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4 novembre 2008 - 01:58 - #alternatives - #démocratie - #libertés fondamentales - #social démocratie
Point d’orgue belge de la vague d’obamania qui touche toute l’Europe, ce 4 novembre, une Obama Night aura lieu à la Maison du Peuple de Saint Gilles, organisée par le Comité belge de soutien à Barack Obama. Le président de ce comité, Elio Di Rupo et sa co-présidente Marleen Temmerman seront de la fête.
A l’heure où la obamania semble être partout, où ce dernier est vu par la droite, notamment par Nicolas Sarkozy en France, comme le meilleur interlocuteur possible et par la gauche comme l’unique alternative aux néoconservateurs américains, il est sans doute utile de (re)préciser certains faits passés le plus souvent à la moulinette des médias sur l’autel d’un simplisme anti-Bush de circonstance.
1. Obama prône une politique économique de droite
2. Il existe une gauche socialiste aux Etats-Unis
3. Il existe un mouvement écologiste conséquent aux Etats-Unis
4. Obama prône la poursuite du militarisme et de l’impérialisme étasunien
5. Le financement privé de la campagne d’Obama fragilise la démocratie américaine
Obama, ce n’est pas GW Bush et ce n’est pas non plus John Mc Cain, il serait stupide de le nier. Cependant, sans aller aussi loin que le (fau)con John Bolton qui l’a récemment qualifié de candidat « d’extrême-gauche » (Source), peut-on affirmer qu’il est un candidat de gauche ou, pour le moins, du centre-gauche ?
Si les mots ont un sens, et ils en ont un à mes yeux, la réponse est catégoriquement « non » au regard de son programme économique.
Etre de gauche, c’est savoir redistribuer les richesses. En matière fiscale et alors que plusieurs dizaines de millions d’Américains vivent dans la pauvreté, Obama refuse d’augmenter les impôts de la « middle-class » afin de financer des mesures sociales. Il promet même des réductions d’impôts alors que le pays croule déjà sous les déficits publics. Il prévoit juste de revenir sur les réductions d’impôt effectuées par G.W. Bush pour en revenir à un taux d’imposition des plus fortunés de l’ordre de 40%. Ainsi que le rappelait encore hier sur La Première John R. MacArthur, le directeur de Harper’s Magazine, ce taux était en 1964 de 90%.
Par ailleurs, contrairement à Hillary Clinton qui n’est pas exactement une gauchiste, Obama s’est également prononcé contre la couverture santé universelle, et donc obligatoire, qui permettrait à chaque américain d’être couvert Il est bon de savoir que sur 300 millions d’Américains, pas moins de 46 millions ne bénéficient pas d’une couverture maladie. Selon diverses études, la solution « bricolée » par Barack Obama laisserait au bas mot 10% d’américains sur le carreau.
Etre de gauche, c’est aider en priorité les plus précarisés. Un rapport publié par Working Poor Families Project révèle que plus de 28% des familles américaines, dont un membre ou deux travaillent, vivent dans la pauvreté. Obama axe lui son discours sur la défense de la « middle-class » et il définit celle-ci comme correspondant aux foyers qui gagnent jusqu’à 250 000 dollars par an. Alors que 50 % des ménages vivent avec moins de 50 000 dollars par an, le candidat démocrate entretient sciemment la confusion en refusant de reconnaître que les Américains gagnant entre 100 000 et 200 000 dollars (entre 65 000 et 130 000 euros) par an n’appartiennent pas à la « classe moyenne », mais aux classes supérieures. En réduisant la catégorie de celles et ceux que l’on appelle les « riches », on réduit d’autant la possibilité de trouver de l’argent pour les plus pauvres.
Etre de gauche, c’est refuser la marchandisation de l’économie et c’est pour le moins circonscrire le champ d’action du secteur privé. Celui qui veut « extirper du Parti démocrate certains des excès qui l’empêchaient de gagner les élections ».(Source : Barack Obama, The Audacity of Hope, Crown, New York, 2006, p. 35) se plait pour sa part à associer systématiquement créativité et secteur privé. Il se fait en chaque occasion le chantre du marché et du libéralisme économique.
