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Pour le retour à une poste entièrement publique en 2009

Collectif de signataires

14 mars 2008 - 10:29 - #poste - #services publics


Cette carte blanche co-signée par un collectif de signataires de la pétition http://sauvonslaposte.be est parue dans le journal Le Soir de ce vendredi 14 mars.

Voir en ligne — http://www.lesoir.be/forum/cartes_blanches/carte-blanche-pour-le-retour-2008-03-14-584263.shtml

C’est fait ! Le 31 janvier dernier, le Parlement Européen a approuvé en deuxième lecture la « libéralisation » (sic) définitive des services postaux en 2011. Voici un nouveau secteur économique qui, sous la pression de l’Union Européenne et avec l’assentiment des gouvernements nationaux, va irrémédiablement quitter la sphère publique. Et c’est un secteur majeur puisqu’il emploie 5,2 millions de personnes dans l’union et représente 88 milliards d’euros de chiffre d’affaire, soit 1% du PIB total des pays de l’UE. Le fait que les expériences anglaises ou hollandaises soient un désastre du point de vue social n’a pas pesé. Le fait que la distribution du courrier dans toutes les boîtes constitue, selon la théorie économique, un monopole naturel a également été ignoré ; de même que le rôle social important du service public postal – banque de proximité, paiement des petites pensions,… – désormais appelé à disparaître.

Si cette libéralisation fait peser d’énormes risques sur l’emploi et la qualité du service rendu à la population, il est utile de rappeler qu’en Belgique, ladite catastrophe est déjà en cours depuis la privatisation (partielle) de la Poste, décidée en 2005.

La précarisation de l’emploi (diminution du nombre d’emplois statutaires et recours de plus en plus au travail intérimaire et à temps partiel), les fermetures massives de bureaux (200 seront encore fermés en 2008 alors qu’une enquête Eurostat pointe déjà le manque de bureaux en Belgique), le recours à des franchisés, les plans Géoroute successifs (durcissement des méthodes de comptages et des normes afin d’augmenter la pression de travail et de supprimer plusieurs milliers d’emplois), tous les reculs sociaux que les travailleurs et les utilisateurs de la poste connaissent aujourd’hui ne sont qu’indirectement liés à une libéralisation qui n’interviendra que dans 3 ans. Ils sont par contre directement imputables à la privatisation de 2005 décidée par le gouvernement libéral-socialiste.

Il faut s’interroger sur le choix de l’actionnaire privé fait par le gouvernement en 2005. Il s’agit d’un consortium formé par Post Danmark et CVC Capital Partners. CVC est un groupe financier qui possède actuellement une quarantaine d’entreprises – allant des appâts pour la pêche, aux réfrigérateurs en passant par les services IT et la cordonnerie – dont dépendent plus de 300.000 employés. Le business de CVC consiste tout simplement à racheter des entreprises en vue de les revendre à court ou moyen terme en faisant de grosses plus-values. CVC est par ailleurs le premier actionnaire privé de Post Danmark qu’il a œuvré à restructurer avec à la clé la perte de 10.000 emplois et un taux d’emplois statutaires en chute libre (à peine encore 10% actuellement). S’agissait-il vraiment d’un choix judicieux ?

Dans le cadre actuel, à savoir la gestion suivant une logique de profit (la Poste a réalisé en 2007 un bénéfice opérationnel normalisé de 234 millions d’euros, en hausse de 10% par rapport à 2006), il est exact qu’avec la libéralisation et l’arrivée possible de concurrents, la situation risque de s’aggraver ainsi que c’est déjà le cas pour le courrier de plus de 350 grammes. Pertes d’emplois et baisse supplémentaire de la qualité des services sont à craindre. Le riche patron de la poste (un million d’euros de salaire annuel) et ancien conseiller de CVC Capital Partners (jusqu’en 2004), Johnny Thijs, n’a d’ailleurs pas tardé à lancer une bouée médiatique. Il s’est plaint du service universel que doit assurer la Poste et qui constituera un « handicap » pour son groupe face à la concurrence. L’Etat verse pourtant une dotation de 290 millions d’euros par an à la Poste pour couvrir ses missions de service public. Mais le fait de rendre un service à la population (par exemple la livraison du courrier tous les jours et dans toutes les boîtes) n’en est pas moins un « handicap » pour le patron de la Poste, qui raisonne uniquement en termes de rentabilité. Voilà la situation grotesque à laquelle nous sommes arrivés. Il est temps de réagir.

