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Contrer la hausse du coût de l’énergie tout en pensant à la planète : TVA variable par tranches ?

13 février 2008 - 14:35 - #écologie


Voici un billet sur une analyse personnelle, billet que je souhaiterais contributif et qui aborde la question de la hausse du coût de l’énergie. Il s’agit d’une réflexion non aboutie et je me dis qu’en la partageant avec vous, nous pourrions peut-être la faire avancer un peu.

Le prix des énergies fossiles ne cesse de croître. Cela a des répercutions majeures sur la facture énergétique des ménages les plus modestes [1] qui ont dès lors d’énormes difficultés à assumer leurs factures. Cette année, l’hiver est doux et le problème est moins prégnant. Toutefois, il se reposera avec acuité dès l’automne 2008. C’est donc aujourd’hui qu’il convient de réfléchir et de prendre des mesures.

A ce jour, deux solutions ont été lancées par la gauche : d’une part un chèque énergie et d’autre part une réduction de la TVA sur le mazout, le gaz et l’électricité.

Le chèque énergie est une idée qu’émet la FGTB, il s’agirait d’étendre le concept du chèque mazout au gaz et à l’électricité. La prime octroyée serait décroissante en fonction des revenus. Cette mesure à l’avantage de ne pas être un cadeau « pour tous » mais de toucher exclusivement les personnes les plus modestes qui en ont réellement besoin. Elle pourrait être financée via un impôt sur les bénéfices des opérateurs du secteur de l’énergie et en particulier d’Electrabel. Sous sa forme actuelle, le principe des chèques à toutefois tout de « l’aumône » et non de la solidarité véritable. La procédure pour obtenir les chèques est lourde est à certains égards vexatoire. Il s’agirait donc de passer à un principe d’octroi automatique et proactif.

La seconde proposition consiste en une réduction de la TVA à 6% sur ces mêmes produits. Le parti socialiste reprend aujourd’hui cette proposition. L’avantage de cette mesure est qu’elle permet de réduire la TVA qui est en soit l’impôt le plus injuste puisqu’il touche de façon non différenciée riches et pauvres. Elle présente toutefois au moins deux inconvénients importants. Le premier est qu’elle ne produit des effets qu’à la marge. Entre janvier 2004 et aujourd’hui le mazout de chauffage a par exemple augmenté de plus de 130% [2]. La seconde est qu’elle est un cadeau proportionnel à la consommation et indifférencié socialement. En clair, les gros consommateurs (propriétaires de grosses maisons avec piscines,…) bénéficieront d’une remise plus importante [3]. Cet aspect est, il est vrai, en partie contrebalancé par le fait que le poste « énergie » représente pour les plus fortunés une proportion moindre que pour les ménages modestes. En chiffres absolus le constat demeure : c’est essentiellement un cadeau pour les plus fortunés.

S’il y a urgence à agir et si chacune de ces mesures présente indéniablement des potentialités, elles présentent par ailleurs l’une comme l’autre un inconvénient majeur : elles ne s’attaquent pas à notre dépendance vis-à-vis des énergies fossiles. Or, avec la raréfaction des énergies fossiles (lesquelles sont encore très utilisées également pour la production d’électricité) couplée à la hausse de la demande, la hausse des prix va continuer et s’amplifier. Il faut donc penser à des mesures structurelles susceptibles d’alléger à court mais aussi long terme le portefeuille des familles modestes tout en contribuant à la réduction de notre consommation.

C’est pourquoi il me semble utile de commencer à réfléchir à l’idée d’une TVA progressive par tranche. Concrètement, le taux de TVA sur la première tranche de consommation (que l’on pourrait situer aux alentours de 1000 litres par habitation et par an avec un facteur correctif en fonction du nombre d’occupants) serait baissé voir ramené à 0%, la TVA sur les consommations entre 1000 et 3000 litres serait maintenu à son niveau actuel et la TVA sur les consommations supérieures à 3000 litres serait fortement augmentée. Il s’agirait en l’occurrence d’aller au-delà du taux de TVA sur les produits de luxe (33%). Les divers niveaux repris ici le sont à titre indicatif. Elargir la tranche de consommation "hors TVA" ou ajouter une tranche à 6% est faisable également.

Cette proposition présente plusieurs avantages. Premièrement, elle permet de réaliser une opération neutre pour les caisses de l’Etat. Même s’il existe d’autres mesures fiscales (taxation des bénéfices boursiers, impôt sur la fortune,…) afin de renflouer les caisses de l’Etat au moment où celui-ci éprouve d’énormes difficultés à assumer correctement ses missions de base comme la sécurité sociale, c’est important.

