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ECOLE EN PERIL : LE COMBAT CONTINUE !

Par Robert Houtain

10 septembre 2006 - 10:51


I - Les origines de la démocratisation de l’enseignement : un peu d’historique.

La démocratisation de l’enseignement débute à la sortie de la deuxième guerre mondiale, dans une période de forte croissance économique et d’une forte demande d’emplois qualifiés dans l’industrie et les services. De 1950 à 1980, les milieux économiques et politiques avaient accepté une élévation générale des niveaux de formation de toute la population.

Cette demande de démocratisation de l’enseignement permettant l’accès au secondaire d’un plus grand nombre d’étudiants, n’était pas motivée par une préoccupation humaniste d’émancipation populaire mais bien par les exigences et besoins de l’économie capitaliste du moment.

Après les destructions dues à la guerre, pour assurer leurs profits par la croissance économique, les patrons avaient besoin de travailleurs mieux formés et instruits. Il était donc nécessaire d’ouvrir aussi les écoles secondaires aux enfants de milieux plus défavorisés. Et les chiffres parlent : en 1956, moins d’un tiers des jeunes belges poursuivaient des études secondaires jusqu’à 17 ans. En 1970, ils étaient 2/3. Le coût de cette démocratisation fut important. Ainsi, en 1960, les dépenses d’enseignement représentaient 3,2% du produit national brut de la Belgique. En 1975, elles atteignaient 6,1% du PIB. A l’époque, on n’entendit aucune protestation contre cette croissance des frais d’éducation car, d’une part, cela arrangeait le patronat, et d’autre part, l’Etat ne connaissait pas de difficultés budgétaires. Si ces dépenses importantes ont été acceptées, c’est surtout parce qu’elles répondaient aux objectifs des milieux économiques libéraux qui avaient besoin d’une population avec un niveau général de formation plus élevé. Ce fut une période d’accès généralisé aux études, de massification de l’enseignement, du développement d’un enseignement de promotion sociale, d’un enseignement plus démocratique ouvert à tous, basé en principe sur « l’égalité des chances » et soumis à des réformes pédagogiques importantes. Ce fut, entre autre, l’expérience intéressante de l’enseignement rénové. Mais le manque de moyens nécessaires au succès du rénové, les réticences des directions d’écoles, de l’inspection et même d’une partie du corps enseignant vouèrent cette réforme à l’échec. C’était pourtant une initiative issue et promue par les milieux de gauche et elle apportait certainement un plus à la lutte contre l’échec scolaire en prenant mieux en compte les problèmes des élèves des milieux défavorisés. La démocratisation resta cependant une réalisation très partielle car l’échec scolaire était toujours une douloureuse réalité liée à l’origine sociologique des enfants. La communautarisation de l’enseignement marqua le tournant et enferma l’école dans un corset budgétaire. Le rêve d’une école démocratique fut balayé.

A partir de 1970, les difficultés financières de la Communauté Française ont entraîné l’émergence d’une politique d’austérité drastique par la réduction importante des dépenses publiques d’enseignement. Les dotations de l’Etat Fédéral vers la Communauté furent liées à l’évolution de la population scolaire de moins de 18 ans et à la progression de l’indice des prix et ce, malgré une croissance continue des effectifs au-delà de la scolarité obligatoire ce qui n’a fait qu’aggraver le déficit budgétaire de la Communauté. De plus, les salaires des enseignants furent pratiquement bloqués. Sous prétexte d’économie, l’école a subi les agressions des gouvernements successifs. Tous les ministres, de gauche comme de droite qui se sont succédés au Ministère de l’Education, ont leur part de responsabilités dans l’application de décisions destructrices de notre système éducatif. Les mesures d’austérité ont ainsi mis à mal notre enseignement : diminution draconienne de l’emploi et donc de l’encadrement des jeunes (liquidation de près de 7.000 postes d’enseignants), imposition d’un capital-période, fusion-absorption ou disparition d’écoles, suppression d’options, numerus clausus dans l’enseignement supérieur, renforcement de la sélection, remise en cause de la démocratisation de l’enseignement et retour à une école plus sélective et plus compétitive...Ajoutons à cela, les menaces contre l’enseignement technique et professionnel tendant à les placer sous contrôle du privé par le développement du partenariat avec les entreprises.

