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Démocratie à Cuba : aller au-delà des clichés

19 février 2008 - 17:10 - #communisme - #démocratie


La récente confirmation de la non candidature de Fidel Castro pour la présidence du Conseil d’Etat et comme commandant suprême de l’armée cubaine est l’occasion d’une certaine agitation chez nous. Pas plus tard que ce matin, un chroniqueur de la RTBF radio s’est fendu d’une petite phrase dans laquelle il associait les noms de Fidel Castro et d’Adolf Hitler. Symptomatique.

Je ne considère pas le système cubain comme un modèle absolu de démocratie mais je trouve l’information reçue suffocante. Questionnons les fonctionnements démocratiques ... mais questionnons les partout et sur base de faits.

Je n’ai pas le temps d’aborder ici et avec suffisamment de rigueur ce thème foisonnant qu’est la démocratie, thème que l’on aimerait voir débattu avec autant de ferveur en ce qui concerne "notre société" alors nombre de nos droits démocratiques sont mis à mal (lutte contre le "terrorisme, vidéo-surveillance,...). Toutefois, vu l’actualité cubaine, il m’a semblé utile de donner quelques chiffres afin de nourrir la réflexion de chacun sur ce qui se passe à Cuba et la façon dont cela est relayé par nos médias.

- Le nouveau Parlement cubain, a été élu lors d’élections auxquelles la très grande majorité de la population cubaine a participé. Plus de 95% des électeurs se sont rendus aux urnes, ceci alors que le vote n’est pas obligatoire à Cuba. A titre de comparaison, aux Etats Unis, ils sont aux alentours de 30% à voter lors des divers scrutins, en France 50%. Chez nous, le vote est obligatoire mais l’abstention croissante.
- La composition du Parlement cubain est avec 42% de femmes (ce qui place Cuba à la 6ème place au niveau mondial looooiiiinnnnn devant la Belgique de papa), 29% de travailleurs, 61 % de parlementaires nés après la révolution, 63% de nouveaux et un âge moyen de presque 50 ans, un bon reflet de la société cubaine. Chez nous on compte environ 1% de travailleurs sans diplôme supérieur au Parlement et le nombre de néophytes est très faible.
- La législation cubaine interdit formellement au parti communiste de désigner des candidats. « Aucun parti n’a le droit de présenter des candidats. La postulation des candidats est directement effectuée par les électeurs eux-mêmes lors d’assemblées publiques. Le Parti communiste n’est pas une organisation électorale, et par conséquent, il ne peut ni se présenter aux élections ni désigner des candidats [1] ».
- A Cuba 50% des candidats au Parlement sont désignés par les habitants des quartiers. Les 50% restants le sont via les organisations sociales. C’est le syndicat qui préside les commissions pour désigner les candidats. Pour avoir la liste définitive des 614 candidats, il y aura eu pas moins de 2 millions cubains qui auront été consultés.
- On a vu et entendu les sommes faramineuses que les candidats à la maison blanche amassent afin d’assurer leur campagne de marketing électoral. Les dépenses de campagne s’élèvent à plusieurs centaines de millions de dollars. Cet aspect financier constitue bien évidemment un facteur majeur de sélection économique des élus. Une entaille démocratique énorme. Chez nous, j’ai eu l’occasion de pointer les écarts budgétaires et leur impact direct sur le résultat des élections [2]. A Cuba, pas un seul élu ne dépense le moindre centime de sa poche dans des campagnes électorales.

On doit dénoncer les atteintes à la liberté d’expression à Cuba. Nous nous battons pour ce droit ici, nous devons le défendre là-bas. Il y a environ 230 prisonniers politiques [3] à Cuba. (Sans compter bien évidemment ceux, non jugés, de Guantanamo qui même s’ils sont sur l’île de Cuba doivent être portés au nombre des prisonniers d’opinion des USA.) C’est peu mais c’est 230 de trop. On peut dénoncer l’absence d’un multi-partisme à l’occidentale à Cuba. En la matière, j’ai tendance à n’aimer ni les monopoles ni les oligarchies partidaires telles que nous les connaissons en Europe et plus encore aux Etas-Unis.