Deuxièmement elle constitue un incitant clair à l’initiation d’un « cercle vertueux » en terme de consommation, càd à diminuer notre dépendance vis-à-vis des énergies fossiles non renouvelables. Il s’agit d’aider ceux qui consomment modestement et de pénaliser les gros consommateurs.

Plus fondamentalement, moduler la TVA, c’est remettre en cause le principe injuste socialement d’une taxe à la consommation (même de ce qui est nécessaire) afin d’opter pour une taxe à la surconsommation, d’un incitant à la sobriété.

Toutefois, il ne s’agit pas de pénaliser les locataires qui n’ont pas le contrôle sur l’isolation des bâtiments qu’ils louent par rapport aux propriétaires, ni les propriétaires modestes qui n’ont pas les moyens de réaliser certains travaux d’isolation par rapport aux plus nantis.

Dès lors il convient de jumeler deux mesures à cette TVA par tranche. La première est la mise en place d’un service de tiers-payeur pour préfinancer les travaux d’isolation et d’installation de sources d’énergies renouvelables (panneaux solaires, panneaux photovoltaïques, pompes à chaleur, mini-éoliennes,…) pour tous les propriétaires, y compris les plus modestes. Le système actuel des primes exclu de fait les personnes qui n’ont pas la possibilité d’avancer les sommes d’argent nécessaires et d’attendre le retour de primes.

La seconde est le blocage des loyers en fonction des normes d’isolation. Concrètement, pour mettre en location un bien, il conviendrait de faire un audit énergétique et un prix maximum serait fixé en fonction de niveau d’isolation. Cette mesure, qui permettrait par ailleurs de mettre un frein à la hausse vertigineuse des loyers, permettrait d’inciter les propriétaires à effectuer des travaux d’isolation dans leurs bâtiments. Parallèlement, elle constituerait une aide aux locataires d’immeubles mal isolés en plafonnant leur loyer.

Notes

[1] D’autres facteurs comme la présence d’oligopoles et de monopoles privés dans un secteur qui n’est plus régulé jouent également un rôle important. Un exemple intéressant est celui de l’électricité. Celle-ci est pour partie produite à partir d’énergies fossiles. Toutefois la hausse constatée du coût de l’électricité est imputable également (sinon essentiellement) à la soif de profit de l’opérateur quasi monopolistique en Belgique, Electrabel. Rappelons que celui-ci a réalisé plus de 2 milliards d’euros de bénéfices en 2006.

[2] Source : http://www.mazout-on-line.be/EvoPrix.asp.

[3] Rappelons que c’est de l’argent qui ne sera plus disponible dans les caisses de l’Etat pour être redistribué.

7 Messages de forum

  • Sur papier l’idée de TVA par tranches peut sembler séduisante mais sur le terrain elle me semble peu praticable sans une paperasserie énorme, des contrôles et une encore plus grande complexité dans la taxation. En effet, les personnes se chauffant au gasoil peuvent faire plusieurs commandes séparées à divers moments de l’année. Faudra-t-il sommer ces différentes commandes (même si prises chez différents fournisseurs) et ensuite après coup collecter la TVA ? Comment empêcher les fraudes ? etc.

    De plus, comment définir ces seuils pour passer d’une TVA nulle à une TVA à X1% et ensuite à X2% ? Les gens combinent souvent plusieurs sources d’énergie (gaz-électricité-mazout). Comment gérer les maisons communautaires, les familles nombreuses, etc. qui consomment d’office plus pour une même surface ? Un audit pour chaque maison ? Des seuils à la carte ?

    C’est de mon point de vue une bonne idée mais irréalisable en pratique. Si c’est une mesure sociale que vous cherchez, autant définir l’indice TVA de la facture énergétique en fonction de la fiche de paie de l’année dernière (un peu comme le loyer des logements sociaux). C’est simple mais ca n’empêchera pas qu’encore une fois les travailleurs seront lésés par rapport aux rentiers (ou fraudeurs) en Belgique. Et ca ne conscientisera pas vraiment tout le monde non plus.

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  • Comme presque tout le monde crame > 1000litres par an, en fait abaisser la TVA a 0% des 1000 premiers litres, revient a donner a tout le monde (aisé ou pas) le meme cheque de 100Eurs (1000*prix_au_litre*tva).

