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Parachutes dorés : nouveau procédé dilatoire du capitalisme marketing

3 octobre 2008 - 15:46 - #anticapitalisme - #médias


Cela devient un des grands classiques de la société capitaliste marketing dans laquelle nous (sur)vivons : pour éviter d’attaquer le mal à la racine lorsque l’opinion publique quitte des yeux son écran plasma quelques instants pour esquisser un semblant de mutinerie, on lui offre en pâture (médiatique) une minuscule branche dépassant de la canopée, laquelle accomplit son merveilleux office de paille dans l’œil. Borgne mais heureux, le peuple s’en retourne alors voir la fin de l’émission de téléréalité que les vendeurs de temps de cerveaux disponible lui offrent gracieusement.

C’est ainsi que l’on se bat pour ôter les enfants des centres fermés, avortant le débat sur le sens même de l’enfermement d’adultes n’ayant commis d’autre délit que de fuir la misère que le capitalisme mondialisé génère sciemment. C’est ainsi que l’on s’occupe de rendre « plus humaines » les expulsions plutôt que de réfléchir à l’impact réel de l’intégration de 30.000 migrants clandestins annuels dans une population de 10 millions de personnes. C’est ainsi que l’on combat par la répression « les incivilités » plutôt que de s’attaquer à l’infinie violence et à l’individualisme forcené issus du système actuel qui en sont la cause. Les exemples sont sans fin.

La dernière « paille dans l’œil » en date, ce sont les « parachutes dorés ». Des libéraux aux socialistes, de Sarkozy à Di Rupo, chacun a sa petite indignation à disposition pour le JT du soir.

Or, ceci dit un peu abruptement : les parachutes dorés, c’est du pipi de tout petit chat ! Ceux-ci correspondent à un ou deux ans de salaire de grands patrons et au fond tout qui est licencié (pour une bonne ou une mauvaise raison) a bien le droit d’obtenir une somme équivalente à son traitement pendant quelques mois, le temps de trouver un autre boulot. La vraie question, bigrement plus consistante, que relève les sommes astronomiques que constituent ces parachutes dorés est celle des salaires dont ils découlent directement. Est-il philosophiquement acceptable que quelqu’un gagne plus (voir beaucoup plus) qu’un million d’euros par an ? Dans une société qui se veut démocratique, quel est l’éventail acceptable entre le plus bas et le plus haut salaire ? Cette question qui touche au fondement même de la société ultralibérale actuelle est soigneusement maintenue de côté, bien camouflée dans la toile des parachutes dorés.

Au début du XXe siècle, les libéraux américains, qui avaient encore le peu de bon sens que n’ont même plus les sociaux-démocrates actuels, estimaient que le maximum de différence admissible entre le plus bas et le plus haut salaire était de 1 à 20. En 2005, les dernières statistiques américaines chiffrent cette différence à un rapport de 1 à 435. Et on ne parle que des salaires, pas encore des mille stratagèmes (stock-options, actions classiques, primes exceptionnelles,…) qui font souvent sérieusement grimper la note …

Quand, comme le relève une récente étude du PNUD, la richesse cumulée des 225 personnes les plus riches du monde (plus de 1000 milliards de dollars) équivaut au revenu annuel cumulé des 47% d’individus les plus pauvres de la planète, soit plus de 3 milliards de personnes [1], la question n’est pas rhétorique ou populiste [2] comme d’aucuns aimeraient le faire croire. Elle est centrale.

S’ils décidaient enfin d’arrêter de nous enfoncer des pailles dans les yeux pour s’occuper d’agir concrètement en hommes/femmes de gauche, ôtant les poutres qui soutiennent l’édifice actuel, les élus progressistes pourraient proposer :

- que l’on instaure en Belgique un salaire minimum (indexé) de 1500 euros
- que l’on fixe un ratio maximal acceptable entre salaires minimum et maximum. Il me semble qu’un facteur 10 serait un bon chiffre pour débuter, l’objectif devant être de faire baisser à terme ce chiffre. Par exemple, on pourrait décider d’indexer le salaire minimum mais pas le salaire maximum autorisé, diminuant de facto progressivement l’écart d’inégalité
- que tout revenu supérieur à ce plafond soit reversé à la collectivité sous la forme d’un impôt fédéral sur la fortune.

