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De Tel Aviv à Schaerbeek, banalisation de l’extrême droite

Par Manuel Abramowicz et Pierre Eyben

30 octobre 2006 - 23:52 - #extrême-droite


Le cordon sanitaire a été rompu par le PS... israélien. Comme ce fut déjà le cas, il y a quelques années, pour équilibrer et stabiliser son gouvernement d’union nationale, le premier ministre israélien y intègre désormais l’une des pires formations d’extrême droite de l’Etat hébreu.

Dans ce même gouvernement, les travaillistes (les socialistes locaux) siègent. Un problème ? Une preuve encore que les idées d’extrême droite influencent - de plus en plus - les partisans de la démocratie musclée. Y compris dans les rangs socialistes.

La présence des travaillistes dans le gouvernement israélien conduit par Ehoud Olmert (du parti Kadima, droite nationaliste, ex-Likoud) et leur participation à la guerre du Liban ne semblent pas avoir ému outre mesure l’Internationale socialiste. Celle-ci rassemble la majorité des formations politiques d’obédience social-démocrate du monde entier. Le parti travailliste israélien est membre de cette internationale, tout comme les deux partis socialistes belges (le PS d’ Elio Di Rupo et le SP.A de Johan Vande Lanotte). Pourtant, la guerre menée, cet été, par l’Etat hébreu au Liban avait suscité beaucoup d’interrogations et de réactions de la part des organisations de gauche.

Sans éprouver la moindre sympathie pour le Hezbollah, beaucoup se sont en effet questionnés sur l’opportunité et les objectifs réels de cette guerre qui a durement touché, en premier lieu, la population civile libanaise et a eu, pour principale conséquence, de renforcer la popularité du parti nationaliste islamiste et d’affaiblir l’Etat libanais, dans son ensemble.

Aujourd’hui, un nouveau cap est franchi en Israël. Le parti russophone d’extrême droite Israël Beitenou, d’Avigdor Lieberman, rejoint la coalition gouvernementale israélienne. Aux dernières élections, il faut le savoir, ce parti a réalisé une réelle percée, avec l’élection de onze députés à la Knesset (le Parlement national). Israël Beitenou est une formation raciste : elle revendique clairement des mesures ségrégationnistes visant à séparer les Israéliens : d’un côté, les Juifs, de l’autre, les Arabes du pays. Elle propose également d’isoler et d’enclaver plus encore les Palestiniens, ainsi que de redéfinir les frontières d’Israël visant à son élargisement par l’annexion de colonies en Cisjordanie. Israël Beitenou, c’est un peu, au niveau politique, le Hamas israélien !

L’intégration de l’extrême droite dans l’actuel gouvernement d’Ehoud Olmert est symptomatique d’un mouvement plus général. Partout dans le monde, les partis et organisations antidémocratiques bénéficient d’un flux favorable. Parfois même avec la complicité de formations social-démocrates, dont l’histoire politique démontre pourtant leur attachement à l’antifascisme. Chez nous, lors des récentes élections communales, des conseillers communaux d’origine immigrée et d’extrême droite ont été élus sur plusieurs listes de partis dits démocratiques (dont la liste PS menée par la vice-Première ministre Laurette Onkelinx dans la commune bruxelloise de Schaerbeek). En Slovaquie, en juin, un nouveau gouvernement s’est constitué autour du parti de ’’gauche’’ Smer (également membre de l’Internationale socialiste) avec l’appui de deux formations d’extrême droite (le Parti national slovaque, SNS, et le Mouvement pour une Slovaquie démocratique, HZDS). En Bulgarie, le leader ultranationaliste Volen Siderov, ouvertement xénophobe, sera présent au second tour de l’élection présidentielle. En France, dans quelques mois, c’est Jean-Marie Le Pen qui pourrait à nouveau incarner, comme en avril 2002, la surprise du premier tour des présidentielles... Ces quatre exemples européens révélent à nouveau la dangereuse recrudescence de l’extrême droite ainsi que sa banalisation (les deux problématiques étant intimement liées).

A nouveau, il est du devoir de tous les démocrates de réaffirmer - avec force - qu’il n’existe pas d’extrême droite acceptable, que le devoir des formations démocratiques (et a fortiori de celles de gauche) est de conserver un solide cordon sanitaire pour isoler l’extrême droite dans le paysage politique. Qu’il faut aussi – et surtout – refuser que les idées nauséabondes des VB, des FN, des néofascistes des Loups gris turcs ou des intégristes islamiques revendiquant un Ordre nouveau religieux contaminent le monde politique. Un monde aujourd’hui essentiellement aux mains de gestionnaires imperturbables. Des gestionnaires, hélas, de plus en plus enclins – dans le seul but de rester au pouvoir ! - à accepter la transformation des démocraties parlementaires en démocraties musclées. Le réflexe de la forteresse assiégée ne peut conduire qu’aux pires dérives. En Israël comme en Slovaquie, en passant par la Bulgarie, la France et la Belgique... aussi.

Par Manuel Abramowicz et Pierre Eyben Respectivement auteur du ’’Guide des RésistanceS à l’extrême droite’’ (éditions Labor) et porte parole du collectif liégeois A Contre Courant (www.acontrecourant.be)

Source dans le JdM : http://www.journaldumardi.be/index....

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