L’enseignement de promotion sociale ne fut pas non plus épargné : l’organisation des cours y est devenu un véritable parcours du combattant suite aux normes draconiennes imposées dans ces écoles. Et la volonté de dégager cet enseignement du secteur public pour le placer sous la dépendance des classes moyennes ne relève pas de l’utopie. Toutes ces mesures s’accompagnèrent d’un démantèlement du statut des enseignants et d’une mise à l’écart des organisations syndicales. L’école et les enseignants devinrent aussi la cible de toutes les critiques : patronat, milieux universitaires et politiques parlèrent d’inefficacité, d’inadaptation, de paresse, de manque de motivation des enseignants et de gaspillages dans le système éducatif. Les luttes syndicales contre la politique d’austérité dans l’enseignement furent de grande ampleur. Elles ont certes retardé et atténué le processus d’agression contre l’école mais globalement, elles n’ont pas réussi à stopper les mesures d’économies et de rationalisations décidées par les gouvernements successifs.

II - Aujourd’hui, que devient l’école ?

Aujourd’hui, à l’heure de la mondialisation capitaliste, « le réalisme » économique libéral prime. Le pragmatisme économique et affairiste prennent le dessus. Les moyens financiers publics étant restreints, il faut les utiliser « à bon escient » c’est à dire, ni pour la santé, ni pour les dépenses socialement utiles, ni pour l’enseignement. Nous assistons à une dualisation accentuée du système éducatif : apparition d’un côté d’écoles d’élites réservées aux enfants de classes aisées et d’un autre côté des écoles « poubelles » pour les enfants de milieux plus défavorisés. Dans ce cadre d’autonomie « carcan », les écoles, en recherche de nouveaux moyens financiers, risquent de ne pas résister longtemps aux pressions des milieux économiques qui subordonneront toute aide à leurs exigences : entre autre, éliminer des programmes tout ce qui n’est pas, à première vue, utile à la rentabilité et à la production. L’objectif global des milieux capitalistes est de rendre le système éducatif plus flexible, plus adaptable aux mutations économiques et d’entraîner les écoles à un partenariat plus actif avec les entreprises.

Pour atteindre ces objectifs sans accroître les budgets, l’école sera organisée en entités plus grandes, plus spécialisées dans des options limitées et définies, plus autonome et plus sélectives. De là les fusions et les absorptions avec la liquidation d’un grand nombre de petites écoles et la liquidation de milliers d’emplois. En fait une politique de restructuration menée dans l’intérêt du patronat.

Pour atteindre les objectifs du patronat, les plans de réformes de l’enseignement se succèdent en Europe. Il faut cependant dire que, en Belgique, notre système éducatif a relativement bien résisté à cette libéralisation voulue par les milieux d’affaires et industriels. Mais pour combien de temps encore ?

La politique voulue par les milieux patronaux dégage des lignes de force qui peuvent se résumer en quelques points :

- Une tendance à abandonner les systèmes éducatifs publics centralisés pour leur substituer des réseaux d’établissements autonomes soumis entre eux à une forte concurrence et plus dépendant du privé c’est à dire des milieux patronaux.

- Un définancement de l’enseignement. Depuis une vingtaine d’années, les dépenses publiques tendent, en effet, à stagner ou à diminuer. Ce manque de financement de l’enseignement public en accélère la dérégulation et la privatisation larvée au profit de la compétition économique. Les écoles désargentées font de plus en plus appel à des sponsors privés. Les parents, inquiets de la baisse de qualité de l’enseignement public (suite à la diminution de l’encadrement et au manque de moyens financiers) compensent les déficiences en se tournant vers les écoles privées ou en utilisant des didacticiels.

