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Publicité à la RTBF : l’attitude inacceptable de la Ministre Fadila Laanan

14 février 2008 - 12:20 - #publicité - #services publics


J’ai entendu ce matin sur les ondes de La Première des bribes du débat entre Françoise Bertiaux (MR) et Fadila Laanan (PS) qui était consacré à la présence de la publicité sur la RTBF. Les propos qu’y a tenu la ministre sont tout simplement inacceptables.

Soyons clairs, le MR qui a toujours défendu bec et ongle la présence croissante de la publicité sur les chaînes publiques, fait sur ce dossier une pirouette des plus intéressées et politiciennes. C’est à tel point un copié-collé de ce qui est fait par Sarkozy que cela en est risible. Petite boutade. Le MR lorgne à tel point vers l’UMP que l’on peut se dire que c’est vraiment parce que De Wever voulait le régionaliser que l’on n’a pas encore de Ministère de l’identité nationale en Belgique.

L’argumentaire en faveur du maintien de la publicité développé par la Ministre PS en charge de l’audiovisuel n’en est pas moins suffocant. L’argument massue avancé par la ministre Laanan est que le fait d’ôter la publicité serait un truc de bobos (sic) qui ne se préoccupent pas des 50 euros que devraient acquitter les plus pauvres afin de compenser les rentrées publicitaires. Voilà un condensé assez rare de populisme [1] de bas-étage et de contre-vérités.

Peut-on rappeler à madame la Ministre que le coût de la publicité est intégralement reporté sur le prix des articles que nous achetons. Plus on autorise de publicité, plus la part consacrée à la publicité dans le coût des objets que nous achetons est élevée. A titre d’exemple, on estime que plus de 1000 euros du coût des voitures neuves est, en moyenne, directement imputable à la publicité. Le budget de la publicité dans notre pays croit de plus de 30% par an. Il s’élève aujourd’hui à environ 3 milliards d’euros soit 1% du PIB. En moyenne chaque belge « donne » 300 euros par an pour la publicité à travers la hausse des prix qu’elle entraîne. De cette somme, six fois supérieure à une possible redevance, madame Laanan ne semble pas se soucier. Pourquoi ? Parce qu’elle est diffuse, moins perçue par la population et que la perception importe plus à la Ministre que la réalité des plus précaires. Elle préfère donner de l’eau au moulin aux publicitaires qui voudraient laisser croire que c’est grâce à eux que certains événements ont lieu. Qu’il s’agisse simplement d’un report de la ponction, que la surconsommation qui en résulte ait des conséquences sociétales, sociales (endettement) et écologiques (surconsommation et modèle productiviste), de tout cela la Ministre ne pipe mot.

Peut-on rappeler également à la Ministre que la publicité commerciale n’est pas un secteur économique anodin. Qu’il s’agit d’un outil de formatage et de manipulation qui, indépendamment de l’esthétique où de l’originalité qu’il peut comporter, a pour but ultime de nous amener à consommer davantage. Si le service public se décharge de ses missions d’éducation populaire et « vend » la population aux annonceurs, est-il encore complètement un service public ? Lorsque ses rentrées (publicitaires) sont fonction de l’audimat, fait-il du service public ou de l’audience sa priorité ?

Le patron de la RTBF, dont on aimerait soit dit en passant connaître la fonction au sein de la RMB, l’organisme qui gère la pub à la RTBF, afin de connaître mieux son niveau d’intéressement, parle lui de pertes d’emplois. Madame Laanan relaye cet argument. La ministre ne semble même pas en mesure d’imaginer que l’on puisse compenser les rentrées publicitaires. La Communauté ne prélève pas d’impôt et il serait suicidaire de demander un refinancement. Comme il est devenu de coutume, c’est forcément d’un autre niveau de pouvoir que vient le problème. On ne nous consulte pas sur la Constitution Européenne (rebaptisée Traité de Lisbonne) parce que les Flamands, on ferme des bureaux de poste parce que l’Europe, on délocalise parce que les Chinois,... La belle affaire. Histoire de mettre les choses à plat, rappelons que les rentrées publicitaires à la RTBF s’élèvent à environ 60 millions d’euros par an. Pour ôter toute publicité (en radio) et parrainage, la VRT a besoin de 70 millions d’euros. Cela fait donc 130 millions d’euros dont ont besoin nos deux grands médias publics pour revenir exclusivement à leur mission de service public. A titre de comparaison, les diminutions de charges patronales s’élèvent elles à 7 milliard d’euros par an (plus de 50 fois plus) et les bénéfices du BEL20 sont supérieurs à 20 milliards d’euros par an (150 fois plus). La revendication semble peut-être usée à certains socialistes rosis mais elle n’en est pas moins d’une criante actualité : de l’argent, il y en a encore faut-il aller le chercher !

