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17 décembre 2008 - 11:18
Les médias bruissent ce matin de l’accord conclu entre la ville et les initiateurs de Liège 2015 en vue de renoncer à la consultation populaire sur la candidature de Liège au titre de capitale culturelle européenne en 2015.
Si les médias se montrent lapidaires (et c’est un enseignement non négligeable) quant au "marché" conclu avec la ville, les initiateurs du projet ont eux exprimé dans un long communiqué leur choix.
Si j’ai pour eux sympathie et même admiration, force est de constater que leurs arguments ne me convainquent pas du tout.
Si je crois bien volontiers à l’engagement et à l’énergie désintéressée mise dans cette initiative par les initiateurs, si je peux imaginer qu’ils se sont parfois sentis un peu seuls, je ne peux par contre m’empêcher de constater que, sinon eux, du moins le mouvement qu’ils portaient a été purement et simplement acheté. C’est gros comme un centre commercial, grand comme une tour de Droixhe, limpide comme un canal Calatrava. Ils pourront communiquer à foison, aucune autre réalité ne viendra, ne fut-ce que se surimposer légèrement à celle-là, en témoigne d’ores et déjà la couverture médiatique.
Les initiateurs parlent dans leur communiqué d’un dialogue constructif de la ville ? Pourtant celle-ci n’a fait que tenter par tous les moyens d’échapper à cette consultation populaire qui l’aurait mise devant ses contradictions antidémocratiques, ses petits arrangements partisans. Délai raccourci (via le 13 boulevard de L’Empereur) afin de torpiller le dépôt d’une candidature liégeoise, contre-feu grotesque de la "métropole culturelle", attaques en dessous de la ceinture via la presse, rien n’aura été épargné.
Aujourd’hui la ville a gagné haut la main. C’est une claque (inattendue) pour celles et ceux qui pensaient que, à défaut de gagner, au moins l’on pouvait mettre à nu les mécanismes de la gestion politique actuelle via une initiative citoyenne. Aujourd’hui, c’est Liège 2015 qui se retrouve à poil (et vu la température extérieure...).
Si les initiateurs parlent de leur option comme de la seule alternatve entre jusqu’au boutisme stérile et renoncement total, il existe (ou doit-on s’habituer à dire existait ?) une quatrième voie qui est de faire de ce combat une arme pour montrer dans le domaine culturel comme dans mille autres la façon dont les politiques fagocitent la chose publique et privatise l’intérêt collectif au nom de considérations partisanes. Cette voie avait un autre avantage non négligeable, elle respectait les milliers de signataires qui n’ont jamais demandé que leur voix soit "négociée" mais ont signé POUR UNE CONSULTATION.
Parlons précisément de cette négociation. Aurons-nous une autre perpective culturelle à Liège parce que les initiateurs de Liège 2015 ont renoncé à aller jusqu’à la consultation ? J’en doute profondément. Au contraire, la consultation seule aurait permis de lancer largement un débat sur la vision culturelle d’une ville comme Liège, de pousser les autorités à aller plus loin. Ce débat n’aura pas lieu c’est une certitude. On va créer un "machin" qui sera politisé plus vite que son ombre sur le temps que nos 22.000 signatures pourriront au fond d’une cave. Les initiateurs pointent à juste titre le manque de soutien des institutions culturelles. Mais est-ce une surprise si celles-ci, elles aussi pour une bonne part politisée jusqu’à la moëlle et en tout état de cause dépendantes des subsides publics, sont restées muettes (au mieux) ou ont carrément torpillé le projet de Liège 2015 ? Ici aussi, leur attitude était la plus efficace des démonstrations de ce qu’il y a de vicié dans la logique actuelle.
Au delà de toute ma sympathie et du respect pour leur combat, en dépit de toute la compréhension dont il faut faire preuve pour l’énergie qu’ils ont mise dans celui-ci, je veux le dire clairement : en acceptant ce marché de dupe les initiateurs de Liège 2015 font une grosse connerie. Alors que ce n’est pas le cas, j’en reste convaincu, aux yeux du plus grand nombre, le camp des compromis et même des compromissions a subitement changé. Ce matin, c’est une triste défaite.
Pierre Eyben
Un citoyen sans doute un peu trop "au balcon" mais qui aura récolté depuis celui-ci pas mal de signatures et se sent bien con aujourd’hui.
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