Toutefois ces revendications ne peuvent être portées seules sans réclamer dans le même temps la fin de l’embargo et des campagnes massives de pression (allant jusqu’au terrorisme d’Etat ainsi que c’est aujourd’hui officiel) exercées par les Etats-Unis depuis 1959 et la chute du régime dictatorial de Fulgencio Batista. Soyons honnêtes, les Etas-Unis se fichent comme de colin-tampon d’instaurer la démocratie et ils commercent depuis toujours avec les pires dictatures qu’ils n’hésitent jamais à soutenir au détriment de la démocratie (qui a oublié le Chili ?). Par contre, ils veulent à tout pris instaurer le main-mise du monde économique sur les peuples et le capitalisme (que l’on peu qualifier de sauvage si l’on n’a pas peur des redondances).

Cuba ce n’est pas l’Eden. La démocratie y est toutefois infiniment plus présente qu’avant la révolution cubaine et loin de l’image tronquée que donnent nos médias.

S’il est toujours utile de questionner la démocratie, cela n’a de sens que si on la questionne en tous temps et en tous lieux. Aussi aux Etats-Unis quand on y invalide des centaines de milliers de bulletins de vote d’électeurs noirs, aussi en Europe quand on tente de faire passer une Constitution européenne (rebaptisée Traité de Lisbonne) sans consulter les peuples, aussi en Belgique lorsque ce sont les partis qui à 90% désignent celles et ceux qui seront nos élus en les mettant en ordre utile sur les listes. Et puis la démocratie, ce n’est pas juste une élection tous les 4 ans. C’est un processus participatif. Ce sont des mandats révocables. C’est de la démocratie dans toutes les sphères de la société, à commencer par nos lieux de travail. Etc.

Si on veut discuter de la démocratie, ouvrons véritablement le débat ! Sans cela, c’est perdre toute crédibilité.

Notes

[1] Source : http://www.parlamentocubano.cu/Preg....

[2] Source : Quel accès aux médias pour les petites formations politiques ?.

[3] Source : Amnesty International

9 Messages de forum

  • Bonjour Pierre,

    Je te remercie pour cette remise des choses à leur juste place.

    J’avoue quant à moi ma nette préférence pour la démocratie à la Cuba - même si tout n’y est pas parfait - par rapport à celle des EU et de l’Europe.

    Chez nous, les droits civils et politiques - une des deux catégories des Droits de l’Homme - servent de plus en plus à desservir des projets capitalistes et impérialistes.

    Les droits sociaux, économiques et culturels - la deuxième catégorie des Droits de l’Homme, secondaires ou "oubliés" chez nous -, sont quant à eux le fer de lance du régime de Cuba.

    Merci à toi, Fidel, pour ton aide immense, courageuse et révolutionnaire au socialisme, aux peuples défavorisés, à la recherche de l’éthique, à l’Humanité toute entière...

    ¡Hasta la victoria siempre !

    Thierry.

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  • très vite : c’est Batista et non batistuta (serais-tu supporter de l’équipe de foot argentine dont une des figures historiques porte ce nom) ? ;)

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  • C’est une prière ou quoi les derniers paragraphes de Thierry Pignolet ?

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  • Quel est l’enjeu des élections législatives cubaines dans un régime à parti unique ?

    L’enjeu est réel. L’essentiel est de savoir si on va vers un changement institutionnel et si oui lequel. En d’autres termes, quelle place occupera Fidel Castro à l’issue de ce processus électoral complexe, qui doit déboucher sur l’élection du président du Conseil d’Etat, qui fait office de chef d’Etat. Fidel Castro avait, jusqu’ici, cumulé les titres de président, laissé à titre provisoire, en juillet 2006, à son frère Raul, depuis ses problèmes de santé, de Premier ministre, de premier secrétaire du Parti communiste cubain et de commandant en chef des forces armées. Plusieurs scénarios sont possibles. Il peut être ou non candidat à la présidence, abandonner le poste de Premier ministre - ce qui en pratique est déjà le cas -, n’être que député... Autre hypothèse, Raul Castro devient président, Carlos Lage, homme clef du pouvoir, relativement jeune et très respecté à Cuba, devient Premier ministre et Fidel reste premier secrétaire du PCC.