Etre de gauche c’est refuser la barbarie d’Etat. Obama est favorable à la peine de mort. Pire encore, il s’est rangé aux côtés de John McCain contre un arrêt de la Cour suprême visant à interdire la peine de mort s’il n’y avait pas eu meurtre.
Etre de gauche c’est s’opposer à l’impérialisme. Obama est lui favorable comme Bush et Mac Cain à l’entrée de la Géorgie et de l’Ukraine dans l’OTAN. Dans le même temps, il a prononcé devant le lobby pro-israélien un discours qui s’aligne sur les positions les plus inflexibles du gouvernement d’Ehoud Olmert. Il a également vis-à-vis de l’Iran et de l’Afghanistan des visées belliqueuses.
Etre de gauche c’est combattre la misère et pas les miséreux. Joe Biden, colistier d’Obama, a soutenu la réforme de la politique d’immigration de George Bush, et s’est prononcé en faveur d’un mur à la frontière avec le Mexique.
Etre de gauche, c’est défendre le droit à la différence politique et idéologique. Joe Biden a voté pour le Patrioct Act, une loi répressive et liberticide (cette loi autorise notamment la détention sans limite et sans inculpation de personnes suspectée de terrorisme) proposée par les conservateurs suite aux attentats du 11 Septembre 2001.
En France, quelques militants centristes du MoDem, se sont amusés à utiliser la boussole politique (Political Compass) afin de se positionner par rapport à Barack Obama (lequel apparait à droite avec cet outil), ils se retrouvent largement … à sa gauche.
Lors de l’élection américaine, un candidat défendra l’abolition du Patriot Act, la fin de la torture par l’eau, le retrait des troupes américaines en Irak, une réduction des dépenses militaires, le respect du protocole de Kyoto et une politique active en matière de protection environnementale, la fin de la peine de mort, le droit à l’avortement, la fin de la vente d’armes à l’étranger par les Etats-Unis, la garantie de financement public pour les soins de santé, l’accès au logement pour tous (à travers une politique interventionniste de l’État), le remboursement de la dette des États-Unis aux Nations unies, le recours obligatoire au référendum avant toute action militaire à l’étranger, la protection du droit de grève et du droit d’appartenir à un syndicat, le droit de sanctuaire pour les immigrés en situation irrégulière ; une politique d’aide au développement des pays pauvres pour endiguer l’immigration clandestine, l’annulation de la dette du Tiers monde, un engagement de l’État dans le développement et l’amélioration des infrastructures urbaines et rurales, la mise en place d’une démocratie participative et un contrôle public démocratique sur l’économie.
Minuscule détail, ce candidat, ce n’est pas Barack Obama mais Brian Moore du Parti Socialiste des Etats-Unis, un parti qui prône des changements progressifs compatibles avec un futur socialiste. Brian Moore est détenteur d’un Master en administration publique à l’Université d’État de l’Arizona Après ses études, il a traduit concrètement son engagement d’homme de gauche. En 1969, il a ainsi rejoint le Corps de la Paix et a participé à des projets de développement d’infrastructures dans des quartiers pauvres, notamment en Bolivie, au Panama, au Pérou, en Équateur, au Brésil, au Guatemala, en Colombie et en Tanzanie.
Comment comprendre qu’Elio di Rupo ait déclaré récemment dans le journal Le Soir, « Obama. C’est le candidat le plus proche de mon programme politique » , ajoutant « Je suis persuadé qu’il pourra mener les Etats-Unis, mais aussi le reste du monde, vers beaucoup plus de stabilité et de justice sociale. » ? Ceci va bien au-delà du choix de raison, c’est bien d’une convergence idéologique dont Elio di Rupo fait part, une convergence dont témoigne son poste de président du Comité de soutien à Obama.
Comme les jeunes militants du MoDem, j’ai réalisé le testPolitical Compass et fort logiquement je me retrouve le plus proche de Brian Moore (Je suis apparemment un peu plus libertaire).
Où se trouvent les camarades socialistes membres du comité de soutien de Barack Obama tels Sfia Bouarfa, Karine Lalieux, Didier Donfut, Paul Magnette ou Marie Arena ? Si comme je l’espère ils sont plutôt à gauche, pourquoi appellent-ils à voter pour un candidat de droite ?
