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James Hansen n’est pas exactement ce que l’on appelle un farfelu ni un gauchiste (ces deux qualificatifs n’allant d’ailleurs pas forcément de pair). Il se défini comme un "middle-of-the-road conservative" ce qui chez nous correspondrait presque à la droite de la droite du MR. Professeur à l’Institut de la Terre de l’Université de Columbia et directeur de l’Institut Goddard d’études spatiales de la Nasa, il est le principal spécialiste des questions climatiques à la Nasa. Hansen fut d’ailleurs nommé en 2006 parmi les 100 personnes les plus influentes au monde par le magazine « Time ».
Illustration : A mesure que le Groenland se réchauffe, de grands lacs comme celui-ci, en bordure du glacier Eqip Sermia se forment à la surface des grands glaciers continentaux. Les scientifiques craignent que l’eau de fonte ne pénètre jusqu’à la base de la calotte glaciaire, accélérant ainsi la fonte des glaces et alimentant l’élévation globale du niveau de la mer.
Dans un article paru dans la prestigieuse revue « Science », Hansen affirme, et ce n’est quasi plus un scoop, que la crise climatique est déjà là car « les émissions de dioxyde de carbone dans l’atmosphère ont d’ores et déjà atteint un niveau dangereux à 385 particules par million ». Là où son intervention est très inhabituelle pour un responsable scientifique de son rang, c’est dans son analyse des causes de cette situation catastrophique. Pour Hansen, le principal obstacle à la sauvegarde du climat et de la planète n’est pas un obstacle technologique. Il affirme : « Le problème c’est que 90% de l’énergie est produite par des ressources fossiles. Et c’est un business tellement énorme qu’il a infiltré notre gouvernement ». Il ajoute : « Il m’est apparu clairement au cours des dernières années qu’à la fois le pouvoir exécutif et le pouvoir législatif étaient fortement influencés par les intérêts spécifiques du secteur des énergies fossiles. (…) Or l’industrie induit en erreur le public et les responsables politiques sur les causes du changement climatique. C’est du même ordre que ce qu’ont fait les fabricants de cigarettes : ils savaient que fumer provoque le cancer, mais ils ont embauché des scientifiques pour affirmer le contraire ». Si le terme « lobbying » n’est pas nommément lancé, il est clairement décrit.
Cette sortie médiatique n’est pas la première de James Hansen sur cet aspect, les premières datant de 2005-2006, mais son impact semble inégalé. Même s’il est des vérités que l’on peut sans doute dire plus facilement lorsque l’on a 67 ans et sa carrière derrière soi, cette attaque en règle est très inhabituelle et politiquement courageuse pour une telle figure scientifique. Je vous invite d’ailleurs à lire un long article intitulé « Campagnes de diffamation, manœuvres budgétaires et toute-puissance de l’Exécutif » qu’il signe et que l’on retrouve traduit en français sur le site du World Watch Institute. La charge y est encore plus claire et frontale. Pour les anglophones, une lecture de l’article « Climate catastrophe » qu’il a publié en 2007 dans le NewScientist est également éclairante. On y découvre entre autre une saisissante cartographie de la Belgique et des Pays-Bas dans 100 ans.
Même s’il ne s’avance évidemment pas sur ces points, l’analyse que fait Hansen corrobore une idée rabâchée avec constance dans les pages de ce blog. Ce n’est pas en se focalisant uniquement sur l’initiative individuelle où en se contentant d’un enduit écologique mais en remettant en cause la logique économique actuelle (le productivisme capitaliste) et les lobbys qui l’imposent que l’on relèvera l’immense défi climatique mais aussi plus globalement écologique (pollutions chimiques, électromagnétiques,…) du XXIème siècle.
Petite anecdote, j’entendais il y a quelques jours sur les ondes d’une radio privée française un concours très révélateur. Les auditeurs étaient invités à faire part de « leur geste quotidien pour la planète ». Le meilleur geste du jour était récompensé par … un voyage en avion en Tunisie, CO2 et dictature de droite garantis. Une telle incohérence peut prêter à sourire mais elle est révélatrice de la façon dont le monde privé tente de détourner notre attention des véritables enjeux écologiques. En somme, les médias, asservis aux rentrées publicitaires, jouent le rôle de l’orchestre sur le Titanic. Il s’agit de nous divertir pendant que le bateau coule et que certains amassent l’argenterie sur les canots de sauvetage réservés à la première classe.
En cette matière comme en bien d’autres, il n’est pas de fatalité mais des défis à relever avec cohérence et une certaine radicalité.
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