    Mais même si rien de spectaculaire ne ressort de ces élections, cela ne veut pas dire que le mouvement de transition sera stoppé, tant il est vrai qu’à Cuba, on fait souvent les choses avant de les dire. Or, il est clair que, depuis dix-huit mois, c’est Raul Castro et son équipe et non Fidel qui déterminent la politique intérieure et qui dirigent le gouvernement. Fidel Castro écrit des articles. Il a, d’ailleurs, déclaré récemment qu’il ne s’accrocherait pas au pouvoir en précisant même « qu’il ne disposait pas de la capacité physique pour parler aux habitants du quartier qui l’ont proposé comme député ». Nous sommes donc déjà dans l’après-Fidel.

    Y a-t-il une volonté de changement à la tête du pouvoir ?

    Absolument. Même si le désir de réformes est freiné par deux contraintes. La première est la volonté du pouvoir de ne pas donner prise à l’ingérence américaine. Il ne faut pas oublier que Washington a créé une « Commission pour la transition à Cuba » dirigée par un Américain et qui ne jugera la transition acceptable que si les deux frères Castro sont écartés du pouvoir ! Cela seul suffirait à figer le processus.

    La seconde est liée à la volonté d’éviter toute division dans l’équipe dirigeante. Or le rapport de forces est très instable au sein de l’appareil d’Etat entre les réformistes et les autres.

    Quoi qu’il en soit, Raul Castro, qui est un bien meilleur gestionnaire que son frère, a déjà imprimé sa marque. D’un point de vue politique, on assiste à une tolérance plus grande dans les milieux intellectuels et culturels. Au plan économique, Raul a annoncé des « changements structurels » qui devraient concerner au premier chef l’agriculture. L’objectif est de laisser un espace plus important aux petites exploitations. L’étau devrait être desserré aussi pour les travailleurs indépendants. Il faut dire qu’il y a urgence : les conditions de vie quotidienne des Cubains se sont beaucoup dégradées, qu’il s’agisse du logement, des transports ou de l’alimentation. La population est très fatiguée, la double parité du peso a accru les inégalités et Raul Castro le sait. Mais les réformes seront lentes et graduelles afin de ne pas compromettre la stabilité du régime car le pouvoir est hanté par la façon dont l’Union soviétique s’est effondrée.

    Quelles sont les marges de manoeuvre de Cuba pour conduire ces réformes ?

    Le contexte régional et international actuel lui est plutôt favorable. L’aide pétrolière du Venezuela est évidemment essentielle, mais le basculement à gauche d’une partie de l’Amérique latine a aussi offert à Cuba le soutien et la solidarité active de nombreux gouvernements ou, au moins, la neutralité bienveillante d’autres. Même le président mexicain Felipe Calderon, pourtant proche allié de Washington, veut restaurer des relations cordiales avec Cuba. Tout ceci crée un rideau protecteur face aux Etats-Unis.

    Au plan international, la coopération commerciale très intense avec la Chine, notamment en matière de biotechnologies, constitue un moteur de développement précieux. Enfin, on est presque sûr aujourd’hui qu’il y a du pétrole de bonne qualité dans le golfe du Mexique au large des côtes cubaines. C’est un espoir important pour Cuba de réduire sa facture pétrolière. L’inconnue, c’est donc bien l’évolution des rapports de force à la tête de l’Etat. L’issue de l’élection présidentielle américaine comptera aussi.

    HABEL Janette, DENIS Anne * Propos recueillis par Anne Denis pour le journal Les échos, édition du 21 janvier 2008. Reproduit par les Editions La Brèche numérique.

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  • HABEL Janette Enseignante à l’Institut des hautes études sur l’Amérique latine (Iheal), Janette Habel revient sur l’annonce de Fidel Castro de son retrait à la présidence de Cuba.


    Le retrait de Fidel Castro de la présidence de Cuba est-il un événement ?

