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Traité de Lisbonne : bénédiction médiatique à l’extrême-onction de la démocratie.

13 décembre 2007 - 11:47


C’est aujourd’hui que Guy Verhofstadt signera au titre "d’affaire courante", le document le plus important de ses deux mandats de Premier Ministre, celui qui modifiera le plus profondément notre société et sa politique dans les années à venir. Cette signature par les 27 Chefs d’Etat européens du Traité de Lisbonne, puisqu’il s’agit de ce texte, est un coup de poignard à la démocratie, la démonstration ultime du fait que nos dirigeants ont désormais décidé de se passer de nous, les simples citoyens, pour avancer à pas forcé vers l’ultra-libéralisme , le capitalisme débridé.

Le Traité de Lisbonne, également qualifié de "Mini Traité" ou de "Traité Modificatif Européen" est la copie conforme de l’ultra-libérale Constitution Européenne rejetée démocratiquement par les Français et par les Hollandais en 2005. Les premiers à reconnaître qu’il s’agit du même texte ne sont ni des euro-sceptiques de droite, ni des "gauchistes" (prétendument anti-européens parce qu’ils réclament une autre Europe), ce sont les pères même de la Constitution Européenne. Ainsi Jean-Luc Dehaene déclarait-il récemment à la RTBF : "Il ne faut pas parler de mini-traité. C’est juste un terme inventé par Sarkozy pour des raisons de politique intérieure. Mais ce traité contient en fait 90% de ce qu’il y avait dans le traité constitutionnel, voire même plus. En fait, la principale différence, c’est que le traité constitutionnel était quelque chose de lisible, alors que là on arrive aux mêmes résultats en faisant des amendements aux traités existants, ce qui donne un texte totalement illisible pour les citoyens. Mais fondamentalement, c’est la même chose." . Quant à Valéry Giscard d’Estaing il affirme : "Dans le traité de Lisbonne, rédigé exclusivement à partir du projet de traité constitutionnel, les outils sont exactement les mêmes. Seul l’ordre a été changé dans la boîte à outils. Les propositions institutionnelles du traité constitutionnel (...) se retrouvent intégralement dans le traité de Lisbonne, mais dans un ordre différent"

Je ne peux qu’inviter celles et ceux qui voudraient revenir sur les raisons majeures qu’il y a, pour tout progressiste, à s’opposer à ce Traité, à écouter l’exposé de Raoul Marc Jennar.

http://acontrecourant.be/IMG/mp3/Conference_Jennar_expose.mp3

Il est interpellant de constater que la quasi totalité des médias faillissent à nouveau à leur tâche d’information, à leur rôle de contre-pouvoir. Ce matin même encore sur la radio de service public "La Première", la journaliste chargée de l’Europe évoquait en parlant de la signature du Traité, le blocage évité détaillant les "avancées" du texte (élection d’un président ou possibilité de pétition citoyenne avec un million de signataires). Sur ce qui fonde l’opposition de nombre de progressistes (militarisme otanien renforcé, références religieuses affirmées, Parlement atrophié et Commission non démocratique maintenue, Banque Centrale non contrôlée, non reconnaissance des services publics, concurrence libre et non faussée élevée au rang de valeur fondamentale, non prise en compte de la Déclaration Universelle des droits de l’homme et adoption en pointillé de la déjà très faible Charte des Droits Fondamentaux,...) : rien, nada, nothing, niks ! Sur la légitimiteé d’un Premier Ministre expédiant les affaires courantes pour signer un texte si important : rien ! Sur la formule absolument nouvelle et pour tout dire carrément hallucinante qui consiste à se passer de TOUTE consultation populaire pour resoumettre un même texte : quasi rien ! On note juste - à regret ? - qu’un référendum sera obligatoire en Irlande.

A faire l’Europe sans les peuples et au gré des seules envies et besoins de nos élites, on finit par la faire contre eux. A bafouer la démocratie, on la met en danger. L’attitude actuelle de nos dirigeants est comparable à celle de ceux qui s’autoproclamaient jadis avant-garde du prolétariat, sachant mieux que lui comment faire son bonheur, sans compter que c’est cette fois plutôt du bonheur de riches actionnaires dont il est question.

Pierre

NB : Notez une carte blanche intéressante sur le même sujet dans La Libre Belgique de ce jour.