- Une tendance à une collaboration plus grande entre le monde de l’enseignement et celui des entreprises soit sous la forme d’un contrôle du patronat sur les programmes et méthodes soit sous la forme d’une généralisation des formations en alternance (travail à l’école <---> stage à l’entreprise).

- Une introduction massive des nouvelles technologies de l’information et des communications dans les établissements scolaires : ordinateurs, logiciels d’apprentissage et éducatifs, connexions internet.

En ce qui concerne le dernier point, cette évolution n’est certes pas négative. Elle est même utile pour apporter aux étudiants les connaissances nécessaires dans le domaine de l’informatique. Mais cela doit se faire :

- En effectuant ces changements sous direction et contrôle d’un enseignement public doté de moyens financiers suffisants.

- En ne sacrifiant pas l’encadrement au profit des machines. Ainsi, dans notre pays en 1996, le Ministère de l’Education n’a pas hésité à liquider 3.000 emplois d’enseignants soi-disant par souci d’une économie de 3 milliards. Et deux ans plus tard, il investit pourtant 3 milliards de francs afin d’équiper les écoles en ordinateurs et en liaisons Internet !! L’ordinateur doit être considéré comme un outil complémentaire au service des étudiants et des enseignants etnon comme une alternative au personnel enseignant et éducatif.

III - Les analyses sur l’évolution de l’enseignement par Nico Hirtt.

Quand on aborde les problèmes de l’enseignement, on ne peut évacuer les analyses et études faites par Nico Hirtt sur le sujet. Il part d’abord d’un constat général à l’échelle de l’Europe et du monde et ensuite explique les visées et objectifs patronaux pour l’enseignement : « nous vivons dans un monde capitaliste dont la première caractéristique est une très forte instabilité dans un environnement économique en crise durable et profonde. Les entreprises naissent et disparaissent à un rythme effréné ; les techniques et l’organisation du travail sont sans cesse modifiées. Le travailleur du troisième millénaire devra faire face à de constants bouleversements de son environnement technologique et industriel : mutations de postes, licenciements, délocalisations, recyclages, réinsertions. »

« En période de crise et de compétition exacerbée, les détenteurs de capitaux recherchent de nouveaux marché. Ces dernières années, ils ont mis main basse en partie sur de nombreux services publics : chemin de fer, télécommunications, poste...Ils lorgnent maintenant vers un nouveau marché très juteux : l’enseignement. Les nouvelles technologies constituent un excellent moyen de pénétrer ce secteur par la voie d’investissements considérables décidés par les pouvoirs publics au profit de l’équipement informatique des écoles. Indirectement, cette politique d’investissements publics aura des suites très rentables pour le secteur privé. En effet, les dizaines de millions d’enfants européens qui auront appris à utiliser un ordinateur et à surfer sur Internet seront autant de clients pour demain. Via les enfants, l’ordinateur, le multimédia, font leur entrée dans les foyers du moins dans ceux qui peuvent se les payer. »

Dans le cadre de la pénétration des nouvelles technologies dans l’école, ce n’est pas tellement la formation qui intéresse les décideurs (politiques et économiques) mais bien le développement d’une habitude de consommation. L’objectif est de faire des parents et ensuite des élèves devenus adultes d’ardents consommateurs et clients des entreprises de télécommunication majoritairement privatisées. L’explosion de ce secteur très lucratif entraîne un développement des pédagogies utilisant ces nouveaux outils (logiciels éducatifs). Le marché est donc prometteur de développements. Mais cette nouvelle orientation va encore accroître les inégalités. Seuls les élèves de milieux favorisés en tireront tous les avantages. Il suffit de voir le coût des ordinateurs ainsi que des logiciels éducatifs sans compter les nécessaires logiciels de fonctionnement.

