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Podcast de l’émission "Face à l’info" du 25 novembre 2008 consacrée à la refondation de la gauche

26 novembre 2008 - 00:12


J’étais ce mardi 25 novembre invité de l’émission Face l’Info animée par Eddy Caekelbergs sur La première, émission consacrée à la gauche et à son évolution actuelle, et ce en compagnie de Grégor Chapelle et de Pascal Delwit. Pour celles et ceux qui auraient raté celle-ci, en voici un podcast :

Face à l’Info - 25/11/08
La gauche en Belgique et en Europe
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Cette émission étant pleine de qualités mais ayant l’énorme défaut d’être trop courte, et par ailleurs ma politesse naturelle m’inclinant à répondre aux questions qui me sont posées plutôt qu’à jouer les autistes et à « balancer ma sauce » ainsi que le font aujourd’hui de nombreux intervenants, je n’ai pas eu l’occasion de passer une série de messages importants.

J’utilise dès lors ce blog comme complément à ce passage radiophonique.

Actant qu’était venu le temps de la rupture et de la recomposition, le Parti Communiste Wallonie Bruxelles s’est prononcé très clairement lors de son dernier congrès le 18 octobre 2008 pour la création de nouvelle force politique à la gauche du PS et d’ECOLO.

C’est dans cette optique que nous lancerons très prochainement un appel à la création d’une liste unitaire aux élections européennes dans le prolongement du programme pour une autre Europe que les 30 partis membres du PGE finaliseront ce week-end à Berlin. On peut dire NON aux traités ultralibéraux actuels et être farouchement pro-européen.

Selon l’expression de Die Linke, il s’agit aujourd’hui de « réinventer la gauche ».

Cette conviction de la nécessité d’une nouvelle force politique radicalement à gauche s’appuie sur notre volonté de bâtir une initiative unitaire qui dépasse notre parti (tout en lui maintenant par ailleurs tout son sens) mais aussi sur le bilan catastrophique que nous faisons de l’activité politique et de l’évolution idéologique des partis verts et sociaux démocrates.


A propos de l’évolution du PS en Belgique

En pleine crise du capitalisme et du dogme de la concurrence libre et non faussée, le silence du PS est symptomatique. Ses responsables et, malheureusement, une majorité de ses militants ont été à ce point imprégnés de l’idéologie libérale que le système capitaliste actuel semble pour eux un horizon indépassable

On constate dès lors une incapacité totale de la social-démocratie à proposer un autre monde, à se projeter dans un futur différent.

Stop aux privatisations. Halte à l’Europe ultralibérale. Oui à un retour d’une force publique qui ne se contente pas de socialiser les pertes. Le champ des possibles et des alternatives est énorme. Le PS se tait et l’on se dit que le mal est profond. On se le dit aussi lorsque l’on recense une série de valeurs de gauche qui sont aujourd’hui malmenées par les dirigeants socialistes :

- Progressivité de l’impôt sur le revenu (IPP)

La progressivité de l’impôt sur le revenu, fondement de la gauche et du modèle social européen, a été réduite lorsque le ministre Reynders, ministre d’un gouvernement à participation socialiste, a supprimé les taux de 52,5 % et 55 % sur les tranches supérieures des hauts revenus.

- Défense du travail face au capital

Plus globalement c’est toute la taxation sur les revenus mobiliers qu’il faut revoir. Par exemple, les plus-values sur actions sont totalement exonérées. Or, les très hauts revenus sont constitués majoritairement de revenus mobiliers, ils payent donc un pourcentage d’impôts moins élevé que les salariés.

Entre 1980 et 2007, la part des salaires dans le produit intérieur brut de la Belgique est passé de +/- 65% à moins de 50% aujourd’hui.

Nous sommes dans d’un capitalisme « de basse pression salariale » dans lequel la croissance ne peut se maintenir que si elle est « droguée » au crédit (Frédéric Lordon - Interview dans Le Soir du 24 novembre 2008)

- Pas de taxation du capital spéculatif.

Il est temps d’expliquer au capital actionnarial qu’il ne peut pas revendiquer des taux de rendement exorbitants de 15 % à 20 %, alors que le taux d’intérêt est de 4 %, et qu’il va falloir ramener la finance à l’ordre normal de la profitabilité. (Lordon - Idem)

- Pas de cadastre ni d’impôt sur les grandes fortunes.

Un impôt de 1 % sur les fortunes de plus de 500.000 euros, avec une tranche à 2 % au-dessus de 750.000 euros, aurait un rendement théorique de 11 milliards d’euros par an. Le rendement réel sera moindre, évidemment.

