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par Pierre Eyben
6 novembre 2006 - 12:14
Les frères Happart c’était a priori un phénomène sympa, des non-universitaires s’invitant au bal des hauts gradés de l’Etat au déplaisir aussi unanime qu’inavouable d’une série de boursouflés de la boutonnière toutes couleurs politiques confondues. Mais celles et ceux qui ont cru voir en eux il y a de cela 20 ans une « autre gauche », plus radicale, plus proche du peuple (et donc pour certains moins susceptible d’être récupérée par les intérêts du capital) en sont pour leurs frais. Les frangins ne sortent plus guère du rang que pour flatter leur veine populiste et dire tout le mal qu’ils pensent des flamands ou des écolos. Mais leur embourgeoisement autant politique que social ne dupe plus autant de monde. La popularité des Happart a fondu comme neige au soleil en période de réchauffement climatique [1]. Reste que les Dupondt de la politique wallonne sont plus que jamais toujours bien aux affaires. Aujourd’hui, les frères, c’est 22 mandats dont 7 rémunérés [2], un sénateur et un Président du Parlement Wallon.
Retour sur quelques renoncements
C’est le combat fouronnais qui a nourri la popularité des frangins. Mais les Fourons ont connu une évolution sociologique importante (arrivée massive de frontaliers Hollandais) et il est devenu clair il y a de cela quelques années maintenant que les francophones étaient voués à y devenir minoritaires. José Happart, sentant le vent tourner, a alors laissé de côté son combat pour un « retour à Liège » en solo fin des années 90. On appréciera le symbole qui a tout du hérisson quittant le navire !
Dans les années 90, José Happart a, avec Jean-Maurice Dehousse, symbolisé une frange plus radicale du PS Liégeois à travers le groupe Perron. Si on a encore pu voir Jean-Maurice Dehousse monter au créneau sur le combat pour le NON à la très néolibérale Constitution Européenne, celles et ceux qui ont mené ce combat en Wallonie se souviendront longtemps de la mascarade du Parlement Wallon présidé par José Happart où l’on vota une Constitution sans consultation populaire et à l’issue d’auditions dont avaient été soigneusement tenus à l’écart les partisans de gauche du NON (comme par exemple Gérard Gelmini de la CGSP). A l’issue du vote, José Happart osa cette phrase inouïe : « merci pour nos enfants ». Cette Europe militarisée et vassale de l’OTAN, cette Europe où la libre circulation des marchandises et des capitaux est érigée au rang de liberté fondamentale, cette Europe qui ne reconnait pas la notion de service public, il faut pourtant être sacrément inconscient ou gangrené par la pensée dominante pour la souhaiter à nos enfants lorsque l’on se prétend de gauche.
Les petits arrangements entre amis
La carrière des frères Happart est également entourée de zones d’ombres plutôt interpellantes. Il y a eu par exemple l’affaire Fabienne Demarcin, l’ex-attachée de presse de José Happart travaillant avec Didier Defourny via sa société de relations publiques basée au Luxembourg et qui outre un salaire mensuel en 2005, de 4.000 Euros, factura à Didier Defourny, une somme de 250.000 Euros à titre de pourcentage sur les trois millions d’euros que la Région wallonne envisageait d’injecter, sous forme de sponsoring, pour le Grand prix de Francorchamps.
Les Happart et l’écologie
Les Happart sont issus d’une famille de fermiers et José fit ses armes politiques dans les Jeunes Alliances Paysannes. Toutefois, mis à part le prénom, notre homme n’a rien à voir avec l’autre José (Bové) qui s’est rendu célèbre Outre-quiévrain par ses combats écologistes en faveur d’une agriculture de qualité, relocalisée et libérée du joug des multinationales. Chasseur et productiviste forcené, José Happart tient plus du franchouillard de Pêche et Nature que de l’agriculteur progressiste. Ministre wallon de l’Agriculture, il s’était clairement positionné en faveur des organismes génétiquement modifiés (OGM). Ses mesures en faveur des chasseurs eurent également le don de choquer de nombreux amoureux de la nature.