Et à propos de l’utilisation de l’argent public, les industriels ne mettent pas des gants ! En effet, l’IERT (Table Ronde Européenne des Industriels) en juin 1994 n’y va pas par quatre chemins et déclare sans états d’âme : « il s’agit d’utiliser le montant très limité d’argent public comme catalyseur pour soutenir et stimuler l’activité du secteur privé »

Et Nico Hirtt poursuit : « En Europe, les politiques éducatives, aussi bien nationales que communautaires, sont sous influence. En étroite collaboration avec les responsables politiques par le biais de puissants clubs de réflexion et groupes de pression (parmi lesquels la très puissante IERT (Table Ronde Européenne des Industriels), de très grands groupes industriels préparent la prise de contrôle des systèmes éducatifs, lesquels, une fois dérégulés, constitueront un marché colossal »

Scénario catastrophe ? Exagération ? Espérons le ! N’empêche, Nico Hirtt étaye ses affirmations en présentant une série de prises de position d’organisations européennes à propos de l’enseignement qui ne peuvent que nous inquiéter et nous interpeller. J’ai repris quelques unes d’entre elles et vous les présente dans l’ordre chronologique.

IV - Positions sur l’enseignement des organisations et institutions européennes.

- La Table Ronde Européenne des Industriels (IERT) en 1989 : elle déplorait « La trop faible influence des entreprises sur l’enseignement » et aussi le fait que les enseignants « ont une compréhension insuffisante de l’environnement économique, des affaires et de la notion de profit »

- Toujours en 1989, dans un rapport du Groupe de Travail de l’IERT on pouvait lire « le développement technique et industriel des entreprises européennes exige clairement une rénovation accélérée des systèmes d’enseignement et de leurs programmes, que l’éducation et la formation sont considérés comme des investissements stratégiques vitaux pour la réussite future de l’entreprise »

- La Commission Européenne (dans rapport sur l’enseignement supérieur ouvert et à distance dans la Communauté Européenne - 24 mai 1991) affirmait : « Une université ouverte est une entreprise industrielle et l’enseignement à distance est une industrie nouvelle. Cette industrie doit vendre ses produits sur le marché de l’enseignement. Avec l’enseignement à distance, les entreprises peuvent investir dans le développement humain en maîtrisant les coûts »

Dans l’esprit de la Commission, l’enseignement devient une marchandise. De plus, l’enseignement à distance permettra d’économiser sur le temps de formation des employés et ouvriers tout en gagnant de l’argent avec le matériel coûteux qu’ils doivent utiliser. Celui qui veut conserver son travail devra poursuivre sa formation pendant ses loisirs. Ce sera tout bénéfice pour le patronat. La formation de pointe sera ainsi fournie à domicile par des entreprises et ce moyennant finance.

- Dans uns rapport de l’IERT de 1995, on peut lire : « Qu’elle (l’IERT) regrette que dans les plupart des pays d’Europe, les écoles sont intégrées dans un système public centralisé géré par une bureaucratie qui ralentit les évolutions ou les rend imperméables aux demandes de changement venant de l’extérieur »

- En 1996, la Commission Européenne écrivait dans un rapport du groupe de réflexion sur l’éducation et la formation : « Le temps de l’éducation hors de l’école est venu et la libération (comprendre libéralisation) du processus éducatif rendu ainsi possible aboutira à un contrôle par des offreurs d’éducation plus innovants que les structures traditionnelles »

- Dans des écrits de l’OCDE en 1996, on pouvait lire : « les pouvoirs publics n’auront plus qu’à assurer l’accès à l’apprentissage de ceux qui ne constitueront jamais un marché rentable et dont l’exclusion de la société en général s’accentuera à mesure que d’autres vont continuer de progresser »

Comme cynisme on ne fait pas mieux !

Et voici le bouquet final :

- L’OCDE dans un rapport de 1998 conclut : « La mondialisation économique, politique et culturelle rend obsolète l’institution implantée localement et ancrée dans une culture déterminée que l’on appelle école et en même temps qu’elle l’enseignant »

Pour Nico Hirtt, la marchandisation de l’école et de l’enseignement ne fait aucun doute et se manifeste sous trois aspects :

1- Adéquation plus étroite de l’enseignement aux attentes des marchés, aux exigences du patronat par une flexibilité du système éducatif et de la main d’œuvre produite par ce système éducatif.

2- Utilisation de l’enseignement pour stimuler les marchés des technologies, de l’information et des communications.

