Blog + rouge + vert
Humeur grise > Commission Attali : Le nouveau cheval de Troie néolibéral de Sarkozy
‹‹ Salon de l’auto : le net pas très net Causerie/débat : "Anarchisme et communisme : irréconciliables ?" (8 février à La Louvière) ››

Commission Attali : Le nouveau cheval de Troie néolibéral de Sarkozy

23 janvier 2008 - 17:01


Pour celles et ceux qui veulent regarder les faits avec un minimum de lucidité, la pseudo « politique d’ouverture » de Nicolas Ray Ban Sarkozy est limpide comme de l’eau de roche bénite. Histoire de définitivement dynamiter la social-démocratie qui, à force de renoncer, a perdu toute substance idéologique, le bushophile président français a résolument décidé de s’appuyer sur les plus fatueux aristocrates de la social-démocratie française. Ceux-ci, trop heureux de ne pas retomber dans l’anonymat qu’ils n’auraient jamais dû quitter, se réjouissent de lui embrasser les pieds.

Les expériences allemande et anglaise ont démontré de façon éclatante que la meilleure façon de faire avancer la mondialisation capitaliste est de voir les mesures les plus néolibérales promulguées par des membres de cette nouvelle droite qui siège à l’Internationale socialiste. Cette explosion des repères politiques déboussole passablement les syndicats et désamorce la lutte sociale. Le Grand Vizir de l’Elysée (même s’il est plus karcher que machine à laver) l’a bien compris.

En Belgique, la participation des socialistes aux gouvernements fédéraux (qu’ils soient orange-bleu, violet ou arc-en-ciel) répond à la même logique. Revenu de désintégration sociale, pacte anti-génération, privatisation de la Poste,… Les couleuvres furent (et seront) nombreuses pour les travailleurs.

Mais revenons à notre dernier mouton, prêt à se faire tondre pour un peu de lumière et un passage sur TF1. Jacques Attali, car c’est lui le dernier vendu néo-sarkophile en date (mais à quoi ne s’était-il déjà vendu ?), vient de faire rapport au Grand Tout. Alors que depuis plus de trente ans, croissance du PIB (unité de mesure strictement économique et non liée au bien-être) et croissance du développement humain sont complètement découplés, le thème de la mission qui lui avait été confiée par l’Illuminé Président, libérer la croissance, avait déjà tout pour éveiller les craintes. Le résultat est à la hauteur de notre désespérance.

Bien évidemment, Jacques Attali s’est empressé de qualifier le rapport remis à son Président Directeur Général de "non partisan". En ces jours où la pensée unique s’engouffre dans la moindre parcelle qui ne soit encore contaminée, cette expression désigne, il faut le savoir, toute contribution d’inspiration clairement néolibérale.

A la lecture de ce rapport (Voir http://www.liberationdelacroissance.fr), Nicolas Bruni ne sera pas déçu. Les maux comme les recettes sont d’une délicieuse orthodoxie. En trois points tout, ou presque, est dit :

Le premier mal, celui par lequel tout progrès semble irrémédiablement bloqué, c’est l’armée de glandeurs que constitue assurément le peuple Français. On peut ainsi lire dans le rapport Attali : « La France est en effet avec la Belgique le pays où le nombre d’heures travaillées par habitant est le plus faible de l’OCDE. » Il fut un temps où la diminution du temps de travail était un signe de progrès, le signe que l’évolution technique et technologique permettait d’augmenter la productivité et donc de réduire la part du labeur humain. Ce temps est révolu. Aujourd’hui que certains ont décidé de nous ramener au XIXème siècle, la diminution du temps de travail est devenue une anomalie qu’il convient de corriger au nom de la croissance. Le rapport Attali propose de « permettre à chacun de travailler tôt et aussi longtemps qu’il le souhaite ». Un vrai libéral n’impose pas, il permet. Ainsi, il permettra aussi à votre patron de vous rappeler qu’il y a 30 types dehors qui se permettraient bien de prendre votre boulot si vous vous permettez de ne pas « travailler plus pour gagner moins »

Le deuxième mal, personne ne sera étonné, ce sont les dépenses publiques, lesquelles sont forcément inacceptablement hautes en comparaison de pays merveilleux où, c’est sans doute un détail pour la gauche moderne, l’on tire à la loterie le droit à un minimum de soins. Attali et ses comparses proposent de diminuer d’un point par an la part des dépenses publiques dans le produit intérieur brut (PIB).