Il faut notrer que la fuite des investisseurs brandie régulièrement est un mythe. En France, on constate qu’à peine 300 à 400 contribuables fortunés par an fuient le pays, soit 0,13 % des redevables. Entre 1997 et 2001, 250 millions d’euros ont ainsi échappé à l’impôt sur la fortune. Mais dans le même temps, l’impôt a rapporté 10,3 milliards d’euros.

- La réduction du temps de travail a disparu des revendications du PS et tout récemment d’ECOLO. Pourtant les gains de productivité sont énormes et c’est une revendication historique de la gauche.

Mais par contre :

- Plusieurs amnisties fiscales (DLU qui ne sont donc plus uniques).

- Intérêts notionnels afin de préserver aux multinationales les avantages fiscaux de leurs centres de coordination (qui paient autour de 1 % d’impôts), l’UE ayant condamné les centres de coordination pour leur caractère discriminatoire.

- Pacte des générations qui n’est rien d’autre qu’un allongement du temps de travail.

- Promotion des retraites par capitalisation au dépend des retraites par répartition car on refuse aujourd’hui d’augmenter la part consacrée aux retraites dans le PIB (ainsi que cela a été fait pendant 40 ans).

Marie Arena il y a encore quelques semaines promouvait le deuxième pilier. Pourtant le principe de la capitalisation est antinomique des fondements idéologiques de la gauche. Il faut regarder la réalité en face. Les actions montent quand les entreprises privilégient les bénéfices au dépend de la qualité de l’emploi. Avec ce concept, on fait des travailleurs leurs propres adversaires. Et surtout cette idée d’une capitalisation qui grandit plus vite que l’économie réelle est évidemment un leurre sur le long terme.

- Diminution des inégalités et défense des précaires
- Les inégalités se creusent. Un belge sur sept vit sous le seuil de pauvreté. Il s’agit même de 22% pour les jeunes wallons.
- L’écart entre bas et haut salaires explose. Il est aujourd’hui supérieur à 300.
- Sous des gouvernements à participation socialiste, on a eu l’expulsion collective de Roms, l’assassinat de Semira Adamu, l’enfermement d’enfants dans les prisons pour réfugiers que l’on qualifie pudiquement de centres fermés (mis eux aussi en place par des socialistes).

- Défense du secteur public au dépend de la seule logique du marché

- Alors que la défense des services publics a toujours constitué un fer de lance de la gauche, on a ces dernières années retrouvé des socialistes en première ligne pour la privatisation de fleurons publics (Belgacom, La Poste,…)
- Récemment lors du sauvetage des banques, on n’a pas entendu les socialistes se prononcer pour la création (d’une manière ou d’une autre) d’une banque publique

- Une autre Europe

- Le PS a défendu la Constitution européenne (TCE), se battant même contre toute consultation populaire.
- Dans le TCE on retrouve pourat le militarisme et la soumission à l’OTAN, la non reconnaissance claire des services publics, le non-de contrôle de la BCE ou encore la célèbre « concurrence libre et non faussée » symptomatique des visées ultralibérales. (Il est piquant de noter à ce props que mettre 20 milliards d’euros, rien qu’en Belgique, pour sauver des banques, c’est pourtant franchement la fausser la concurrence.)

- Défense de l’enseignement et de la culture

- Au printemps 95, la ministre Onkelinx (qui préface le livre de Grégor Chapelle) lançait un plan de rationalisation de l’enseignement secondaire. Bilan malgré la plus longue grève de l’histoire de l’enseignement francophone début 86 : 3000 emplois ont disparu et une école sur cinq s’est vue absorber par une entité plus grande. On ressent encore aujourd’hui les effets de cette purge. Tout cela pour économiser la somme bien maigre de 3 milliards de francs belges (75 millions d’euros).
- Dans le supérieur, c’est la même logique d’économie qui a frappé, Lebrun puis Grafé regroupant sans que les socialistes se manifestent les 113 écoles supérieures en 30 Hautes Ecoles de plus de 2000 étudiants en moyenne recevant des enveloppes fixes et globales pour payer leur personnel et faire face à leurs frais de fonctionnement.

La question de l’écologie

Il y a incompatibilité entre marché et écologie sociale ce qu’ECOLO refuse de voir.

La micro-rationalité des actionnaires, le profit à court terme qui l’oriente, est incompatible avec la macro-rationalité écologique, le principe de précaution, la préservation des écosystèmes, le souci des générations futures, et avec la solidarité au sens large.

En restant dans la logique capitaliste, on reste dans une logique d’accumulation et de croissance pour le profit. On parle de répartition des « fruits de la croissance » alors que l’essentiel est d’abord de mieux répartir la gâteau existant sans forcément continuer à faire croître les productions matérielles.

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