3- Transformation de l’école, de l’enseignement, des savoirs en nouvelles marchandises génératrices de profits. Les conséquences :

- une école au service de la compétition économique et ce, au détriment des missions plus éducatives de l’enseignement.

- La mise à mal de l’enseignement public

- Une accentuation de la dualisation croissante de l’enseignement.

Dans un monde capitaliste où dominent les inégalités, la privatisation et la libéralisation d’une partie de l’enseignement vont entraîner un accroissement des injustices. L’évolution du système économique capitaliste va dualiser encore plus l’offre d’emploi et donc l’enseignement : d’un côté le marché de l’emploi réclame un petit nombre de travailleurs aux qualifications pointues qui auront suivi leur formation dans un enseignement privé hyper performant et d’un autre côté un nombre important d’emplois précaires, mal payés pour une masse de travailleurs qui aura suivi une formation au rabais dans des écoles publiques rescapées mais fortement handicapées, faute de moyens financiers.

« L’enseignement public est sacrifié à la crise du capitalisme » Nico Hirtt Conclusion :

pour les milieux capitalistes l’école a donc pour tâche de soutenir l’entreprise capitaliste européenne. Cette volonté patronale est largement reprise et appuyée par les institutions politiques européennes et conditionne pour une large part les réformes des systèmes éducatifs en Europe. Pour le patronat, cette nouvelle politique dans l’enseignement devrait favoriser la création d’emplois. Hors la création d’emplois ne dépend pas du système éducatif mais bien de la situation économique. Et la politique patronale dans le domaine de l’emploi est, au contraire, de produire davantage avec le moins de main d’œuvre possible. De plus, un grand nombre de demandeurs d’emplois par rapport à l’offre doit permettre au patronat d’exercer une pression (vers le bas) sur les salaires et les conditions de travail. Pour l’ensemble des pays membres de l’OCDE, l’enseignement représente un nouveau grand marché, un fabuleux pactole de 875 milliards d’euros par an : autant que le marché de l’automobile !

V - Quelle école pour demain ?

« Une société apparemment démocratique risque d’être tout aussi barbare si elle adopte des objectifs incompatibles avec l’épanouissement de chacun. Tel est le cas des sociétés dites libérales qui ont choisi comme moteur la compétition et comme guide de leur action les critères financiers. Ce risque est particulièrement mis en évidence par la politique qu’elles adoptent pour leur système éducatif » Albert Jacquard

Aujourd’hui les enfants ne sont pas égaux devant l’école. Par son fonctionnement, ses structures, ses méthodes pédagogiques, ses contenus et programmes, l’école reproduit les inégalités sociales inhérentes à la société capitaliste en reportant dans l’école les cloisonnements sociaux : enseignement général et supérieur pour les plus favorisés, enseignement technique ou professionnels pour les moins favorisés. De plus les conditions de travail dans l’enseignement se sont terriblement dégradées suite aux politiques d’économie et de rationalisation des gouvernements successifs. Le PS, l’ex-PSC et l’ex-PRL portent de lourdes responsabilités dans la situation actuelle de l’école. L’absurdité de leur politique à courte vue frisa le ridicule. En effet, sous prétexte d’économies, les partis socialistes, chrétiens et libéraux, ont saigné l’école en liquidant près de 7000 emplois sur 10 ans. Et aujourd’hui, nous connaissons une pénurie d’instituteurs et de professeurs ! On se trouve aussi face à de réelles difficultés de recrutement de nouveaux enseignants. Salaires et conditions de travail rendent la profession peu attractive. De moins en moins de jeunes sortent des écoles normales et des universités. Et la politique actuelle des partis au pouvoir, PS, Ecolo et MR (nouveau parti libéral) n’a en rien amélioré la situation de l’école, des enseignants et des étudiants. Il faut changer de politique éducative en s’opposant fermement aux menaces qui pèsent sur notre enseignement !

A - Défense et promotion de l’école publique

L’éducation est un droit universel fondamental des personnes et des peuples qui doit être assuré par les institutions publiques et financé uniquement par ces institutions. Nous refusons fermement la privatisation et la marchandisation de l’école.

