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Une amie dort en prison

11 juin 2008 - 05:24


Juste quelques lignes pour éponger une étrange sensation que je traîne depuis plusieurs jours. Une sensation qui m’en rappelle une autre.

Beaucoup a été écrit déjà sur l’emballement médiatique concernant l’affaire CCC et la complaisance à mêler terrorisme et communisme mériterait à elle seule un billet. Mais, alors que je le fais peu sur ce blog, je voudrais cette fois ne pas aligner des chiffres ou des arguments mais partager un sentiment, un ressenti, un malaise qui se fait solidarité

C’était si ma mémoire est bonne en 2004. C’était à Bruxelles, puis c’était à Liège, dans mon jardin et il faisait beau. Il y avait Thierry, il y avait Julien et Wahoub. Des horizons différents mais une même ouverture d’esprit. Il y a avait un projet, celui d’un journal qui passerait par-dessus le tourbillon des sectarismes et serait un point de rencontre à gauche. La Spirale. Je me souviens très bien qu’il n’y avait pas dans mon jardin de projet terroriste. Notre arme de destruction massive c’était une feuille de choux, un outil de vraie démocratie directe. Je me souviens des logorrhées, des débats riches.

Le projet n’est jamais né. Les liens se sont distendus. Chacun est reparti dans mille militances. Juste un visage reconnu à la RTBF. Un coup de fil pour la couverture d’une action antipub il y a plusieurs mois. Autant dire rien. Et puis cette information, cette bombe dans le cortex. Et puis un prénom et un nom que je connais jetés dans la cage aux lions du cirque médiatique. La présomption d’innocence déchiquetée. Le mot, le fameux mot lâché : terrorisme. Un mot qui tue.

Ce mot, il est là au milieu des armes dans l’Europe que l’on nous impose. Traité de Lisbonne. Article 42.3 : « Les Etats membres s’engagent à améliorer progressivement leurs capacités militaires. » Article 43 : « Toutes ces missions peuvent contribuer à la lutte contre le terrorisme, y compris par le soutien apporté à des pays tiers pour combattre le terrorisme sur leur territoire. » L’ennemi est intérieur. Son contour n’est pas bien défini et donc on dira qu’il est potentiellement ce qui déstabilise la machine. Machine économique.

Je ne suis pour Wahoub sans doute qu’une vieille connaissance. Je ne sais rien de ses solidarités, de son éventuelle conversion à des méthodes (je ne crois ni à la lutte armée ni à la dictature du prolétariat dans nos sociétés « démocratiques ») ou à un projet (j’ai pour la pensée stalinienne la plus grande aversion) que je ne partage pas. Cependant, au regard de nos échanges passés, j’ai les plus grands doutes sur un possible grand écart intellectuel d’une telle nature.

Mais cette nuit, au-delà de ce qui restera quand la marée judiciaire se retirera, j’ai le sentiment étrange que c’est une amie qui dort en prison. Et si je l’osais sans vexer ses proches, je dirais ma meilleure amie. Parce que j’ai ce sentiment piquant que c’est la liberté de penser un autre monde (et pas seulement les moyens éventuellement illicites de le promouvoir) qui doucement mais surement est menacée. J’entends le bourdonnement sourd de parois lourdes qui se rapprochent. Pensant à ce poème de Martin Niemöller, un peu maladroitement peut-être, j’ai envie d’être juste à côté de mon amie.

Martin Niemöller

Als die Nazis die Kommunisten holten, habe ich geschwiegen ; ich war ja kein Kommunist. Als sie die Sozialdemokraten einsperrten, habe ich geschwiegen ; ich war ja kein Sozialdemokrat. Als sie die Gewerkschafter holten, habe ich geschwiegen, ich war ja kein Gewerkschafter. Als sie die Juden holten, habe ich nicht protestiert ; ich war ja kein Jude. Als sie mich holten, gab es keinen mehr, der protestieren konnte.

5 Messages de forum

  • Juste, tendre et bouleversant.
    jmd

  • On a définitivement besoin de cette Spirale...

    colère contenue, manque.

  • Bonjour,
    Je connais un peu Wahoub, étant à l’ULB depuis une vingtaine d’années.
    Elle avait été élue au Conseil d’administration coté étudiants en 2000.

    Avec ce genre de méthode pour combattre soit disant ce fumeux "terrorisme" (les syndicats avaient évités de justesse d’être dans le même sac), j’ai peur qu’ils fassent l’inverse de ce qu’ils veulent et qu’ils donnent naissance à cette violence tant redoutée.

    Moi ça me fait pensé à la La Chèvre de monsieur Seguin d’Alphonse Daudet.

    Je suis en colère, pas de la situation, mais de cette frustration d’avoir ce sentiment d’impuissance qui permettrait de la changée.

    Ca + :
    - le traité de Lisbonne (si les irlandais votent OUI ....)
    - la "directive retour"
    - Clearstream Denis Robert qui jette l’éponge
    - etc. etc.
    Comment tout cela finira ? Dans un bain de sang ?

    "Parce que j’ai ce sentiment piquant que c’est la liberté de penser un autre monde qui doucement mais surement est menacée."
    Toi aussi alors. Serait-ce la fin du rêve ?

  • Bonjour Camarade,

    Je ne trouve pas que tu as été maladroit pour communiquer ton malaise, je trouve plutôt que tu l’as exprimé avec ton coeur et tes sentiments. Il en résulte un texte de forme poétique et mélancolique. C’est un type d’écriture que j’aime personnellement beaucoup, et je découvre avec plaisir cette facette chez toi.

    Fraternellement,

  • c’est trés trés beau,pierre. Merci.

    Merci pour notre amie.


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  • L’Humanité du 5 septembre révélait qu’au cours des 6 premiers mois de l’année 2011, les entreprises du CAC 40 ont réalisé des bénéfices nets records s’élevant à 47 milliards d’euros, soit une hausse de 7,4 % par rapport à 2010. Le seul groupe Total a amassé 6, 6 milliards d’euros de bénéfices sur la période. Elle est pas belle la crise ...

    Pour 2011, voici (en extrapolant) 100 milliards d’euros inutiles que via des décisions politiques, l’Etat français peut retourner à la collectivité plutôt que de sabrer dans les tâches utiles remplies par l’Etat (ce que certains qualifient erronément de "dépenses publiques" quand il s’agit à la vérité "d’investissements au profit de la collectivité"), et d’appauvrir plus encore la population.

    Alors, à quand l’austérité sur les bénéfices ?

    le Septembre 2011
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