Mais plutôt que de chercher des solutions (on peut aussi ponctionner dans les rentrées publicitaires de médias privés, utiliser une part des 6% de croissance annuel du budget de la Communauté française, un peu moins dépenser pour les achats des prohibitifs droits en matière de sport,…) madame la Ministre Fadila Laanan préfère reprendre la formule chère à Didier Reynders et dire qu’elle n’est pas pour « la rage taxatoire.

L’impôt ce n’est pas de la rage madame la Ministre, c’est de la redistribution et la redistribution c’est l’essence même du socialisme dont vous vous réclamez. Lorsqu’elle oublie cela comme vous le faite, la gauche n’est plus la gauche. Et quand la gauche n’est plus la gauche, quand elle brouille à ce point les pistes, elle est l’allié objectif de la droite.

Notes

[1] Le populisme lorsqu’il s’agit de s’occuper réellement des intérêts du peuple ne m’effraye pas. Ici on est loin du compte.

5 Messages de forum

  • La publicité dit-’elle parfois la vérité ?

    hier, je me suis posé cette question : sur la rtbf, vers 19h, une pause pub habituelle... (j’allumai la téloche un peu tot pour le journal, n’ayant pas trops l’habitude de suivre un horaire précis dans ma vie courante... )
    Comme tout le monde pendant ces passages à vides, mon cerveau à tendance à se mettre en pause, par inintéret... Là, une pensée m’a "réveillé" tellement le "montage" auquel je venais d’assister était grotesque !
    En effet, une publicité (avant on aurait parlé d’information ou de propagande, selon) pour les "médiateurs de la région wallone", se faisait suivre par une pub pour... un os synthétique pour chien.

    J’avoue, je me suis vraiment demandé si quelqu’un avait fait ça exprès.
    En tout cas, ce qui est clair, c’est que la région wallonne a "vraiment perdu son blé" sur ce spot.

    Mm Lanaan apprendra donc comment la publicité vient même "directement" saboter les biens communs... et gaspiller l’argent public.

    Nous ne parleront pas du détournement systématique des moyens dédiés à la culture et qui tombent dans la poche de " l’industrie de l’entertainment" (l’aculture, par définition), par des achats directs, et par une translation toujours plus forte vers les programmes les plus ignares. (que penser p.ex. de "g-pigé", véritable culte "populiste" de la bêtise...)

    Ne parlons pas des nouveaux médias, dont le département au ministère dispose de ... environs 100.000 euros, cad moins de ... 0.05% du budget global.
    En attendant, Belgacom et consort se bourent les poches, vendant le peer2peer à prix d’or (la bande passante se paye au Gb, alors que la télé se paye à l’année) et les artistes sont les dindons de la farce (l’augmentation des cout de production ces dernières années explosent, les budgets publics stagnent, les ventes diminuent de la faute des majors et des sociétés d’auteurs privées...)
    Et Google vient installer son centre européen en wallonie, surement grace à de belles conditions toutes prète pour attirer cet "investisseur de choix", (intérets notionels ? mieux ?) qui donnera quelques dizaines d’emplois aux autochtones en échange de son immunité à toute taxe un peut créative....

    on est pas dans la mouise...

  • Saluations camarade.