- L’école démocratique et pluraliste doit être une école publique

L’autonomie des écoles ne règlera rien comme on peut déjà le constater dans l’enseignement supérieur. Cette autonomie est en réalité un moyen pour dégager les institutions publiques (état, communauté, provinces) de leurs responsabilités financières. De plus, cette « autonomie bidon » risque de faire basculer un grand nombre d’écoles sous la dépendance financière du privé. L’enseignement doit rester indépendant des groupes de pression patronaux.

- Il est donc nécessaire de lutter contre toute forme directe ou indirecte de privatisation de l’enseignement. Il faut s’opposer à toute immixtion de l’économie libérale dans la gestion, le fonctionnement, le contenu des programmes et les choix pédagogiques des écoles publiques

B - Refinancement de l’enseignement à tous les niveaux

Une école publique sans moyens financiers suffisants ne peut pas dispenser un enseignement de qualité. Une école publique sans moyens financiers suffisants ne peut pas aider efficacement les élèves en difficulté provenant surtout de milieux sociaux défavorisés. Une école publique sans moyens financiers suffisants est destinée à disparaître ou à être privatisée.

- L’école doit être dotée de moyens matériels et financiers suffisants afin d’assurer un encadrement pédagogique efficace, des locaux agréables et adéquats, des moyens didactiques de qualité et une bonne formation des enseignants.

- Il faut donc aussi, après avoir réalisé un état des besoins pour tous les niveaux de l’enseignement, exiger un refinancement correspondant pour permettre un enseignement de qualité dans l’ensemble des réseaux de l’enseignement public. Et l’argent existe !

Le gouvernement prétend qu’il n’y a pas d’argent pour la Communauté et notamment pour l’enseignement mais n’hésite pas à dépenser des milliards pour financer une réforme fiscale surtout favorable aux revenus élevés et qui ne touche en rien aux revenus du Capital. Cette réforme fiscale va encore diminuer un peu plus les ressources de l’Etat et donc l’argent disponible pour les services publics et notamment pour l’enseignement.

Le gouvernement prétend qu’il n’a pas d’argent pour la Communauté mais il n’hésite pas à arroser de nombreux milliards une multitude de formations privées ou semi privées, classes moyennes et ASBL en tous genres.

Le gouvernement n’a pas d’argent pour l’enseignement mais il dispense des dizaines de milliards avec largesse sous forme de subsides aux entreprises privées sans contrôle public et qui témoignent leurs remerciements à leur manière en licenciant en masse les travailleurs ou en délocalisant les entreprises.

L’argent des institutions publiques doit donc être utilisé autrement. Mais il est nécessaire aussi de dégager de nouveaux moyens financiers :

- par une taxation des grosses fortunes et des entreprises à haut taux de profit.

- par une lutte contre la grande fraude fiscale.

- par une plus juste répartition de l’impôt direct.

C - Gratuité de l’enseignement primaire, secondaire et supérieur

L’enseignement est sensé être gratuit. La réalité est toute autre et on assiste depuis plusieurs années à une augmentation des coûts des études surtout au niveau de l’enseignement secondaire et supérieur. Ces coûts grèvent lourdement le budget des familles les plus défavorisées.

Nous revendiquons donc un enseignement gratuit pour tous les niveaux d’étude.

Pour le primaire et le secondaire, nous exigeons :

- la gratuité de toutes les fournitures scolaires (livres, cahiers, matériel, outils) et des activités parascolaires et extrascolaire (excursions culturelles et éducatives, piscine...)

Pour l’enseignement supérieur, nous exigeons :

- la suppression du minerval ainsi que la gratuité des syllabus de cours.

Pour les étudiants de l’enseignement supérieur, se pose souvent le problème de trouver un logement correct à un prix démocratique.

- Il est donc nécessaire de construire à proximité des universités et écoles supérieures des studios et chambres pour étudiants sous propriété et gestion publiques et à loyers démocratiques.

