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James Bond, ce n’est plus un film mais une longue page de pub. L’assertion peut sembler un peu rêche mais elle est limpide au regard des chiffres. Sur un budget estimé à 160 millions d’euros pour le film, le "placement de produits" représente 60 millions d’euros de rentrées, un record.
Même si dans le cas du beau James, il ne s’agit pas d’une nouveauté mais bien d’une progression continue, on semble avoir atteint avec ce dernier opus un seuil. On bascule clairement dans la publicité à forme cinématographique . Le film devient en premier lieu un outil destiné à placer des produits. Gros plans sur tel ou tel objet de marque X, récurrence calculée (et chiffrée en monnaie sonnante et trébuchante) du nombre d’apparitions de telle voiture de luxe,... L’imbrication entre trame de l’histoire, choix de réalisation et desseins marketing est totale.
Je ne me prononce pas ici sur la qualité/beauté (possible) de cet "objet publicitaire " déguisé en film, tout comme je refuse de me prononcer sur l’esthétique d’une photo publicitaire. Un marchand de soupe de grand talent reste un marchand de soupe, tel est le message le plus important. L’art comprend en ses germes la notion de gratuité, de désintéressement et de recherche d’un dépassement des contingences matérielles. Ici, on est à l’opposé de cette démarche.
Voici quelques suggestions de titres pour les prochains opus de 007 : "James Bond contre le docteur Rolex", "Aston Martin never Die", "Never Say Never Nokia Again" et pourquoi pas un remake de "Casino Royale" intitulé "Fortis" ?
Rappelons que l’UE vient récemment de décider d’assouplir les règles en vigueur concernant le placement de publicités dans les productions cinématographiques et à la télévision. Pour les pubards, la chasse au con-sommateur via ces supports ne fait donc que débuter. Grâce à l’idéologique guerre des mots, le "bien-être" est déjà devenu "pouvoir d’achat" mais celui-ci n’est à la vérité à leurs yeux que "devoir d’acheter". Les supports médias utilisés pour nous rappeler cette "obligation" se multiplient, nous pourchassant jusque dans les recoins de nos loisirs (comme le cinéma) et même de notre intimité.
En nous faisant payer pour aller voir une publicité de 90 minutes, les pubards démontrent leur superbe efficacité. Nous avons deux types d’efficacités à leur opposer :
une efficacité individuelle en n’allant pas voir cette duperie
une efficacité collective en changeant le rapport de force politique et en opposant enfin des règles de protection du citoyen face à l’invasion publicitaire, bras armé du capitalisme et de la mortifère surconsommation.
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