    C’est un non-événement et un événement. Un non-événement car tout est programmé, minuté à Cuba, on ne laisse rien au hasard. Et puis Raul Castro est déjà à la tête du pays depuis plus de dix-huit mois. Mais c’est aussi un événement à cause de la suite. Dimanche, on va savoir qui est élu Président - ce devrait être Raul, mais de toute façon, ce sera pour une période brève - et qui entre au Conseil d’Etat (le « gouvernement » cubain, ndlr). Or, avec le retrait de Castro, il risque d’y avoir aussi un mouvement de départ des anciens, remplacés par des plus jeunes. On va également observer si des changements institutionnels sont lancés par le Conseil d’Etat. Reste enfin la question du Parti communiste cubain (PCC). Un parti qui est la colonne vertébrale de l’Etat et qui n’a pas organisé de congrès depuis plus de dix ans. D’ailleurs, Fidel Castro est le secrétaire général du PCC et n’a pas annoncé qu’il quittait cette fonction.

    Raul Castro a-t-il désormais les mains libres ?

    Disons qu’avant il se demandait toujours si le grand frère reviendrait ou pas. Or Fidel Castro a bien précisé dans son message qu’il n’était pas candidat à la présidence, mais aussi qu’il refuserait si on le poussait à la tête du pays car il y a des gens dans l’appareil d’Etat qui souhaitaient encore qu’il soit Président. Il y a donc une hypothèque qui est levée pour Raul. Il va pouvoir mettre en place les réformes qu’il souhaite. Ce sont des réformes économiques - il ne veut pas de réels changements au niveau politique - dont Fidel Castro n’est pas un grand partisan. L’annonce de son retrait ne s’explique seulement par la maladie : terminer sa carrière sans s’impliquer dans ce dossier n’est pas plus mal pour lui.

    Quel peut être le poids des militaires ?

    Je crois que l’on commet souvent une grave erreur sur l’importance de l’armée à Cuba : ce n’est pas un corps distinct du reste, elle est vertébrée par les cadres du PC. Le ministre des forces armées est Raul Castro. Et son propre gendre a un poste important dans les entreprises de l’armée. C’est d’ailleurs l’expérience de ces entreprises qui va inspirer les réformes économiques de Raul. Jusqu’ici, les entreprises du civil ne sont pas rentables et productives comme le sont celles de l’armée.

    Washington a annoncé aujourd’hui que l’embargo américain n’était pas remis en cause par cette annonce...

    La position du gouvernement Bush est très simple : avec les frères Castro : rien ! Mais Bush est en bout de course. Fidel Castro lui-même s’est invité dans la campagne américaine. Il a écrit plusieurs textes parus dans « Granma » (le quotidien officiel du Parti communiste, ndlr) où il s’adresse au candidat républicain McCain. Pourquoi fait-il cela ? Ce n’est pas un grand démocrate, mais il reste un grand stratège. Il tente d’améliorer les choses avec les Etats-Unis, et ce qu’il dit c’est « voilà déjà un des frères Castro qui part ». Mais le mieux pour Cuba, c’est la victoire d’Obama qui s’est dit prêt au dialogue.

    HABEL Janette * LIBERATION.FR : mardi 19 février 2008. Entretien recueilli par F. Me.

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  • j’ai entamé la lecture du petit traité de la décroissance sereine de serge latouche.
    A la page 24, on peut lire :
    "Il est intéressant de noter qu’un seul pays selon le WWF (rapport 2006) remplit les critères du développement durable, à savoir un seuil de développement élevé et une empreinte écologique soutenable : Cuba !"

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  • Interview : Précisions à propos de Cuba BESANCENOT Olivier, LCR (France) 23 février 2008 Invité ce vendredi matin [22 février 2008] à l’émission la matinale de Canal +, Olivier Besancenot a été interrogé sur la situation à Cuba après l’annonce que Fidel Castro ne se représenterait pas au poste de Président du Conseil d’Etat, équivalent du chef d’Etat. Une dépêche AFP reprise par le Figaro présente ses propos de façon tronquée et orientée.