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  • Je ne suis pas certain que nous brûlons tous + que l’équivalent de 1000 litres (apparts modestes par exemple). Mais de de toute façon, à ce stade, les chiffres sont vraiment indicatifs. Il s’agit de discuter du principe.

    L’idée de base est vraiment de dire que la modulation de la "taxe à la consommation" que constitue la TVA ne doit pas seulement avoir lieu sur la nature des produits (première nécessité, luxe,...) mais aussi sur la quantité que nous en consommons.

    Pierre

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  • L’idée n’est en tout cas pas absurde (du moins de mon point de vue) car chaque fois que j’ai entendu ce débat sur baisse ou pas de la TVA, cette idée de modulation est celle qui m’est venue directement à l’esprit... Et je n’ai pas compris que dans les media personne ne l’envisage (du moins à ma connaissance).

    La question reste de son côté pratiquement réalisable ou pas... Il faut à tout le moins y réfléchir.

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  • La variabilisation des coûts de l’énergie selon les tranches de consommation est une idée qui fait enfin doucement son chemin. Je me suis personnellement battu pendant 15 ans avec d’autres en Région bruxelloise pour imposer cette logique pour l’eau. Nous y sommes arrivés en 2004 et la "tarification solidaire" comporte 4 tranches variant entre 0,8 et 3,16 Euros/m³. La composition du ménage est prise en compte et chaque personne a ainsi droit à 15 m³ au tarif réduit dit vital. L’on peut envisager la même logique pour toutes les énergies distribuées par réseau : gaz et électricité. Les pouvoirs publics ont en effet la possibilité d’imposer des tarifications sociales et environnementales pourvu que l’équilibre économique des producteurs et distributeurs soit préservée. Si les petits consommateurs (qui sont évidement les ménages les moins aisés) paient moins, ce devra être compensé par une agmentation du prix des tranches supérieures, fait des gaspilleurs où de ceux qui doivent chauffer leurs 350 m²... Pas besoin donc de toucher à la TVA qui est une matière délicate avec interférence européenne forte. Pour le mazout ou propane, c’est plus compliqué. On pourrait imaginer des chèques-réduction pour les premières centaines de litres, puis des chèques mons élevés pour les litres suivants et puis plus rien. Avec un peu d’imagination ce serait très facile mais le plus compliqué sera de s’assurer la collaboration de la multiplicité de distributeurs indépendants... Ces tarifs progressifs sont non seulement sociaux mais, augmentant le coût des tranches marginales, ils sont aussi un incitant renforcé aux économies pour les gros consommateurs aisés. Une illustration parfaite de la convergence entre tes humeurs rouges-vertes et ma tendance verte-rouge... Alain Adriaens, conseiller communal ECOLO

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  • Cette idée rejoint assez bien les réflexions que je m’étais déjà faites. Mais je m’interroge quand même sur la faisabilité administrative d’une mesure du genre… Je pensais plutôt à un remboursement de la TVA sur un certain quota annuel d’énergie (à compter en kWh pour pouvoir faire une totalisation de tous les types d’énergie ?) en fonction de la taille du ménage. Reste le problème que le consommateur devrait alors quand même payer cette TVA pour ne se la faire rembourser que bien plus tard…

    Une petite remarque : sauf erreur de ma part, le taux de TVA de 33% sur les produits de luxe a été supprimé en 1993 lors de l’harmonisation européenne (harmonisation du fonctionnement et du nombre de taux différents, pas des taux eux-mêmes…) pour la création du marché commun.

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  • Je ne pense pas que le chauffage couplé éléctricité-énergie fossile soit la norme chez nous.

    Je crois que le fait d’avoir un distributeur public unique résoudrait pour l’essentiel le problème technique que vous soulevez. On aurait juste un système centralisé de commandes avec la possibilité de vérifier au moment de la commande où en est votre niveau de consommation sur les 12 derniers mois.

    C’est d’ailleurs sur cette base d’un opérateur unique public que la progressivité pour le prix de l’eau est possible à Bruxelles.

    De manière générale il conviendrait d’étendre une même logique de progressivité pour gaz, mazout, eau, électricté ... et pourquoi pas à terme pour tout achat (essence, électro,...) réalisé dans des coopératives publiques à créer. L’achat dans le privé serait lieu maintenu avec un taux de TVA fixe supérieur.

    Le capitalisme et le marché se cassent la figure, c’est le moment d’oser d’autres voies....

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