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Texte et vidéo de mon discours de 1er mai 2010

2 mai 2010 - 12:59


Chers camarades,

Nous sommes ici parce que nous n’acceptons pas de vivre dans un pays qui n’a jamais créé autant de richesses mais les répartis toujours plus injustement. Nous ne voulons pas que l’on nous ramène au XIXème siècle.

Nous sommes ici parce que le droit au travail, un droit inscrit dans la déclaration universelle des droits de l’homme et dans notre constitution, est refusé à presque 800.000 Belges. Et que dans le même temps, on ne cesse de presser les travailleurs comme des citrons pour gagner encore et toujours en productivité.

Nous sommes ici parce que nous n’acceptons pas que la moitié de la richesse produite échappe aux travailleurs et remplisse les poches de quelques supers riches.

Pas besoin de grandes théories. C’est cela le capitalisme, la richesse et le pouvoir à ceux qui possèdent et non à ceux qui produisent. L’absence de contrôle démocratique des travailleurs sur ce qu’ils produisent et comment ils veulent produire. C’est la dictature du patronat au lieu de la démocratie du prolétariat.

Nous sommes ici parce que nous n’acceptons pas que quelque 33% des locataires aient du mal à chauffer leur habitation. Que nous n’acceptons pas que près de 40.000 ménages soient en attente d’un logement social en Wallonie (30.000 à Bruxelles) quand à peine 500 logements nouveaux sont construits chaque année.

Nous sommes ici parce que nous n’acceptons pas que 5% des Belges doivent reporter leurs soins de santé pour des raisons financières. Nous sommes ici parce que plus de 7 milliards d’euros de réductions de cotisation sociale sont accordées, chaque année, aux entreprises, sans aucune condition d’emploi, d’investissement ou de maintien de l’outil.

Nous sommes ici parce que nous n’acceptons pas que 1,5 million de Belges vivent dans la pauvreté alors que les bénéfices boursiers sont colossaux.

Nous sommes ici parce que toute cette folie productiviste mue par la soif de profit détruit chaque jour notre planète et ruine l’avenir de nos enfants. L’écologie est aujourd’hui réduite au rang de gadget marketing. Nous sommes ici parce que dans le capitalisme vert, le problème, ce n’est pas la couleur.

Nous sommes ici parce que la lutte paye. Decto Fleurus, Audi Forest, Inbev, TechSpace. Nous voulons être AVEC les travailleurs, AVEC les syndicalistes de combat.

Nous sommes ici ENSEMBLE et nous devrons demain aussi être ensemble pour porter politiquement un projet alternatif. Pas par volonté incantatoire, pas n’importe comment, pas en laissant croire que notre projet politique est en tous points le même, que nous posons sur l’histoire du socialisme réel ou sur la Belgique le même regard, mais avec ENFIN du respect l’un pour l’autre, avec ENFIN la volonté de dialoguer, avec le sens des responsabilités, et d’abord la responsabilité CENTRALE de porter la voix de celles et ceux qui aujourd’hui n’ont plus véritablement de force politique pour les défendre et qui nous demandent d’être ensemble. A ceux là je dis, cette gauche alternative ne se fera pas sans vous. Prenez parti ! Travaillez à l’unité de l’intérieur.

Souvenons-nous d’Elio Di Rupo menaçant avant les élections de juin 2009 les travailleurs d’un bain de sang social si le PS était battu. Le PS n’a pas été battu, le PS est au pouvoir. Mais malheureusement, le gouvernement à participation socialiste n’a pas hésité à frapper durement les travailleurs. Nous ne croyons plus au « sans nous ce serait pire ». Nous pensons au contraire que souvent les socialistes servent à faire passer la pilule.

Car il est possible, même au sein de l’ultralibérale UE, de construire un modèle alternatif. A Chypre, où nos camarades communistes de l’AKEL font 35% des voix, la poste, la distribution d’eau, de gaz et d’électricité sont 100% publiques, les 2 compagnies aériennes sont 100% publiques, la principale entreprise de télécom est 100% publique, les petites pensions ont augmenter de 16% depuis l’élection du camarade Christofias à la présidence, pour la deuxième fois déjà, le salaire minimum a été augmenté, des banques coopératives permettent aux jeunes ménages aux revenus modestes d’acquérir leur maison à des taux planchers, l’accès aux études supérieures des plus modestes est massivement facilité par des bourses permettant de couvrir l’intégralité des frais scolaires. Voilà une véritable politique de gauche. Pas du blabla mais des actes qui dans les faits s’attaquent aux inégalités sociales. Ce n’est pas une politique faite d’intérêts notionnels, de chasse aux chômeurs, d’enfermement des migrants dans des centres fermés, de pacte des générations, d’attaques sur la pension par répartition et de promotion des pensions privées par capitalisation, de privatisation des services publics, de hausse du coût des études, j’en passe et des pas mieux.