    Nous tenons, avant tout, à réaffirmer notre solidarité avec la révolution et le peuple cubain contre l’impérialisme américain, en dénonçant en particulier le blocus économique qui affame Cuba depuis des décennies et les agressions terroristes, financées par la CIA et liées à l’extrême droite cubaine de Miami qui frappe la population. Ce que ne relève pas la dépêche du Figaro mais que l’AFP a relevé, ce sont ces propos : « Mais je ne me trompe pas d’adversaire non plus », a-t-il souligné. « Je ne suis pas pour que les Etats-Unis s’en mêlent, et je suis pour que le peuple cubain puisse décider de sa propre destinée seul, loin de l’impérialisme américain ». « C’est une île qui résiste, qui a une histoire particulière, donc moi je suis 100% solidaire du peuple cubain aussi face aux Etats-Unis », a insisté M. Besancenot. (AFP)

    Enfin, pour être tout à fait complet, ni la dépêche du Figaro ni même celle de l’AFP ne reprend les propos finaux de notre porte-parole : « Pour moi, dans le socialisme que je défends, dans le socialisme du XXI° siècle, il y a tout ça. Par exemple dans le Venezuela de Chavez, il y a des élections libres, il y a le multipartisme. Ces questions elles sont importantes. Je ne suis pas a-critique, mais je ne me trompe pas d’adversaire. Il y en a qui ont résisté face à l’impérialisme américain et l’impérialisme américain, c’est concret à Cuba. C’est le blocus, c’est aussi des attentats, il faut le savoir, on en parle rarement, mais il y a des groupes qui organisent des attentats à Cuba, contre la population cubaine et qui sont financés par les Etats-Unis. Ça, c’est l’ONU qui le dit, c’est pas moi. » (retranscription des propos tenus sur Canal Plus)

    Nous avons donc rappelé, en toute solidarité, nos divergences avec le Parti communiste cubain sur les questions de la démocratie politique à Cuba. Le socialisme du XXI° siècle devra être un régime plus démocratique que les « démocraties libérales » occidentales dans lesquelles les patrons finissent par imposer leur volonté par dessus les peuples. Démocratie sociale, démocratie politique, pluripartisme, suffrage universel, démocratie directe, toutes les formes démocratiques doivent s’intégrer pleinement à la construction du socialisme en prenant en compte les réalités historiques et concrètes des peuples concernés.

    Nous croyons que des avancées démocratiques sont aujourd’hui indispensables pour défendre les conquêtes et les acquis de la révolution cubaine. C’est au peuple cubain de décider et il n’est pas dans nos habitudes de nous poser en donneur de leçons…

    Les Bush, les Sarkozy et les dirigeants de l’Union Européenne sont par contre particulièrement mal placés pour donner des leçons de démocratie. Comment peuvent-ils exiger des élections libres alors que le blocus économique frappe le peuple cubain depuis des décennies ? Que la CIA et les groupes terroristes d’extrême droite de Miami ne cessent d’agresser la population ? La priorité à Cuba, c’est donc l’arrêt immédiat de la politique d’agression des USA contre le peuple cubain.


    Voici le contenu de l’interview d’Olivier Besancenot :

    Question : Il n’y a pas longtemps vous avez écrit un livre sur Che Guevara, là Fidel Castro a pris sa retraite, est-ce que vous êtes pour le retour de la démocratie à Cuba ?

    Réponse : Je suis pour plus de démocratie à Cuba, donc je suis pour des élections libres pour répondre concrètement à la question mais je suis pas pour que les Etats-Unis s’en mêlent voilà et je suis pour que le peuple cubain puisse décider sa propre destinée seul, loin de l’impérialisme américain. C’est une île qui résiste, qui a une histoire particulière. Moi je suis 100 % solidaire du peuple cubain face aux Etats-Unis. Je ne suis pas le facteur de Fidel Castro en France, je peux avoir des critiques à lui faire mais je ne me trompe pas d’adversaire.

    Q : Vous critiquez quoi chez Fidel Castro ?

    R : Ce que j’étais en train d’expliquer…

    Q : Pas d’élections libres ?