    J’ai aussi entendu ce débat ce matin et partage bon nombre de tes préoccupations.
    J’ai relayé ici (http://grand-barnum.blogspot.com/20...)ton article.

  • Bigre !

    Je viens d’écouter ce « débat » et je dois dire que je pas compris grand-chose tellement ces deux harpies se coupaient sans arrêt la parole.

    Pour autant, surnageant au milieu de la fureur et des cris, la médiocrité de Mme Laanan a trouvé ici une nouvelle et presque lumineuse illustration — même si ce n’était plus nécessaire. Ses raisonnements poussifs et alambiqués sont, je crois, en passe de devenir proverbiaux. Quant au renoncement a priori de toute ambition politique qui semble lui dicter sa ligne de conduite, elle n’est que tristement représentative, à quelques exceptions près, de toute la « gauche » parlementaire qui préfère « sauver » quelques emplois ici et là plutôt que trouver une porte de sortie au marasme dans lequel nous baignons.

    Accessoirement, je crois que le PS a un vrai problème de recrutement de cadres...

  • On savait bon nombre de socialistes pas très à gauche... Mais faut-il ne jamais avoir regardé la télévision et les messages honteux véhiculés par la publicité pour oser défendre celle-ci ? Ma fille de 13 ans a un discours plus élaboré (et de loin !) qu’une ministre que l’on découvre absolument pas progressiste et très certainement déconnectée des enjeux essentiels de son département !

    Serge (actif dans le secteur culturel)

  • Bonjour,

    La RTBF , après avoir tu le sujet pendant 2 ans durant l’élaboration du contrat de gestion adopte maintenant une autre tactique pour l’enterrer.

    Elle le politise à outrance.

    Dans Mise au Point et à Matin Première, elle emploie la même tactique : mettre ensemble PS et MR qui vont jouer à bac à sable préélectoral pour 2009.
    Ainsi, on aborde pas le sujet réellement.
    C’est honteux !

    Or, l’actualité, à ce moment-là, c’était la carte blanche de 16 associations majeures.
    Voici cette “carte blanche” des 16 associations :
    http://www.respire-asbl.be/RTBF-san...
    Les présentateurs RTBF de ces deux émissions RTBF n’ont non seulement pas invité l’un des représentants associatifs mais ils n’ont même pas repris leur proposition. On veut une enquête scientifique sur ce sujet avant tout débat parlementaire.

    De plus, enfin Sud Presse (mais jamais la RTBF) vient de reprendre la phrase la plus importante (et nouvelle) du préfacier, Marc Moulin, de mon livre. On n’a encore jamais vu cet argument dans le débat. Et pourtant ! Alors, la RTBF a une dotation pour être un service public ou pour être une usine à emploi ? L’objectif principal, c’est le public. Non ? L’emploi, un moyen, mais pas la fin du service public ?
    Si on respecte cela, on troive tout de suite l’équilibre financier sans pub à la RTBF.
    Marc Moulin écrit donc : " « La pub n’est ni mauvaise, ni méchante. Elle n’a jamais empêché la qualité de l’info dans les grands quotidiens. Mais il faut la craindre dans les médias à zapette, ceux qui n’ont pas la force de résister à ses déviances. Il faut donc sauver la RTBF, et qu’elle fasse retour au non-marchand, qui est son lieu de naissance et sa maison. Ce n’est pas utopique. Cela consistera à supprimer des programmes que seule la pub a fait naître, et des personnels et moyens que seule la pub a engagés ».
    Pour lire tout Moulin, faudra acheter mon livre... Hi hi !
    http://www.consoloisirs.be/presenta...
    Mais non... Je viens de vous offrir la phrase - phare.
    Et donc, on attend les réponses du MR et du PS à l’argumeznt de Mouli. Et aussi du CDH et d’ECOLO (qu’on n’entend pas beaucoup actuellement).
    Et de vous tous , chers amis.
    En fait, sachez qu’on peut gagner cette bataille. Mettons-y un peu d’énergie et résistons.

    Bernard Hennebert


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