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19 août 2008 - 13:40 - #communisme - #extrême-droite
Le 18 août 1950 à Seraing, un homme était abattu sur le pas de sa porte, une porte comme à son habitude grande ouverte. Cet homme venu accueillir ses visiteurs nocturnes, c’était Julien Lahaut, alors député et président du Parti Communiste Belge. Quelques jours plus tard lors de son enterrement, sa dépouille était escortée par une véritable marée humaine de trois cent mille personnes venue lui rendre hommage une fleur de tournesol à la main.
(Illustration de Marc Paquay réalisé à l’occasion de l’exposition "Noss’ Julien !" réalisée par l’IHOES)
S’il est avec Joseph Jacquemotte une des figures emblématiques du communisme belge, Julien Lahaut transcende cette identité politique. Le 18 août 1950, c’est un (sinon « le ») symbole de la classe ouvrière belge qui fut abattu [1].
Né dans une famille d’ouvriers, Julien Lahaut dont le père fut licencié des usines Cockerill pour ses activités politiques fut ouvrier dès ses 14 ans. En 1905 – alors qu’il a à peine 21 ans – il créa le syndicat des métallurgistes de Seraing « Relève-toi » et devint en 1908 le secrétaire permanent de la future Centrale des métallurgistes. Ce n’est qu’en 1923 qu’il rejoindra le PCB (Parti Communiste Belge) après avoir été exclu du POB (Parti Ouvrier Belge), l’ancêtre du PS actuel. Très tôt, il milita pour la conquête du suffrage universel pur et simple. Antifasciste de la première heure, il s’engagea contre les franquistes lors de la guerre d’Espagne. Joignant le geste à la parole, il accueillit alors chez lui des enfants refugiés. Résistant de la première heure lors de la seconde guerre mondiale, il passa dans la clandestinité puis fut déporté vers le camp d’extermination de Mauthausen dans lequel son courage lui vaudra ses mots « il était un homme qui portait le soleil dans sa poche et en donnait un morceau à chacun » [2]. Revenu très affaibli mais plus populaire que jamais, il prit la tête du PCB en août 1945. Opposant farouche à la monarchie et républicain convaincu, celui auquel on attribue – à tort – le cri « vive la république – lors de la prestation de serment de Baudouin le 11 août 1950 fut également la figure de proue du combat contre le retour de Léopold III dont l’attitude avait été plus que trouble durant la guerre. Il fut assassiné 7 jours plus tard.
Depuis 58 ans, le Parti communiste mais également de nombreux démocrates wallons et flamands exigent la vérité sur cet assassinat politique. Jamais la justice belge ne s’est donné les moyens d’identifier et de punir celles et ceux qui ont commandité et commis ce crime. L’affaire fut close en 1972. Dès la moitié des années 80, les historiens flamands Etienne Verhoyen et Rudy Van Doorselaer ont révélé le nom de l’assassin et de nombreux détails sur le parcours du tueur décédé. Jamais pourtant on ne rouvrit le dossier.
Depuis 2000, relayé notamment par les parlementaires écologistes Muriel Gerkens et Josy Dubié, les communistes réclament une commission d’enquête parlementaire comme celle instituée pour l’affaire Lumumba. Mais malgré un appel soutenu par plus de 250 signataires politiques – communistes, écologistes, socialistes – et syndicaux, la Belgique ne paraît toujours pas prête à faire la lumière sur le dernier soubresaut dramatique de la question royale. Singulièrement, le parti socialiste semble faire obstacle à cette commission pour des raisons obscures [3]. Fin 2007, le magazine « Keerpunt », de la chaîne de télévision flamande Canvas, a diffusé les aveux de l’auteur des coups de feu mortels. En juin 2008, une proposition de loi relative à la réalisation d’une étude scientifique sur l’assassinat de Julien Lahaut a été déposée [4]
Pour la vérité, il n’est jamais trop tard. C’est pourquoi il est urgent que se lève enfin la chape de plomb pesant sur cette affaire qui demeure une tâche brune indélébile dans l’histoire de notre pays. Les parlementaires en ont le pouvoir. Ce meurtre ne doit pas être effacé de la mémoire collective. Une démocratie se grandit en revenant sur les fautes du passé. Nous vivrons dans une « démocratie assassinée » tant que toute la lumière nous sera refusée.
Pierre Eyben (Secrétaire politique de la Fédération de Liège du Parti Communiste)
[1] Il faut noter qu’à la même époque, le secrétaire général du puissant Parti Communiste japonais est lui aussi assassiné. Par ailleurs, deux figures importantes des Partis communistes italien et français, Palmiro Togliatti et Jacques Duclos, échappent de justesse à des attentats. C’est alors la guerre froide et on ne recule alors devant aucun moyen pour affaiblir l’adversaire.
[2] Source : blog de l’historien Julien Dohet.
[3] Voir à ce propos les déclarations de Jean-Maurice Dehousse dans le mensuel Le Drapeau Rouge numéro 19 (septembre 2007) .
[4] Source : Document législatif n° 4-807/1.
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