En Belgique également, le meilleur service à rendre à la gauche DANS SON ENSEMBLE est de voir émerger à la gauche de la social-démocratie qu’elle soit rose ou vert pâle un front de gauche rouge vif qui rassemble les communistes, les syndicalistes de combat, les écologistes anticapitalistes et les socialistes qui refusent la ligne molle et même souvent hostile aux plus pauvres de leur parti. L’alternative est à gauche, pas dans une écologie apolitique pas dans le populisme droitier.

Cette alternative, c’est notre responsabilité commune camarades. Le chemin passe sans doute par des étapes, nous devons être patients et respectueux, mais nous devons résolument prendre ce chemin et cesser de penser que l’une ou l’autre de nos organisations sera demain seule la voix de l’alternative politique. Dans cette recomposition, les communistes, tous les communistes, ont un rôle central à jouer. L’actualité nous l’enseigne, cette gauche doit se construire dans un contexte belge pour le moins chahuté. Au PC, nous avons toujours plaidé pour la solidarité entre tous les travailleurs, qu’ils soient du Nord ou du Sud du pays. Comment parler de solidarité européenne ou mondiale si l’on n’est même pas capable de s’entendre dans ce pays ? C’est pourquoi nous continuons à plaider pour un pays avec une véritable solidarité fédérale, s’appuyant sur trois régions aux pouvoirs étendus et plus clairement définis. Mais pour que ce pays ait encore un sens, il faut être deux. Aujourd’hui, on doit bien constater que le cœur n’y est plus côté flamand, et moins après chaque crise communautaire du côté francophone. Est-ce uniquement la faute du monde politique ou des médias ? Nous ne le pensons pas. Il existe une véritable cassure dans les opinions publiques. Nous devons prendre en compte cette réalité politique mais sans jamais nous départir de la volonté de ne pas faire des travailleurs les victimes de changements institutionnels devenus inéluctables.

Cette gauche radicale que nous entendons incarner ENSEMBLE doit également se construire dans un contexte de mondialisation économique. Aussi insupportable soit le projet européen actuel, nous ne pouvons pas faire l’impasse sur une résistance au niveau européen car c’est à cette échelle que peuvent se reconquérir demain de nouveaux droits, notamment via des mesures pour contrer radicalement le capitalisme financier. C’est le sens de l’engagement des communistes au sein du parti de la gauche européenne, un engagement fort mais qui n’a rien d’exclusif. Nous voulons collaborer avec toutes les forces de la gauche radicale. En disant cela, nous pensons en particulier à la Grèce où le parti communiste grec, la coalition Synaspysmos et les organisations syndicales qui leurs sont proches mènent en ce moment, malheureusement pas toujours ensemble, un travail exemplaire pour défendre le peuple grec des vautours de la finance. Les mêmes qui il y a quelques mois ont demandé aux états de s’endetter pour réparer leurs conneries et ont bénéficiés d’aides massives spéculent aujourd’hui avec le plus grand cynisme sur la faillite d’un Etat. Un Etat obligé d’emprunter à des taux faramineux à des banques privées qui elles empruntent à 1% auprès de la Banque Centrale Européenne. Et rappelons aux camarades qui parlaient d’un « oui de combat » que c’est le Traité de Lisbonne qui interdit aux Etats d’emprunter directement auprès de la BCE. De nombreux Etats se font aussi de l’argent sur le dos de la Grèce. Juste abject.

Camarades, parce que la solidarité internationale a un sens, parce que peut être demain nous seront les prochaines victimes sur la liste, en ce 1er mai fête des travailleurs, nous sommes tous un peu Grecs.

Je vous souhaite chers camarades, un excellent et combattif 1er mai 2010. Vive Julien Lahaut, vive la république, vive l’unité de toute la gauche anticapitaliste et vive le socialisme du XXIème siècle.


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