3 Messages de forum

  • Autre carte blanche parue aujourd’hui, la "Lettre ouverte à Monsieur Verhofstadt", de Jef Sleeckx et Jean-Maurice Dehousse.

    Lettre ouverte à Monsieur Verhofstadt

  • Avant toute chose, je voudrais te poser une question : Qui devait signer ce traité si ce n’est l’actuel Premier en affaire courante ? D’abord, même s’il est vrai qu’il n’est plus soumis à aucun contrôle parlementaire il reste bien sous le contrôle Conseil d’État. Ensuite, si ce texte ne change rien, cela signifie que la Belgique ne va pas modifier ce qu’elle a précédemment ratifié.
    Troisième solution : Gouvernement provisoire de trois jours le temps de cette petite fête européenne... ?

    Pour en revenir au sujet principal, penses-tu qu’il faut dénoncer des aspects existants depuis plusieurs années dans les traités européens ou jeter un œil sur ce qui est apporté de nouveau ? En effet, lorsque tu dénonces le « pas forcé vers l’ultra-libéralisme, le capitalisme débridé » tu ne fais que dénoncer une politique déjà bien en place.
    Par contre là où il existe une véritable avancée, c’est sur le fonctionnement des Institutions, le vrai débat.
    - Parlement atrophié : Si tu fais référence à la diminution d’une trentaine de députés sur les presque 800, je trouve qu’atrophié est fort comme adjectif. Il ne s’agit ni plus ni moins qu’une modification du nombre de parlementaire pour permettre une meilleure répartition entre les pays. Mais si tu fais références à ses nouvelles compétences, tu es complètement à côté de la plaque car elles n’ont jamais été aussi grandes.
    - Commission non démocratique maintenue : Vrai mais au moins elle est beaucoup moins liée aux Etats et mieux contrôlées par le Parlement européen.
    - Banque Centrale non-contrôlée : Elle répond à une politique mise en œuvre par les Etats Membres. Qu’on ne soit pas d’accord avec cette politique est un autre débat.
    - Concurrence libre et non faussée élevée au rang de valeur fondamentale : Oui depuis les traités des communautés européennes, malheureusement rien ne neuf.
    - Non prise en compte de la Déclaration Universelle des droits de l’homme et adoption en pointillé de la déjà très faible Charte des Droits Fondamentaux : Je ne savais pas qu’il existait une et une seule norme de référence en matière des droits de l’homme. Le traité non seulement donne
    valeur juridique à la Charte mais aussi fait référence – et si bien plus protecteur que la seule DUDH – à toutes les pratiques constitutionnelles des Etats membres…autrement dit : DUDH (Eh oui !) mais aussi la Charte, la Convention européenne des droits de l’homme, les libertés fondamentales de chaque Etat membre et toutes les autres conventions internationales.

    Le lien du nouveau traité : http://www.assemblee-nationale.fr/1...

  • En vitesse parce que j’ai décidé de me donner un peu congé :)

    Avant toute chose, je voudrais te poser une question : Qui devait signer ce traité si ce n’est l’actuel Premier en affaire courante ? D’abord, même s’il est vrai qu’il n’est plus soumis à aucun contrôle parlementaire il reste bien sous le contrôle Conseil d’État. Ensuite, si ce texte ne change rien, cela signifie que la Belgique ne va pas modifier ce qu’elle a précédemment ratifié. Troisième solution : Gouvernement provisoire de trois jours le temps de cette petite fête européenne... ?

    Personne ne devrait signer un texte aussi important. On devrait prendre la peine d’en exposer les enjeux aux citoyens avant de les consulter directement. Je suis pour un référendum. Mais il est vrai que le fait qu’il ait été signé par un chef d’Etat expédiant les affaires courantes ajoute au malaise profond que j’ai devant cette volonté claire d’agir par dessus la tête des peuples.

    Pour en revenir au sujet principal, penses-tu qu’il faut dénoncer des aspects existants depuis plusieurs années dans les traités européens ou jeter un œil sur ce qui est apporté de nouveau ? En effet, lorsque tu dénonces le « pas forcé vers l’ultra-libéralisme, le capitalisme débridé » tu ne fais que dénoncer une politique déjà bien en place. Par contre là où il existe une véritable avancée, c’est sur le fonctionnement des Institutions, le vrai débat.