Il faut en toute circonstance refuser la bipolarisation telle qu’elle est pratiquée aujourd’hui et largement entretenue par la plupart des médias. Cette élection n’aurait jamais du se résumer à un duel Mc Cain-Obama car il n’y a pas deux mais dix candidats. Il aurait du s’agir d’un combat « à la régulière » entre ceux-ci. La bipolarisation et la mise en avant de deux candidats qui proposent l’alternance et non l’alternative atrophie à dessein un véritable débat politique et idéologique. Qui sait qu’il y a aux Etats-Unis un Parti Réformateur qui présentera un candidat à cette élection ? Qui connait Roger Calero, le candidat trotskyste du Parti socialiste des Travailleurs ? Et le libertarien Bob Barr ?
Dans le comité obamaniaque belge, on trouve également de nombreuses figures ECOLO dont notamment José Daras, Christos Doulkeridis, Isabelle Durant et même Bernard Wesphael,
Pour peu qu’il eut été question d’une élection entre Mc Cain et Obama uniquement, cela eut pu sembler un choix évident. Mais ce n’est pas le cas. Sur dix candidats à la présidence, deux candidats écologistes se présenteront à ces élections.
Il y a tout d’abord Cynthia McKinney, candidate du Parti vert des Etats-Unis qui est en fait une coalition de tous les petits partis verts de chaque État.
Ce parti de centre-gauche présente un programme très semblable à celui d’ECOLO avec pour préoccupations principales la démocratie, la justice sociale, l’environnement et l’économie. Point de programme intéressant, ils sont favorables à une diminution de moitié des dépenses militaires. Faut-il préciser que ce n’est pas le cas de Barack Obama ? Peut-être Bernard Wesphael n’a-t-il pas lu complètement leur programme dans lequel ils rappellent par exemple qu’ils sont favorables à la tenue de référendums populaires, le genre de référendums que lui comme moi aurions aimé avoir pour la Constitution Européenne.
Pour les écologistes qui ne trouveraient pas Cynthia McKinney suffisamment « à gauche », il existe même une alternative en la personne de Ralf Nader. Celui qui a été candidat des verts à deux reprises et a réalisé plus de 2 millions de voix en 2000 est candidat indépendant (avec le soutien de nombreux verts) pour cette élection. Nader est un militant anti-nucléaire de longue date (depuis 1976). Il travaille également depuis plus de 40 ans à la protection des consommateurs face aux multinationales. Son combat contre General Motors l’a notamment rendu célèbre.
Contrairement à ce que l’on entend très souvent, un des aspects les plus inquiétants de la politique prônée par Barack Obama concerne les affaires étrangères. Dans un Edito du Monde Diplomatique, Serge Halimi cite par exemple Barack Obama déclarant « Je construirai, une armée du XXIe siècle et un partenariat aussi puissant que l’alliance anticommuniste qui a remporté la guerre froide, afin que nous demeurions partout à l’offensive, de Djibouti à Kandahar. » (Source : Barack Obama, « Renewing American leadership », Foreign Affairs, New York, Juillet 2007.)
Que ce soit sur l’Afghanistan (il veut y renforcer les troupes), l’Iran (Obama a menacé l’Iran d’un conflit si Téhéran n’était pas prêt à abandonner tout enrichissement d’uranium sur son propre territoire ce que l’Iran n’acceptera jamais comme préalable à une négociation) ou Israël (il s’est prononcé en faveur du maintien de Jérusalem comme capitale unique et non divisée d’Israël sous contrôle israélien et a notamment déclaré que le rôle d’Ariel Sharon avait toujours été « important et constructif » dans le conflit israélo-palestinien), les positions de Barack Obama ne diffèrent pas fondamentalement de celles des faucons de l’administration Bush. Même sur le retrait d’Irak, il demeure extrêmement évasif.
Il est à cela une explication relativement simple, le principal conseiller de Barack Obama en cette matière et possible successeur de Condeleeza Rice n’est autre que Dennis Ross qui a servi au Conseil de sécurité nationale de Ronald Reagan et notamment dans le staff du néoconservateur Paul Wolfowitz, pour ensuite devenir le Directeur du planning du Département d’Etat sous James Baker, secrétaire d’Etat dans l’administration de Bush père (Source). Le conseiller du candidat démocrate est en outre le co-fondateur du Washington Institute for Near East Policy, un think-tank établi par le lobby AIPAC (The American Israel Public Afffairs Committee) qui prône une ligne pro-israélienne dure
La démocratie c’est d’abord de partir de la même ligne pour un scrutin. Aux Etats-Unis plus encore que chez nous, c’est loin d’être le cas. L’argent est roi. C’est lui qui rend possible une candidature. C’est lui qui fait gagner.
