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Mehmet Koksal renonce, victime de l’extrême droite turque et de lâchetés politiques

1er novembre 2007 - 04:07


Après avoir été physiquement molesté la semaine dernière par des militants Turcs d’extrême droite, un des rares journalistes belges d’investigation ferme son blog victime de menaces et d’insultes touchant toute sa famille.

Mehmet Koksal, puisque c’est de lui qu’il s’agit, est l’auteur de l’excellent blog "Humeur Allochtone", il est également chroniqueur au Journal du Mardi, et il a été récemment élu en tant que membre du Conseil de direction de l’Association des Journalistes Professionnels (AJP).

C’est un journaliste de qualité qui a, par exemple, révélé la présence d’un candidat lié à l’extrême droite turque sur la liste PS de Schaerbeek lors des élections communales de 2006. Depuis, certains ne lui ont pas pardonné ce qui était pourtant un travail journalistique d’investigation de première importance.

Ce jour, la fermeture de son blog est une mauvaise nouvelle pour celles et ceux qui tiennent à une presse libre et à des blogs d’investigation de qualité. C’est par ailleurs la démonstration éclatante de deux évolutions dangereuses :
- La présence d’une droite extrême de plus en plus décomplexée sur le territoire belge.
- L’attitude plus qu’équivoque à son encontre de certaines franges du monde politique.

Le calcul politicien de certains partis, calcul qui consiste à se montrer parfois peu regardant sur le profil de candidats issus de l’immigration risque de se payer fort cher car "l’intégration" (je n’aime pas ce mot) et la "multi-culturalité" doivent s’accompagner d’une exigence démocratique qui semble aujourd’hui s’effacer devant certains intérêts purement électoralistes. Il semble exister à l’égard de l’extrême droite issue d’autres pays une grande méconnaissance et, plus grave, une certaine mansuétude. Or, ainsi que je l’ai écrit dans une carte blanche cosignée avec Manu Abramowicz dans LLB et le JDM : "[...] il n’existe pas d’extrême droite acceptable, [...] le devoir des formations démocratiques (et a fortiori de celles de gauche) est de conserver un solide cordon sanitaire pour isoler l’extrême droite dans le paysage politique. [...] il faut aussi – et surtout – refuser que les idées nauséabondes des VB, des FN, des néofascistes des Loups gris turcs ou des intégristes islamiques revendiquant un Ordre nouveau religieux contaminent le monde politique".

Je vous invite en tout cas à lire le dernier billet de Mehmet Koksal, il est d’une effrayante lucidité : http://allochtone.blogspot.com/2007...

Si comme moi vous pensez que son travail est essentiel, c’est maintenant et ici qu’il faut le soutenir (info@mehmet.be) et le défendre. Mutatis mutandis, il n’y pas qu’en Birmanie que certaines libertés fondamentales sont menacées.

Nouveau : Interview audio de Mehmet Koksal

6 Messages de forum

  • +1

    Rien à ajouter sur le fond. Le travail de Mehmet Köksal est essentiel.

    Parfois au Clea, nous aussi, nous avons eu des désaccords sur certains de ses articles. Mais tant mieux ! Cela veut dire que les détails et les enjeux de l’affaire du procès "du DHKP-C" (toujours en cours à Anvers) ne sont pas assez clairs. Ce qui n’est que plus motivant.

    Il ne serait jamais venu à l’esprit d’un militant progressiste qu’il soit turc, belge ou que sais-je de lui "casser la gueule" pour un article. En revanche, s’il cesse son travail d’investigation, nous accuserons une réelle défaite.

    La ligne éditoriale d’un journaliste doit demeurer libre et indépendante. Et la seule chose qui puisse lui être opposée, ce sont des arguments.

    Mais les arguments de l’extrême-droite, on les connaît : menaces, chantage, intimidations, violence physique, lobotomisation des esprits...

    Ceux qui ont toléré, passé sous silence voire défendu la peste brune dans ce cas, on les connaît. Et il est bien malheureux qu’ils n’en viennent jamais à subir directement eux-mêmes le juste retour de flamme de cette politique clientéliste.

    http://blogduclea.blogspot.com/

  • Un journaliste que l’on force à se taire, c’est la liberté d’expression de chacun qui est en danger

  • Dans notre pays il vaut mieux être d’extrême droite que d’extrême gauche.

