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20 mars 2008 - 16:06 - #communisme - #médias
Depuis quelques jours, je suis bombardé de messages me demandant d’aider "le Dalai Lama à protéger son peuple".
Outre le fait que je pense "qu’il n’est pas de sauveur suprême : ni Dieu, ni César, ni tribun" et que ce lien entre un peuple et une autorité religieuse m’insupporte, outre le fait que l’on assiste à nouveau à une de ces "crises de solidarité" ciblées et médiatiquement modulées dont nous avons le secret, j’avoue que les événements actuels me laissent un peu perplexe.
Je suis un opposant farouche à la dictature capitaliste chinoise [1] mais en ce qui concerne le cas du Tibet, je voudrais citer deux éléments interpellants que les médias ne relèvent quasi jamais :
Le Dalaï Lama a été jusqu’à son exil forcé le dirigeant d’une société théocratique [2] dans laquelle plus de 90% de la population vivait dans une situation de servage féodal. Avant 1959 (on ne parle pas du Moyen-Age ici), les terres et les habitants du Tibet étaient la propriété des institutions des gouvernements, monastères et nobles tibétains locaux, c’est-à-dire les trois principales catégories de propriétaires qui soutenaient le servage féodal. Au delà de la sympathie occidentale pour le boudhisme, il convient donc d’un minimum questionner la réalité politique des "autorités" tibétaines liées au Dalaï Lama. Encore aujourd’hui, le gouvernement tibétain en exil a des prises de position que je trouve complètement inacceptables comme la condamnation des mariages mixtes entre les Tibétains et « les autres ». Comment qualifie-t-on une telle position chez nous ?
J’ai trouvé dans les journaux The Guardian et The Economist des articles nuancés sur les violences actuelles. J’y ai trouvé des informations qui m’interpellent. Je vous invite à lire http://www.guardian.co.uk/world/fee... ou encore http://www.economist.com/daily/news.... On y apprend par exemple que les violences en cours ont été initiées par des jeunes tibétains (entre autre des moines) et qu’elles présentent un caractère xénophobe prononcé. Il y a de la violence (allant jusqu’à des lynchages publics conduisant à la mort) contre des civils chinois. C’est inacceptable mais peut-être explicable pour un peuple réprimé. Mais il y a ausi des témoignages faisant état du lynchage de personnes de la petite communauté musulmane Hui qui se trouve au Tibet.
Si je souhaite condamner l’attitude chinoise (négation d’une forme de culture et d’identité propre, politique de sinisation,...), ce n’est ni pour proposer le rétablissement d’une société théocratique ni pour être le soutien objectif d’épuration ethnique.
Je ne suis pas non plus pour défendre un impérialisme aux dépends d’un autre. A cet égard, les relations obscures entre le Dalaï Lama, la CIA et les faucons américains m’interpellent également. Recevant la Médaille d’or du Congrès américain en octobre dernier, celui-ci déclarait que les Etats-Unis étaient les « champions de la démocratie et de la liberté ». A Guantanamo, au Chili ou à Abou Ghraïb, on appréciera. Utiliser des peuples pour servir froidement leurs intérets économiques, nos amis de l’administration américaine connaissent cela.
Pourquoi ces aspects ne sont-ils pas évoqués par les défenseurs de la cause tibétaine ? Pourquoi se sentent-ils obliger d’associer le Dalaï Lama à leur combat ?
[1] Désolé de ne pas donner dans la nuance mais j’assume les termes employés
[2] Dont, soit dit en passant, aucun état n’avait jugé utile de reconnaître l’indépendance
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