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La pauvreté en Belgique : source d’exclusion et de racisme

Par Pierre Eyben

17 octobre 2006 - 10:53 - #belgique - #pauvreté


Aujourd’hui, journée mondiale de lutte contre la pauvreté, les premiers résultats d’une enquête éclairante réalisée par le Centre d’Etudes De l’Ethnicité et des Migrations de l’Université de Liège et par le Onderzoeksgroep Armoede, Sociale Uitsluiting en de Stad de l’Université d’Anvers viennent d’être rendus publics.

Voir en ligne — http://www.kbs-frb.be/code/page.cfm...

Environ 59% des Turcs et 56% des Marocains établis en Belgique vivent sous le seuil de pauvreté européen, estimé à € 777 par mois. Ils sont même respectivement 39% et 25% à vivre avec moins de € 500 par mois. Parmi les Belges de souche, plus de 10% vivent également sous le seuil de pauvreté.

Que retenir de ces chiffres ? Tout d’abord qu’ils sont énormes et ce y compris pour la population belge et qu’ils prouvent à nouveau la dualisation croissante en cours au sein même des Etats les plus riches. Les inégalités s’accroissent entre une élite de plus en plus riche qui profite de la mondialisation capitaliste et une partie croissante de la population qui en subit lourdement les conséquences [1]. Ensuite, que la situation pour les populations allochtones (et en particulier marocaine et turque) est très préoccupante. Notons par ailleurs que l’argument d’une quelconque spécificité marocaine ou turque qui ferait sans doute plaisir à quelques nauséabonds néo-fascistes peut être balayé d’un revers de la main lorsque l’on constate que la population immigrée italienne arrivée en Belgique de longue date compte encore près de 22% de personnes vivant sous le seuil de pauvreté. C‘est donc bien notre modèle d’intégration qu’il convient de remettre en cause pas telle ou telle « race » ou communauté.

On attendait une telle enquête depuis fort longtemps [2] et elle constitue un outil essentiel pour faire taire les racistes de tout poils (et ceux–ci malheureusement ne se retrouvent plus uniquement au sein des seuls partis ouvertement racistes) qui s’appuient fort providentiellement sur un taux de délinquance plus élevé au sein des populations allochtones (et singulièrement magrébines) pour exiger des solutions radicales. Non, ce taux de délinquance n’est pas dû à une quelconque propension génétique. Il est directement lié à la violence de la précarisation et à l’échec de notre politique d’intégration.

Cette importante population précarisée est également une nouvelle preuve de l’existence sur notre territoire d’une véritable « société parallèle », celle des précaires [3]. Cette société est utilisée par le système, soit directement au travers d’un énorme marché du travail au noir, soit indirectement au travers d’une pression (à la baisse) sur les salaires et les conditions de travail (flexibilité subie).

Quelles solutions apporter ? Je n’ai pas la prétention d’avoir un projet « clef sur porte » mais il me semble qu’il est essentiel d’activer trois pistes :

- L’enquête pointe les difficultés linguistiques des allochtones. Il s’agit clairement d’un échec de notre politique scolaire. On paie directement le sous-investissement chronique dans l’enseignement et en particulier dans un enseignement gratuit et de qualité accessible à toutes et tous.
- Un second problème est un racisme larvé très important au niveau des employeurs qui se traduit par une ségrégation claire à l’embauche. Il convient en la matière d’enfin prendre des mesures énergiques.
- Enfin, l’augmentation des inégalités, ne tombe pas du ciel, elle est la conséquence directe de la mondialisation capitaliste. Il s’agit donc bel et bien de commencer à mettre rapidement des grains de sable (voir carrément des blocs de granit) dans les rouages de cette machine destructrice humainement et écologiquement. Remettre en cause la mondialisation au profit de la relocalisation. Mondialiser la solidarité et non la misère. Contester le chantage à la croissance. Modifier la répartition des richesses. Se réapproprier savoirs, services essentiels (santé, mobilité,...) et matières premières. Il y a du boulot !

Notes

[1] Pour plus d’infos voir ici sur le site http://www.luttepauvrete.be.

[2] C’est la première enquête en Belgique sur la pauvreté des personnes d’origine étrangère.

[3] Pour plus d’infos voir dans la revue Politique numéro 46, le travail de Jérémie Detober et François Schreuer.

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