    R : Pas d’élection libre voilà, pas de multipartisme. Pour moi, dans le socialisme que je défends, dans le socialisme du XXI° siècle, il y a tout ça. Mais par exemple dans le Venezuela de Chavez, il y a des élections libres, il y a le multipartisme. Ces questions elles sont importantes, voilà, donc, je ne suis pas a-critique, mais je ne me trompe pas d’adversaire. Il y en a qui ont résisté face à l’impérialisme américain et l’impérialisme américain, c’est concret à Cuba. C’est le blocus, c’est aussi des attentats, il faut le savoir, on en parle rarement, mais il y a des groupes, oui, qui organisent des attentats à Cuba, contre la population cubaine et qui sont financés par les Etats-Unis. Ca, c’est l’ONU qui le dit, c’est pas moi.

    BESANCENOT Olivier, LCR (France)

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  • Cuba : le départ de Fidel

    DIAGO Édouard, SABADO François

    28 février 2008

    Raul Castro remplace son frère, Fidel, à la tête de l’État cubain, qui tourne ainsi une page de son histoire. Fidel est toujours là, premier secrétaire du Parti communiste cubain, mais de nouveaux équilibres politiques et socio-économiques peuvent changer la société cubaine. C’est l’occasion de revenir sur l’une des principales révolutions du XXe siècle. Inspiré de la geste anticolonialiste et anti-impérialiste de José Marti, mort au combat en 1895 contre les Espagnols, Fidel Castro, jeune avocat, a mené, avec une poignée d’hommes, le renversement de la dictature de Batista, en 1959. Il l’a fait avec une équipe de jeunes révolutionnaires qui, inspirés au début par la lutte de libération nationale, se sont progressivement revendiqués des conceptions marxistes et léninistes, en rupture avec les thèses staliniennes.

    Appuyés par une formidable mobilisation populaire, les rebelles ont résolu le problème de l’analphabétisme, obtenu des résultats impressionnants en matière d’éducation et de santé – aujourd’hui, l’un des systèmes les plus performants de la planète. Ils ont exproprié les grands propriétaires fonciers – cubains et nord-américains –, et ils ont distribué des milliers d’hectares de terre aux paysans. Ils ont nationalisé les banques et les trusts commerciaux, défendu le droit au logement par une politique de diminution des loyers et d’accession à la propriété. Leur action a permis d’ouvrir un débat fondamental sur la transition au socialisme, notamment dans les pays sous-développés et en Amérique latine, où les révolutionnaires cubains prouvaient que la satisfaction des revendications sociales et démocratiques passait par la rupture avec l’impérialisme.

    Enfin, Fidel Castro et Che Guevara feront de l’internationalisme une priorité de leur combat politique. Cela les a conduits à la constitution de l’Organisation latino-américaine de solidarité, puis de la Tricontinentale, dans le but de rompre l’isolement de la Révolution cubaine, en soutenant les mouvements révolutionnaires, en particulier en Amérique latine. Comment ne pas se souvenir de ce cri du Che, « Créons un, deux, trois, plusieurs Viêt-nam », qui, face à la solitude tragique du peuple vietnamien dans les années 1960, levait haut et fort le drapeau de la solidarité internationale ? Cette politique s’est opposée plus d’une fois à celle de la bureaucratie soviétique, qui subordonnait les luttes des peuples à la défense de ses propres intérêts. Il ne faut jamais oublier que des centaines de milliers de Cubains sont allés se battre en Afrique, contre les forces armées par le régime d’apartheid d’Afrique du Sud et les États-Unis.

    Solidarité

    Pour la jeunesse du monde entier, la Révolution cubaine a été un bol d’air extraordinaire, qui démontrait que, malgré la domination des deux superpuissances (États-Unis et URSS), la révolution était possible. Le tout, à 150 kilomètres des côtes de la principale puissance impérialiste qui, depuis des décennies, essaye d’affamer Cuba par un terrible blocus économique (en la privant d’une série de produits de première nécessité), d’exercer une pression constante à partir de Miami – base anticastriste en Floride – et même de terroriser la population au moyen de mercenaires contre-révolutionnaires financés par la CIA. Voilà ce qui a toujours conduit la IVe Internationale à manifester sa solidarité avec la Révolution cubaine : cet immense défi lancé, depuis 50 ans, à la puissance américaine.