La Poste bénéficie encore à ce jour d’une infrastructure incomparable. On peut penser que son implantation locale constituera – même dans un marché libéralisé – un avantage important dans les années à venir. Le contrat de gestion avec le consortium arrivant à échéance en 2009, pourquoi dès lors ne pas reprendre nos billes et en revenir à un service postal 100% public en Belgique ? Combinée à des exigences fortes pour l’accès de nouveaux prestataires au marché postal - en particulier l’obligation faite à tout entrant d’assurer le service universel de distribution du courrier, ainsi que l’imposition d’un même salaire minimum à tous les Postiers après la libéralisation comme vient de le faire l’Allemagne - cette mesure permettra de limiter la casse, en attendant qu’une contre-offensive puisse être mise en place. Si les conditions d’un nouveau contrat de gestion lui sont moins favorables, le consortium sera tenté de revendre ses parts. La valeur de la poste ayant été largement sous-évaluée lors de l’entrée du secteur privé dans son capital (par le biais d’une augmentation de capital de 300 millions d’euros pour 50 % des actions moins une), le rachat de ses parts au consortium ne devrait pas coûter trop cher – environ 10 fois moins que la nouvelle réforme fiscale prônée par Didier Reynders et 25 fois moins que les réductions annuelles de cotisations patronales.

C’est là une revendication gouvernementale forte que la gauche devrait avoir. C’est ce que nous demandons avec l’initiative « sauvonslaposte.be ».

Collectif de signataires :

André Beauvois (Ancien secrétaire général CGSP Liège), Jean Bricmont (Professeur à l’UCL), Jean Marie Coen (Porte parole d’ATTAC Wallonie-Bruxelles), Nico Cué (Président de la MWB-FGTB), Céline Delforge (Députée régionale ECOLO), Pascal Durand (Professeur à l’ULg), Pierre Eyben (Secrétaire politique de la Fédération de Liège du PC, coordinateur francophone de l’initiative « sauvonslaposte.be »), André Flahaut (Ancien ministre de la Défense, député fédéral PS), Jean-Claude Galler (Secrétaire fédéral CGSP secteur GAZELCO), Marc Goblet (Président FGTB Liège-Huy-Waremme), Corinne Gobin (Politologue et directrice du GRAID à l’ULB), Thierry Jacques (Président national du MOC), Jacques Lespagnard (Secrétaire régional CGSP secteur poste), Jean Pierre Michiels (Président de l’ACJJ et conseiller communal communiste à La Louvière), André Mordant (Ancien Président de la FGTB), Jean-Marc Namotte (Président de la CSC Liège-Huy-Waremme), Jean-François Pontégnie (Porte parole de l’initiative UAG), François Schreuer (Ancien président de la FEF, journaliste), Jean-Marie Schreuer (Secrétaire fédéral du MOC de Liège-Huy-Waremme), Michel Vrancken (Président national CGSP secteur enseignement).

2 Messages de forum

  • bonjour je travaille pour la poste je ne suis pas fonctionnaire mais salariée est ce que pour les aides que je puisse obtenir pour mon retour a l’emploi est ce que je peux prétendre faire partir sdu secteur privée et non du secteur public

    merci

  • Pour les infos pratiques, le plus simple est de prendre contact avec la CSC Transcom ou la CGSP secteur Poste.

    Pierre


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