(Ces propositions s’inspirent de la proposition faite au Parlement Suisse par le député Josef Zisyadis)

Notes

[1] Selon le PNUD toujours, il suffirait de moins de 4% de la richesse cumulée de ces 225 plus grosses fortunes mondiales pour donner à toute la population du globe l’accès aux besoins de base et aux services sociaux élémentaires (santé, éducation, alimentation).

[2] Petit information à l’usage de celles et ceux qui seraient peu au fait de la rhétorique actuelle. Un président qui respecte le verdict d’un référendum populaire comme Hugo Chavez au Venezuela est populiste, alors qu’un président qui fait changer la loi afin de contourner l’avis de son peuple comme Nicolas Sarkozy est démocrate

5 Messages de forum

  • J’adore (façon de parler évidemment). On pourrait prendre aussi l’image de l’iceberg : toutes ces "pailles" données en pâture au peuple et que nos Zorros (non, non, je n’ai pas dit zéros...) politiques s’empressent de pulvériser, sont les pointes de l’iceberg. Après que sa pointe ait disparu, c’est tout l’iceberg qui remonte et l’on en découvre alors d’autres de pointes, et de plus grosses ! Sans doute qu’un jour il n’y aura plus d’iceberg... :-(

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  • Bonjour Pierre,

    Je suis content de lire qu’il y a au moins une autre personne en Belgique pour penser qu’il n’y a pas de problème de "parachute doré" en Belgique (1), en ce sens que les montants cités, exprimés en années de salaire ne sont pas si énormes. Les membres de la locale ECOLO de Forest ont demandé à l’ex salarié de Fortis que je suis de répondre à quelques questions sur la crise ; ils ont été médusés lorsque j’ai dit qu’il n’y a pas de problème de parachute doré en Belgique, mais bien un problème de gros salaires.

    Le problème est bien, comme tu le dis, le "salaire de base". J’avais écrit un article sur cette question début avril 2008 (http://www.jcenglebert.be/ ?id_article=106). J’avais écrit cet article lorsque des enquêtes sur les "gros salaires" avaient été publiées. On nous expliquait à l’époque que ces salaires étaient justifiés par "le risque" (pour qui ?), par "la concurrence internationale" et par les "compétences". A l’époque toujours, peu de temps avant que je ne présente ma démission chez Fortis, l’augmentation du salaire de Jean-Paul Votron (de 750.000 à 1.300.000 euros de salaire de base) était justifiée par le fait qu’il "était le seul à pouvoir faire ce qu’il faisait". Je suis assez d’accord sur le constat ; je suis moins d’accord par rapport au fait que cela mérite récompense ; je pencherais plutôt pour la prison...

    Il y a quelques semaines, je m’étais "amusé" à reprendre les statistiques publiées par le ministre des Finances pour tenter de mesurer les inégalités salariales, en abordant la question sous l’angle fiscal (http://www.jcenglebert.be/ ?id_article=121).

    Ma proposition, concernant les inégalités salariales, est de lier les possibilités de réduction de cotisations sociales (plans Rosetta etc...) au différentiel entre le plus haut et le plus bas salaire. Le principe est que si une société peut se permettre d’accorder une rémunération tellement élevée à quelques uns, alors elle peut certainement se permettre de contribuer à l’intérêt général.

    Enfin, tu te demandes s’il est normal de gagner un million d’euros par an. Je me pose pour ma part des questions sur l’état mental d’un individu qui SOUHAITE gagner un tel salaire.

    Amitiés

    Jean-Claude

    (1) La question n’est pas la même partout.

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  • Bravo pour ton blog que je viens de découvrir et au plaisir de te retrouver sur http://journalpetitbelge.blogspot.com

    http://journalpetitbelge.blogspot.com

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  • Bonsoir Pierre.

    Comme d’habitude, je suis content de te lire. Non pas que cela m’apaise, mais au moins, c’est un autre son de cloche que le bêlement des médias dominants qui, jusqu’à ce soir, et malgré un nombre impressionnant d’émissions spéciales sur "la crise", n’ont pas encore réussi à me faire comprendre en quoi il était si nécessaire d’injecter de l’argent dans les banques parce que bourse chutait...

    Oups : le "tu" est venu tout seul... je le laisse, en espérant qu’il ne froissera pas... ;-)

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  • Un bel exemple de la connerie dont je parlais. Pour se faire mousser, le gouvernement propose de limiter à 12 ou 18 mois de salaire les parachutes dorés.

    Lien

    La question du salaire est évacuée ... et hop ...

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