notamment à des analogies historiques foireuses du type "Vers l’an 1000, il y avait aussi un réchauffement en Europe, vous voyez bien qu’on est toujours là en 2007 !"

    Voilà quelques raisons de clouer le bec à ces cuistres. A nos plumes !

  • ps : il n’y a normalement pas d’accent sur le "ou" de la dernière phrase, sinon ça ne veut rien dire.

    corrigé, merci

  • Meme si ca sonne très pessimiste, je crois que nous sommes de toutes facon bien loin du point de non retour et que beaucoup de gens le sentent, ce qui ne les motive pas a changer d’habitude puisque de toute manière" il est trop tard".
    L’oléocene n’aura pas duré bien longtemps.
    Note : les puissants de ce monde ( Microsoft, Rockefeller et Monsanto (sic)) l’ont déja compris et construisent un bunker au nord de la Norvège afin d’y entreposer toutes semence végétale existant, sans doute pour esperer repeupler la Terre après la fièvre climatique qui s’annonce tous les jours un peu plus vite, tous les jours un peu plus forte.

    La seule facon que les gens prennent vraiment conscience du problême serait d’instaurer un crédit CO2 par habitant, il serait de 500 kg par an par terrien (6.5 Milliards)
    Ca fait 500 L d’essence par exemple, ou le ciment d’une maison ou un pc complet....
    Qd on comprend ca, on comprend qu’on ne changera jamais assez de nous meme (dans les pays occidentaux) pour rétablir la balance....

    François

  • Salut Pierre,

    J’partage ton analyse. Un élément retient davantage mon attention, c’est cette idée d’aliénation au système économique, et ce qui me fait enrager plus que tout, cette idée partagée par la plupart de mes connaissances, de centre comme de gauche (déso j’ai peu de connaissances de droite...) selon laquelle si on arrive pas à changer son comportement c’est à cause des obligations sous-tendues par le système qui s’imposent à tous. Et c’est là que j’ai envie de crier "mais bord.. , il ne tient qu’a vous de refuser de vous intégrer dans ce système qui ne vous convient pas". Ce n’est pas une fatalité. La voiture n’est pas une fatalité, travailler 38 heures semaine n’est pas une fatalité, faire ses courses au supermarché non-plus. C’est à partir du moment où l’on accepte que les contraintes s’imposent inéluctablement à nous que cela devient impossible d’adopter un comportement en adéquation avec les valeurs que l’on défend. C’est pourtant si facile de tomber dans le piège... un exemple : emprunter sur 30 ans pour payer sa maison...le début d’un long emprisonement dans les jôles de l’immobilier.
    Par contre, pour survivre en dehors du système (du moins aussi largement que possible) il faut en sortir ensemble, et pas chacun de son coté. Si nous ne refusons pas ce modèle de vie qu’on tente de nous imposer par tous les moyens (médias, publicité, université...), alors jamais nous ne changerons fondamentalement cette société qui en a bien besoin...

  • Pas de déterminisme de ma part mais la conviction que pour la très grande majorité il est vachement difficile de sortir de la logique de masse. Il faut un bagage matériel et culturel costaud. Il faut assumer une forme de désocialisation. Il faut une autonomie financière suffisante (On est dans un pays où 17% de la population vit sous le seuil de pauvreté.),...

    C’est en cela que même si je pense que la prise de conscience individuelle est importante, je pense avant tout que sans mouvement sociétal global, sans volonté populaire traduite et portée politiquement, il n’y aura pas de salut. Pour cela il faut des relais. Ils sont clairement à (ré)inventer.

    Pierre


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