  • La question a déjà été posée il y a quelques années aux Pays-Bas, également à propos de la communauté turque : un Turc néerlandais a-t-il le droit de dire et d’écrire que les Turcs des Pays-Bas sont très conservateurs, trop nationalistes, qu’il y a parmi eux des fascistes, criminels et des profiteurs, comme dans tous les autres segments de la société néerlandaise, autochtones ou allochtones, que tous les problèmes que connaissent les Turcs néerlandais ne sont pas imputables au racisme des autochtones à leur encontre.

    Une tribune libre avait été publiée dans ce sens dans un grand quotidien néerlandais et avait donné lieu à un très intéressant débat pluriel, avec des démocrates, des progressistes, des Loups Gris, des islamistes, des communistes, des Kurdes, dans l’émission dominicale du Nederlands Moslim Omroep, en turc avec sous-titres en néerlandais et en arabe. En Belgique, c’est carrément impensable, les nationalistes, Loups Gris ou autres, et le personnel diplomatique, sécuritaire (MIT) et militaire (OTAN) turc bruxellois veille à ce que le "patriotisme" étouffe toute velléité de dissidence.

    Mais il n’y a pas que chez les Turcs que la question du droit à une expression dissidente au sein d’une "communauté minoritaire" se pose, il suffit de se rappeler la publication par des sites sionistes fascistes de listes de "traîtres", de Juifs qui ont osé exprimer des critiques vis-à-vis de l’Etat d’Israël.

    Et je peux témoigner avoir rencontré des militants politiques bruxellois d’un parti flamand (VLD) qui sont favorables à l’extension de la région bruxelloise à des communes de la périphérie, à facilités ou non, mais qui n’oseraient jamais exprimer publiquement une telle opinion de peur de faire l’objet d’appels au lynchage, voire de crises familiales.

    Dans la famille de Mehmet, il y a toutes sortes de gens, des personnes non politisées et d’autres qui sont plutôt sur une ligne nationaliste et négationniste turque (par exemple son cousin lointain Sadik Köksal, conseiller communal MR à Schaerbeek).

    Ca fait déjà un moment qu’il y a des pressions sur lui de la part de sa famille, qui a peur pour son intégrité physique, ou parfois en a marre d’être interpellée dans les cafés ou ailleurs sur "ton neveu" ou "ton cousin" le "traître à sa patrie". Cette pression s’est dramatiquement accrue depuis une dizaine de jours, et Mehmet a dû prendre une décision.

    Je crois que s’il avait eu un emploi stable avec des revenus décents il aurait eu des arguments pour poursuivre, mais là il faut bien se rendre à l’évidence, ça n’est pas le journalisme qui lui permet de vivre décemment, c’est son activité d’interprète juré. Ce n’est pourtant pas faute d’avoir postulé.

    Mais quand on a écrasé des orteils socialistes et humanistodémocrates on ne reçoit même pas de réponse aux sollicitations d’emploi, spontanées ou suite aux annonces, au Centre pour l’égalité des chances par exemple.

    Suffrage Universel

  • Voici un intéressant article qui appuie l’idée de "racisme bon teint" évoquée dans mon billet

    "Le racisme des élites monte"

  • juste une chose
    il ne faut pas confondre terroriste ( dhkp-c) tueur de turque et partie extrême-droite ( mhp ) qui ne laisse pas les gens cracher sur la turquie
    je ne suis ni pour un ni pour l autre mais a choisir
    je prefert ce qui casse (mhp) que ce qui tue ( dhkp-c )


‹‹ Table ronde : L’avenir incertain de la Poste Elio Di Rupo et l’« ultra » capitalisme ››
  • L’Humanité du 5 septembre révélait qu’au cours des 6 premiers mois de l’année 2011, les entreprises du CAC 40 ont réalisé des bénéfices nets records s’élevant à 47 milliards d’euros, soit une hausse de 7,4 % par rapport à 2010. Le seul groupe Total a amassé 6, 6 milliards d’euros de bénéfices sur la période. Elle est pas belle la crise ...

    Pour 2011, voici (en extrapolant) 100 milliards d’euros inutiles que via des décisions politiques, l’Etat français peut retourner à la collectivité plutôt que de sabrer dans les tâches utiles remplies par l’Etat (ce que certains qualifient erronément de "dépenses publiques" quand il s’agit à la vérité "d’investissements au profit de la collectivité"), et d’appauvrir plus encore la population.

    Alors, à quand l’austérité sur les bénéfices ?

    le Septembre 2011
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