Le dernier volet qui fera plaisir aux patrons gauchistes de l’OMC et du FMI que sont les socialistes français Pascal Lamy et Dominique Strauss-Kahn, c’est évidemment la concurrence. On peut lire parmi les rapports mis en ligne sur le site de la commission : « Pour faire face à la concurrence et tirer parti des opportunités qu’offre leur nouvel environnement, il faut donc que les entreprises, comme les autres institutions de notre pays, notamment les administrations, mettent en place de nouveaux modes d’organisation tenant compte de ces facteurs. La France doit accompagner ses entreprises, et dans ce but, développer une réelle stratégie d’augmentation de son potentiel productif, qui seule permettra de financer les choix de société compatibles avec son histoire et sa philosophie de justice sociale. ». On trouve encore cette phrase a priori plus qu’énigmatique : « Il faut sans doute mettre un terme définitif à des politiques publiques qui nuisent à l’emploi et à une meilleure participation au marché du travail. ». Mais on comprend vite où la commission Attali veut en venir : « Il ne peut plus y avoir « deux France » : l’une protégée, l’autre exposée aux vents de la concurrence mondiale. Le poids de l’une entraînerait le déclin de l’autre. Il faut retenir une approche globale de la compétitivité. En particulier, la sphère politique doit prendre conscience que la compétitivité est une victoire de l’ensemble des forces d’un pays, pas seulement des entreprises : la compétitivité des services non marchands est, elle aussi, essentielle. ». En termes clairs, cela veut dire impulser une logique capitaliste dans la sphère publique pour la faire imploser. Et les commissaires attaliens vont encore plus loin puisqu’ils proposent « d’ouvrir les professions réglementées à la concurrence ».

On peut par ailleurs ajouter à ce triptyque magique des propositions pas moins « gauche décomplexée » en matière d’immigration (« faciliter l’immigration pour faire face aux pénuries de main-d’œuvre dans certains secteurs »), ou d’enseignement (« remédier à la très faible participation de l’enseignement supérieur à la recherche privée », « permettre aux parents de choisir le lieu de scolarisation de leurs enfants » c.-à-d. mettre fin au principe à vocation égalitaire de la carte scolaire,…) ou de « protection » des travailleurs (« Une protection de l’emploi trop stricte contribue à exclure du marché du travail les jeunes et les moins qualifiés »,)

Histoire d’un peu faire passer la pilule bleue (qui n’a rien de bandante si vous me permettez cette expression un peu phallocrate), le gang Attali ajoute une pellicule sociale à la Blair (formation des plus faiblement qualifiés, accroissement de l’offre en logement social ou encore développement de l’accès à la propriété des plus modestes). Soucieux de faire plaisir aux amoureux de l’écologie de salon, elle ajoute aussi une petite touche turquoise parfois carrément cocasse comme cette idée « d’imposer l’achat par les administrations publiques de véhicules hybrides ».

Une conférence ministérielle dirigée par le président de la Inc. France Company débattra de ce document, en extrayant nous pouvons en être convaincus, la substantifique moelle.

Courage amis Français ! Sonnons l’Attali ! Si 2007 fut l’année des Sarkophiles, 2008 sera celle des Sarkophages…


‹‹ Salon de l’auto : le net pas très net Causerie/débat : "Anarchisme et communisme : irréconciliables ?" (8 février à La Louvière) ››
  • L’Humanité du 5 septembre révélait qu’au cours des 6 premiers mois de l’année 2011, les entreprises du CAC 40 ont réalisé des bénéfices nets records s’élevant à 47 milliards d’euros, soit une hausse de 7,4 % par rapport à 2010. Le seul groupe Total a amassé 6, 6 milliards d’euros de bénéfices sur la période. Elle est pas belle la crise ...

    Pour 2011, voici (en extrapolant) 100 milliards d’euros inutiles que via des décisions politiques, l’Etat français peut retourner à la collectivité plutôt que de sabrer dans les tâches utiles remplies par l’Etat (ce que certains qualifient erronément de "dépenses publiques" quand il s’agit à la vérité "d’investissements au profit de la collectivité"), et d’appauvrir plus encore la population.

    Alors, à quand l’austérité sur les bénéfices ?

    le Septembre 2011
      réagir ?