- Pour les propriétaires privés qui louent studios ou chambres pour étudiants, il faudrait éviter les abus en fixant des limites de loyers dans le cadre de « contrats locations étudiants » types..

D - Un meilleur encadrement pour un enseignement de qualité

Tous les enfants devraient trouver à l’école l’encadrement et l’aide individualisée que certains élèves de milieux sociaux plus favorisés trouvent dans leur environnement familial permettant ainsi la réussite scolaire. Un encadrement déficient est donc un amplificateur des inégalités sociales.

Au sortir de l’école primaire, beaucoup d’élèves n’ont pas acquis les compétences de base et les connaissances générales indispensables pour un poursuite des études dans les meilleures conditions. L’encadrement des élèves au primaire est très insuffisant. Le nombre d’élèves par classe est trop élevé et ne permet pas à l’instituteur de s’occuper valablement de chaque enfant.

Dans le secondaire aussi, on manque d’encadrement suffisant pour lutter contre le décrochage scolaire et la violence sous toutes ses formes. Les classes dites complémentaires (1ère et 2ème bis) pour permettre le rattrapage ciblé et remédier ainsi aux faiblesses des étudiants, sont pratiquement inexistantes par manque de locaux, par manque de professeurs ou encore faute de temps disponible dans la plage horaire.

- Il faut donc créer des normes d’encadrement plus favorables aussi bien dans le primaire que dans le secondaire en permettant un dédoublement de classe plus rapide. Le maximum de 20 élèves par classe ne devrait pas être dépassé.

- Il faut aussi disposer d’une plage horaire globale suffisante pour que ces classes complémentaires (1ère et 2ème bis) deviennent une réalité dans chaque école.

E - De meilleures conditions de travail et une réelle revalorisation pour tout le personnel éducatif

Les conditions de travail des enseignants et des éducateurs sont devenues catastrophiques. S’ajoute à cette situation dégradée le phénomène de la violence lié à la dégradation des conditions sociales (misère, chômage, exclusions) Les prestations des enseignants sont de plus en plus lourdes et le temps consacré aux tracasseries administratives et à la paperasserie, aux concertations et aux conseils de classe, est disproportionné par rapport au temps consacré à l’enseignement proprement dit. Et n’oublions pas non plus le temps dévolu aux adaptations incessantes aux nouveaux programmes dont on se pose souvent la question de l’utilité par rapport aux réalités sociologiques vécues sur le terrain scolaire. De plus, toutes ces tâches relèvent maintenant du bénévolat.

- Il est donc important d’alléger les tâches administratives et d’exiger l’intégration des directions de classe, des conseils de classe et des heures de concertation dans la plage horaire.

Souvent les enseignants sont forcés de réaliser des remplacements dans le cas de collègues en congé de maladie de courte durée. Ils assument alors leur cours dans des conditions encore plus difficiles et avec des élèves ne se situant pas toujours au même niveau d’étude. Dans d’autres cas, les étudiants se retrouvent tout simplement « parqués » à l’étude. Cette situation est préjudiciable aux élèves.

- Nous exigeons aussi le remplacement immédiat des enseignants en congé de maladie

- Le « recyclage » des enseignants doit être organisé dans le cadre de l’année scolaire et ne peut en aucun cas empiéter sur les vacances scolaires. En cas d’absence d’un enseignant pour « recyclage » son remplacement immédiat est aussi une nécessité.

- Il faut maintenir des possibilités de dégagement professionnel du personnel enseignant à partir de 55 ans et ce dans de bonnes conditions salariales.

- Le recrutement d’enseignants jeunes et motivés passe par une nécessaire et inévitable revalorisation de la profession.

