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L’exercice pénible mais éclairant de sa citoyenneté.

25 septembre 2006 - 14:08


Vendredi dernier j’ai pris part à un débat dans le cadre des élections communales (voir ici). Parmi les autres participants au débat, il y avait le ministre Marcourt que je ne connaissais pas bien si ce n’est à travers ses colleurs qui ont autant de respect pour les règles démocratiques que lui-même en témoigna vendredi pour les personnes présentes (voir illustration plus bas). Je dois bien avouer que ce ne fut pas de prime abord une expérience agréable mais avec un peu de recul, je me dis qu’elle aura quand même été éclairante.

Soyons clairs, je n’ai pas été bon vendredi. Fatigué, stressé, j’ai été confus trop soucieux de présenter en un temps fort court de nombreux points du programme du PC, je me suis à l’une ou l’autre reprise emmêlé les pinceaux. Et puis, je suis (je le revendique) un simple citoyen qui s’intéresse à la chose publique, pas un professionnel. On a sans doute besoin d’experts, de techniciens mais je crois que parfois, parce qu’ils sont confrontés à la réalité de leur concitoyens, de simples militants comme moi ressentent avec plus de justesse la dérive de la société actuelle.

J’avais envie lors de ce débat d’ouvrir deux pistes de réflexions (importantes à mes yeux) peu ou pas mises en avant :
- La question du financement communal : parler de programme c’est nécessaire mais sans argent on ne va pas au-delà des promesses.
- La question de la distance entre le citoyen et la chose publique : cette distance est croissante ce qui explique pour une part le désaveu citoyen et les dérives populistes.

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Affiche du MAS surcollée par les équipes de JC Marcourt
Le 4 septembre, le conseil communal de Liege a voté le fait que chaque liste avait droit à un espace propre sur les 49 panneaux officiels existants. Cette mini bulle de démocratie est manifestement inacceptable pour certains.

L’agressivité comme arme de débat

Mais de tout cela il aura été très difficile de débattre. Après avoir commencé par critiquer la forme du débat, le ministre a « joué » à systématiquement interrompre mon intervention coupant le fil (déjà fragile) de mes explications.

L’argument de l’autorité

A plusieurs reprises, lors de moments clés, il a affirmé « c’est faux ». Il a par exemple nié la diminution des sommes perçues à travers le fonds des communes [1]. On a beau dire que l’on a les chiffres, ceux-ci peuvent être clairs, il sait fort bien ce que vaut alors la parole d’un simple militant face à celle d’un ministre.

La question de l’éthique dans le débat

Volontairement, j’ai évité d’aborder la question des affaires (les ECOLOS qui l’ont abordée se sont vus qualifiés purement et simplement "d’extrême droite") comme celle de la multiplication des mandats (Il est quand même un fait que les conseillers PS à Liège ont en moyenne 6 mandats rémunérés soit 3x fois plus que les conseillers ECOLOS et 6x plus que moi [2]).

Le ministre lui, à la première occasion détourna volontairement mes propos pour agiter l’ombre des clichés les plus pénibles. Je parlais de nécessité pour les élus d’être « poussés au cul par le mouvement social » (le CPE en est un bel exemple [3]), il réduisait cela à une volonté de « révolution sanglante » et de gouvernement par la rue.

Je parlais de démocratie participative, il insinuait qu’il s’agissait simplement d’une habile manœuvre pour contrebalancer le précédent propos [4].

En conclusion

Au fond le débat avait lieu dans une salle où l’on retrouvait surtout des personnes aux positions déjà très affirmées (candidats, membres de comités de soutien,…). C’est aussi sans doute ce qui m’a valu une ou deux interventions volontairement agressives et dénigrantes [5].

Mais avec un minimum de recul, je perçois bien que l’attitude du ministre fut en fait la parfaite illustration de la façon dont le PS gouverne aujourd’hui : arrogance, impunité et mensonge. Au lieu de m’énerver, j’aurais simplement du rebondir avec calme sur cela.

Reste que c’est un triste spectacle que cette conception du débat, une triste conception pour de tristes gestionnaires qui nous mènent droit dans le mur en nous intimant l’ordre de nous taire, nous les simples citoyens. La remise en cause de l’autorité est donc plus que jamais une valeur importante à cultiver …

Notes

[1] Plus importante source de financement des communes, celui-ci a chuté de près de 30% en 30 ans ce qui explique pour une part les coupes sévères effectuées dans le personnel communal.

[2] Dingue, je n’ai qu’un boulot rémunéré :)

[3] D’ailleurs, ceci m’amène tout droit à une petite digression amusante, monsieur Marcourt dont l’attitude méprisante ne fut pas sans me rappeler un certain Dominique de Villepin, partage avec lui d’être dans les plus hautes sphères de l’Etat sans avoir été élu. Amusant.

[4] Quand j’y repense, il a aussi eu l’outrecuidance d’affirmer « nous sommes tous pour la démocratie participative » et dire que je n’ai pas eu le réflexe de dire « chiche ». Celles et ceux qui ont mené un long combat contre l’implantation du Palais de justice place St Lambert apprécieront la volonté participative du PS liégeois.

[5] Lors de mon exposé, j’ai eu le malheur apparemment, d’avoir la langue qui fourche employant l’expression « sécurité sociale » à la place de celle « d’impôt » deux notions évidemment différentes. Un participant en a profité pour me sauter dessus verbalement, me proposant des formations à la FAR. Le même n’a pas proposé de formations en géographie au ministre lorsqu’il parla de « communauté européenne » en lieu et place de « communauté urbaine », ni de physique lorsqu’il confondit « panneaux solaires » et « cellules photovoltaïques ». On réserve ses coups de griffe aux petits militants ! Ou peut-être suis-je parano et est-ce simplement parce que la FAR ne prévoit pas de telles formations ?

3 Messages de forum

  • Je suis content de voir que vous êtes parvenu ( et ceci avec beaucoup de difficulté par rapport aux coups bas de ses tristes sieur )a secoué ce lieu trop proche du PS. Bravo. Croyé-moi il en restera une trace dans plus d’une tête présente. Continuer.

    un ouvrier sidérurgiste

  • ... significatif la crainte que j’ai de signer mon message ! ...

    Je devine un peu le ministre en question et connais la force, pas toujours honnête, de ces potentats imbus d’eux-mêmes...

    J’hésite depuis longtemps sur le choix de mon vote.

    Cher Pierre, vous me troublez car je me retrouve beaucoup dans votre témoignage à la fois lucide et courageux.

    Vous méritez, en tout cas, une sincère admiration.

    Bien amicalement.

    Un citoyen parmi d’autres

  • Pour avoir été présent à ce peu démocratique (je suis gentil) débat, je peux témoigner de l’exactitude de l’analyse de Pierre.

    A passer son temps à démolir l’autre gauche, il ne fut pas possible de s’atteler à la seule chose importante qui devrait (en principe) réunir : voir ce que l’on peut faire ensemble pour contrer le néolibéralisme ambiant.

    A croire que le PS (qui est si puissant) ne le désire pas et préfère agiter la menace de l’extrême-droite pour éviter son autocritique.

    Marcourt s’est aussi retranché derrière le rapport de forces non favorable pour ne pas agir. C’est bien cette tiédeur de conviction qui coûte cher à la gauche.
    A-t-on besoin de réussir pour défendre ses convictions et maintenir le cap ?

    Henri Van den Eynde, ex-conseiller communal Ecolo


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