    Il est vrai que certains aspects (pas tous) se trouvaient déjà dans les précédents traités. C’est pour cela que j’y étais également opposés :)

    Parlement atrophié : Si tu fais référence à la diminution d’une trentaine de députés sur les presque 800, je trouve qu’atrophié est fort comme adjectif. Il ne s’agit ni plus ni moins qu’une modification du nombre de parlementaire pour permettre une meilleure répartition entre les pays. Mais si tu fais références à ses nouvelles compétences, tu es complètement à côté de la plaque car elles n’ont jamais été aussi grandes.

    Je fais référence aux compétences et non au nombre. Il est vrai que l’on augmente un rien les attributions du Parlement. Il n’en demeure pas moins qu’il est le seul Parlement au monde, à ma connaissance, qui n’a pas le droit de faire une proposition de loi et doit faire confiance à la Commission, et qui n’a pas le dernier mot dans le processus législatif, cette prérogative revenant au Conseil des ministres. Sans compter qu’il n’a aucun contrôle sur le banque centrale. C’est un peu court par rapport aux exigences démocratiques, tu ne trouves pas ?

    Banque Centrale non-contrôlée : Elle répond à une politique mise en œuvre par les Etats Membres. Qu’on ne soit pas d’accord avec cette politique est un autre débat.

    Beuhhh ??? Elle ne répond juste à rien sinon aux décisions de M’sieur Trichet (un nom, un programme). Même aux States on n’a pas osé un truc pareil !

    Non prise en compte de la Déclaration Universelle des droits de l’homme et adoption en pointillé de la déjà très faible Charte des Droits Fondamentaux : Je ne savais pas qu’il existait une et une seule norme de référence en matière des droits de l’homme.

    L’article 23 de la Constitution belge consacre le droit au travail, le droit à la sécurité et à l’aide sociales. L’article 22 de la Déclaration Universelle des Droits de l’Homme consacre le droit à la sécurité sociale, l’article 23 consacre le droit au travail et à la protection sociale. Dans le TCE, on consacrait au contraire le droit de travailler (Article 75) et parlait de reconnaissance (et non de respect) du droit d’accès aux prestations de sécurité sociale et aux services sociaux. C’est kif kif avec le TME.

    Le problème n’est pas qu’il n’existerait qu’une norme mais le fait que deux siècles après, la nouvelle norme constitue un pas en arrière.

    Le traité non seulement donne valeur juridique à la Charte mais aussi fait référence – et si bien plus protecteur que la seule DUDH – à toutes les pratiques constitutionnelles des Etats membres…autrement dit : DUDH (Eh oui !) mais aussi la Charte, la Convention européenne des droits de l’homme, les libertés fondamentales de chaque Etat membre et toutes les autres conventions internationales.

    Des discussions que j’ai eues avec des juristes progressistes, cette "référence" est rendue suffisament floue pour être totalement nulle. La vérité est que la GB ne voulait pas de la DUDH. On l’a donc évacuée en douceur.

    Jean Bricmont a écrit : « les Socialistes et les Verts, en encourageant la construction européenne au nom de leur “valeurs”, principalement l’antinationalisme, ont mis en place un dispositif institutionnel visant à les prémunir contre leurs propres audaces et surtout contre celles de leur base ». Je crois qu’il a infiniment raison et qu’il est temps de s’en rendre compte.

    On devrait avoir le droit d’être de gauche et de dire "Oui à l’Europe, mais pas celle là" sans se faire injurier. On en est loin ! Et Lisbonne c’est un crachat à la tête de peuples entiers.


‹‹ Dassault aime Sarkozy et Kadhafi Une initiative publique indispensable ››
  • L’Humanité du 5 septembre révélait qu’au cours des 6 premiers mois de l’année 2011, les entreprises du CAC 40 ont réalisé des bénéfices nets records s’élevant à 47 milliards d’euros, soit une hausse de 7,4 % par rapport à 2010. Le seul groupe Total a amassé 6, 6 milliards d’euros de bénéfices sur la période. Elle est pas belle la crise ...

    Pour 2011, voici (en extrapolant) 100 milliards d’euros inutiles que via des décisions politiques, l’Etat français peut retourner à la collectivité plutôt que de sabrer dans les tâches utiles remplies par l’Etat (ce que certains qualifient erronément de "dépenses publiques" quand il s’agit à la vérité "d’investissements au profit de la collectivité"), et d’appauvrir plus encore la population.

    Alors, à quand l’austérité sur les bénéfices ?

    le Septembre 2011
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