    Mais elle a aussi exprimé des divergences avec le Parti communiste cubain. Le pluralisme révolutionnaire des premières années a disparu, au profit d’une structuration très centralisée de la politique, issue de la guérilla et de type militaire. La IVe Internationale a alors défendu l’idée qu’il fallait transmettre une partie du pouvoir à des structures d’auto-organisation, paysanne et ouvrière.

    Après l’échec de la politique de diversification et de projection internationale, Fidel Castro a scellé une alliance avec l’URSS, en défendant l’invasion de la Tchécoslovaquie, en août 1968. La IVe Internationale n’était pas d’accord. L’URSS a soutenu Cuba sur le plan économique et financier. Mais, en échange, Cuba a accepté l’influence idéologique stalinienne, ce qui a désarmé politiquement une grande partie de la population. L’intégration au bloc de l’Est a eu des répercussions en matière de démocratie politique, de droit d’expression, de droit d’organisation, de liberté de la presse. Il n’y a pas eu de place pour le pluralisme politique organisé au sein même du mouvement révolutionnaire. Du coup, il y a eu une dérive répressive et autoritaire. Et les amis de la Révolution cubaine ont ressenti un vrai choc lorsqu’ils ont appris les exécutions, après le procès d’Ochoa, en 1990, ou après celui des auteurs du détournement du bateau, en 2003.

    Malgré tous ces problèmes, Cuba n’a jamais été un « satellite soviétique », comme les autres pays de l’Est. L’URSS et les pays du bloc de l’Est se sont effondrés, pas Cuba. Et si Cuba ne s’est pas effondré, c’est qu’il y a aujourd’hui encore une réelle dynamique anti-impérialiste, le rejet de l’ennemi étatsunien, et une profonde fierté nationale liée à la défense de certains acquis de la Révolution cubaine.

    Divergences

    Aujourd’hui, Cuba est à la croisée des chemins. L’évolution de la situation internationale sera décisive. Il sera très difficile, pour Cuba, de maintenir un système socialiste, seul dans le détroit de Floride. L’aide de Chavez – en particulier pour l’approvisionnement en pétrole – est déjà très importante. Améliorer la vie quotidienne des classes populaires et surmonter les inégalités sociales constitue une priorité. La question démocratique est aussi importante. Mais ce n’est pas à Bush, Sarkozy et l’Union européenne d’exiger des « élections libres », alors qu’ils continuent d’asphyxier Cuba, avec le blocus, et à l’agresser, avec les bandes de Miami. Tant que se maintiendront le blocus et l’agression impérialistes, Cuba ne pourra organiser des élections « libres ». C’est aux Cubains de décider des formes d’organisation démocratique dans le parti, des associations et de la société dont ils ont besoin. Fidel Castro envisageait lui-même que la « révolution soit détruite de l’intérieur ». Nombre de forces agissent en ce sens. Un autre danger réside dans la passivité et la dépolitisation de la jeunesse. Pour relancer la mobilisation populaire, des avancées démocratiques et des espaces de participation politique, en particulier pour les jeunes, sont indispensables.

    Le retrait de Fidel Castro exige de mener un large débat à Cuba, afin de trouver les voies du maintien et du développement des acquis de la révolution. Face aux partisans d’un retour du capitalisme à Cuba, dans sa version « sociale-libérale », dans sa version « chinoise », ou tout simplement sous la forme d’un renversement de la direction cubaine, nous prônons, aux côtés des Cubains qui la défendent, l’idée d’une démocratie socialiste. Socialiste, parce que seule l’appropriation sociale des moyens de production permet de garantir les conquêtes sociales. Démocratique, car nous croyons en la nécessité de confronter librement les stratégies, de trancher un certain nombre d’options, et de les mettre en œuvre sous le contrôle collectif de la population. Voilà le sens de notre solidarité internationaliste.

    DIAGO Édouard, SABADO François * Paru dans Rouge n° 2241, 28/02/2008.

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