Et puis José est administrateur de longue date de la SAB qui gère l’aéroport de Bierset. Les pommes de terre qui viennent en avion depuis la Nouvelle-Zélande, cela ne le gêne pas, pas plus que les produits maraîchers qui arrivent de nuit depuis Israël ou du Nord de l’Afrique. Son degré zéro de conscience écologique et sa philosophie « après moi les mouches » [3] se sont encore clairement exprimés la semaine dernière avec le soutien à la plus provocante des propositions, un vol en Boeing de 84kms [4] [5], à l’heure où la Belgique échoue déjà complètement à souscrire aux pourtant très insuffisants critères du protocole de Kyoto [6]. Notons qu’il n’est pas le seul puisque le sémillant Jean-Pierre Grafé du CdH a défendu la même position.
Et on le sait, l’autre frangin, Jean-Marie n’est pas en reste puisqu’il s’occupe lui d’un autre symbole wallon … en matière de pollution gratuite, le circuit de Francorchamps. Homme de gauche, monsieur Happart s’est battu dans toutes les langues pour que les pilotes milliardaires de la F1 puissent continuer de venir polluer nos Ardennes avec leurs pubs à roulettes.
Que faire, que conclure ?
Des élections législatives et régionales se profilent. Il sera important le moment venu de rappeler avec énergie la somme des contributions néfastes des frères Happart. Leurs voix de préférence ont chuté lors des derniers scrutins, on peut espérer que cette tendance se prolongera. Malheureusement le populisme dont ils jouent avec ruse masque encore bien trop le sens réel de leur action.
D’ici là, et pour conclure avec un peu de malice, on pourrait suggérer à la compagnie Jet4You d’inaugurer dès cette semaine un vol Liège-Charleroi-Nairobi histoire d’amener les frères Happart ainsi qu’un certain nombre de nos élus à la 12e conférence sur le climat qui s’y tient.
Les gestes de chacune et chacun comptent pour sauver la planète, mais ceux de nos représentants politiques comptent bien d’avantage.
[1] Par exemple, lors du dernier scrutin communal du 8 octobre 2006, les voix de préférence de José Happart ont diminué de plus de moitié par rapport à 2000.
[2] Cfr. chiffres officiels du Moniteur.
[3] On avait déjà pu profiter de son absence totale de conscience éthique concernant l’affaire des exportations d’armes vers le Népal, dictature qualifiée dans un doux euphémisme de « jeune démocratie ». Pour plus d’infos voir sur le site de Vincent Decroly.
[4] Pour rappel, la société low-cost Jet4You désirait effectuer un escale à Liège sur un vol entre Charleroi et Casablanca, ce à quoi s’est opposé pour raisons écologiques le ministre Antoine (CdH) au grand dam de José Happart .
[5] Notons que les frères Happart sont plus proches des Flamands qu’ils ne le pensent et que la gabegie écologique ne connait pas de frontière linguistique puisqu’en Flandre, il existe un vol entre l’aéroport d’Ostende et celui de Brussels Airport (Zaventem). Le ministre Antoine a d’ailleurs invité les ministres de l’Environnement Bruno Tobback (fédéral) et Kris Peeters (exécutif flamand) à mettre fin à ces vols. Renaat Landuyt (SP.A), ministre fédéral de la Mobilité que les bruxellois connaissent bien pour son sens particulier de l’impartialité n’avait jusqu’ici pas trouvé utile de demander à l’administration de réévaluer les règles en vigueur pour que l’on puisse dorénavant tenir compte de l’impact environnemental de certaines liaisons avant de délivrer les autorisations de vols.
[6] On ne soulignera jamais assez la gabegie écologique que constituent ces vols à bas prix. Les citoyens sont-ils conscients qu’ils hypothèquent l’avenir de leur propres enfants en allant toujours d’avantage se faire dorer les fesses au soleil plutôt que de visiter en train ou en voiture les pays qui nous entourent ? Non, car la publicité constitue un énorme paravent idéologique, paravent que bien des politiques entretiennent au nom du redéploiement économique. Mais c’est une vision à court terme, une vision que nous risquons de payer fort cher ainsi que le révèle par exemple le rapport Stern. Croit-on sérieusement que dans 50 ans on fera encore venir du bout du monde des denrées facilement cultivables ici ? Voir à ce propos le texte Ecologie et Europe : A quand une taxe sur le kérosène ?.
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