F - Un enseignement de qualité ouvert sur le monde et dégagé de tout esprit de compétition et de rentabilité

L’école ne forme pas des « jeunes « complets » Les uns sont spécialisés de manière trop précoce dans un métier ou une formation technique alors qu’ils ne maîtrisent pas correctement la langue maternelle et ne disposent pas suffisamment de compétences générales à la compréhension, à l’analyse et à la critique de notre monde contemporain. D’autres suivent un enseignement général dépourvu de toute formation technique et sont ainsi coupés des réalités du monde du travail. L’école actuelle n’a pas pour objectif l’instruction pour tous. Elle veut surtout former des travailleurs productifs, rentables et polyvalents pour tous les niveaux de la société capitaliste. « Le véritable esprit critique, celui qui permet de s’affranchir de la pensée dominante, ne se nourrit pas de valeurs mais de savoirs... L’absence de rigueur, les savoirs mal structurés, les compétences pratiques sans assises théoriques, l’adaptabilité sans réflexion, ne conduisent l’homme qu’à renoncer à comprendre, à accepter tout sans s’interroger sur rien. L’absence de toute réflexion, analyse et critique conduit l’être humain à se comporter comme un robot. » Nico Hirtt

- Il est important d’éviter une spécialisation trop précoce des étudiants par un cloisonnement trop rapide entre l’enseignement général, technique et professionnel.

- Tous les jeunes devraient jouir d’une vaste et solide formation à la fois théorique et pratique, générale et polytechnique.

- Il faut remettre sur le tapis la conception jusqu’à présent jamais appliquée d’un « tronc commun » pour tous les étudiants du secondaire : une formation générale de base développant un esprit social, de solidarité, de travail et d’émulation collective, un enseignement ouvert basé sur la compréhension des réalités du monde contemporain et développant en parallèle le respect de l’autre mais aussi l’esprit critique. L’école doit surtout être un milieu de vie, d’expérimentation et d’expression pour les jeunes.

- Un début de spécialisation ne devrait se faire qu’en fin de secondaire.

En dehors de l’apprentissage du français et des mathématiques, des langues étrangères et de l’informatique (cours qualifiés d’utiles par les milieux patronaux !), nous estimons tout aussi important de ne pas sacrifier ou réduire des cours tels que les sciences, l’histoire, la géographie, la musique, l’éducation physique et artistique. L’introduction d’un cours de philosophie au secondaire à côté des cours de morale et de religions nous semble aussi d’un apport considérable pour développer cette largesse d’esprit nécessaire à la compréhension de notre passé et de l’évolution actuelle de nos sociétés. Il conviendrait aussi, dans le cadre d’un tronc commun, d’insérer dans l’horaire une initiation aux cours techniques pour tous les étudiants.

G - Droit de contrôle sur la gestion, le fonctionnement, les programmes et les objectifs pédagogiques fondamentaux.

Les décisions concernant les programmes et les objectifs pédagogiques sont prises par des cercles restreints soi-disant compétents mais planant en fait très au dessus des réalités du terrain scolaire. Ces décisions et orientations sont fortement influencées par les besoins des milieux d’affaires et patronaux.

- L’organisation et le fonctionnement des écoles, les décisions concernant les horaires, les cours et les programmes doivent être soumis au contrôle des premiers concernés à savoir les enseignants et les organisations syndicales représentatives.

- Nous voulons une école qui assure de véritables droits aux enseignants et aux étudiants Conclusions

- Pour combattre les inégalités sociales, le droit à une instruction et une éducation de qualité pour tous reste une exigence incontournable.

- Nous voulons une école publique, démocratique et pluraliste dégagée de toute pression ou contrôle de milieux économiques et financiers capitalistes

- Le refinancement de l’enseignement est une nécessité : ce refinancement est possible en dégageant l’argent nécessaire par une fiscalité plus juste (impôt sur la fortune et sur les sociétés) et par une lutte contre la grande fraude fiscale.

« Aujourd’hui, promouvoir une école démocratique nécessite l’émergence d’une autre société dont les priorités ne seraient pas dictées par les intérêts économiques et financiers d’une minorité capitaliste organisée à l’échelle de l’Europe et du monde, mais bien par le souci du bien être et de l’émancipation sociale, politique et culturelle de tous. L’enseignement est un droit démocratique fondamental, pas un investissement financier variable suivant les lois du marché et les besoins du patronat » Nico Hirtt


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