Pour financer sa campagne, Barack Obama a « levé » pas moins de 600 millions de dollars ce qui constitue record absolu. Une enquête du Washington Post en date du 22 octobre et intitulée « Big Donors Drive Obama’s Money Edge » (Littéralement : « Les gros donateurs sont la force motrice du fric d’Obama ») démontre que « seul un quart de ces 600 millions provient du “petit peuple” ». Pour le reste, Barack Obama a été largement financé par le milieu financier de Wall-Street et notamment les banques d’affaires comme Goldman Sachs (plus de 700.000 dollars). Le conseiller principal d’Obama sur les questions économiques est d’ailleurs un ancien PDG de Goldman Sachs. Certains lobby comme celui des cigarettes le trouvent plus conciliant que John Mc Cain.
Et pour récolter des fonds, l’équipe d’Obama n’aura pas lésiné sur les moyens. La collusion avec l’élite économique aura également été totale. Au courant du mois d’octobre, les riches donateurs pouvaient ainsi s’offrir pour des sommes variant de 5.000 à 30.000 dollars par personne des déjeuners et des soirées avec les principaux conseillers d’Obama, ceux qui seront aux commandes s’il est élu et qui pourront influencer ses décisions. Le magazine Politico a ainsi révélé le 29 octobre l’existence d’une longue liste de conseillers et d’intimes d’Obama se prêtant à ces fructueuses sauteries.
Avec cet argent, Obama s’est notamment offert le 29 octobre dernier 27 minutes de pure propagande diffusées simultanément sur les sept grandes chaînes du pays. Il aura au total diffusé quatre fois plus de spots publicitaires que son rival républicain dans les 18 Etats clés dont dépend l’élection. Par rapport aux autres candidats … on ne compte même plus !
Croulant littéralement sous l’argent de ses « intéressés donateurs », Barack Obama a annoncé qu’il renonçait au versement par l’Etat d’un montant donné (environ 84 millions de dollars en 2008). C’est un fait exceptionnel et il est dû au fait que la somme allouée à chacun des deux grands rivaux, l’est en échange de leur acceptation d’un plafond de dépenses équivalant à la somme reçue. C’est également un précédent dangereux.
Barack Obama c’est beaucoup de paroles mais, comme disent les Américains : « where is the beef ? » (Littéralement : « Où est la viande ? ») C’est-à-dire, où sont les propositions concrètes en matière de politique économique ou de politique étrangère ?
Si Sarkozy en France ou Didier Reynders en Belgique soutiennent Obama, ils ont pour cela de bonnes raisons. Au regard des critères qui avaient encore cours il n’y a pas si longtemps avant que ne sévissent un peu partout les socialistes « décomplexés et modernes » grands pourfendeurs des « archaïques », Obama peut être clairement classé comme un "homme de droite"
Obama et Mc Cain (et plus encore le pitbull créationniste Sarah Palin) est-ce bonnet bleu et bleu bonnet ? Non. Mais il n’est pas besoin pour combattre la droite extrême républicaine de fantasmer un Obama de gauche qui n’existe pas. Parlons alors simplement d’un vote utile comme pour le duel Chirac-Le Pen en 2002. Si la démocratie a un sens, la différence majeure est cependat qu’il n’y a en l’occurrence pas deux mais dix candidats, dont plusieurs de gauche.
Certains voudraient voir en Barack Obama le nouveau Martin Luther King. Il serait temps qu’ils retombent les pieds sur terre. Quand le premier a restreint le changement à un slogan creux matraqué à coups de pubs financées par l’élite économique, le second avait lui décidé de véritablement questionner et combattre la présence aux Etats-Unis de quarante millions de pauvres, ce qui le conduisait « à interroger le système économique, à réclamer une meilleure répartition des richesses, à mettre en cause l’économie capitaliste ».
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