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par Pierre Eyben
28 novembre 2006 - 11:32
Depuis quelques semaines, je reçois sans discontinuer des mails concernant une pétition intitulée SOS Poste et initiée par le parlementaire européen PS Alain Hutchinson, contre les décisions européennes concernant la privatisation totale des services postaux. J’invite tout aussi systématiquement les généreux relais à ne pas signer celle-ci. [1]
Ce qui me choque ce n’est bien évidemment pas le fond de cette pétition mais bien sa forme. Toutefois, il n’est pas inintéressant de constater que celle-ci se contente, comme très souvent, de revendications minimalistes et évite soigneusement toute mise en perspective politique du processus généralisé de privatisation qui est en cours et qui est largement impulsé par l’UE.
Ce qui me heurte, c’est d’abord le fait que cette pétition ne soit pas initiée au nom d’une association, d’un syndicat ou d’un collectif mais bien d’un homme politique qui personnalise à outrance l’initiative [2] et place sur le site de la pétition un lien très repérable vers son site propre. Si la pétition électronique a un petit succès, c’est l’occasion pour l’initiateur zélé de se montrer et de capitaliser la sympathie des signataires légitimement émus par les dérives et les conséquences d’un système inique. CQFR (Ce Qu’il Fallait Récupérer)
Ensuite, et ce n’est pas le moindre, il y a le fait qu’il s’agit précisément d’un élu européen et que son rôle n’est pas d’écrire des cartes blanches [3] ou de pétitionner mais de se battre dans l’enceinte du parlement et de voter des lois afin de contrer les privatisations et le pouvoir croissant des multinationales. Où était cet élu lors du combat contre la Constitution Européenne, texte dans lequel n’est même pas reprise la notion de service public et dans lequel on érige le libre échange au rang de valeur fondamentale de l’U-E ?
Enfin, la pétition « SOS poste » est particulièrement choquante dans la mesure où juste derrière la signature d’Alain Hutchinson (à tout seigneur tout honneur), on trouve celle d’Elio Di Rupo. Or, celui-ci a été un des acteurs principaux dans la privatisation de la poste belge. En effet, en 1999, c’est lui, alors ministre, qui a signé l’arrêté royal qui a ouvert la poste à la concurrence pour le courrier de plus de 350 grammes [4]. Le lecteur attentif constatera d’ailleurs que le texte de la pétition ne s’en prend subtilement qu’à la distribution du petit courrier. Pourquoi était-il plus logique de privatiser le courrier de plus de 350 grammes ?
Il me semble donc que ces initiatives relèvent d’abord de l’opportunisme électoraliste et témoignent de la part des élus signataires d’un manque de cohérence flagrant avec leur action politique quotidienne.
[1] Il y a de cela quelques mois, alors que la multinationale Inbev décidait de délocaliser ses services administratifs sacrifiant du côté de Jupille plus de 100 emplois, j’avais déjà eu la désagréable surprise de me voir assailli par une pétition initiée par un édile socialiste local (Michel Faway), peu subtilement dissimulé derrière la confrérie qu’il préside.
[2] Impossible de trouver un page sans qu’apparaisse la signature de Monsieur Hutchinson
[3] Ce que fit par exemple le ministre de l’Economie Wallone, Jean-Claude Marcourt, lors de la délocalisation d’Inbev, se gardant par contre de la moindre mesure législative.
[4] Par ailleurs, il a sévi à l’encontre d’autres services publics puisque c’est lui aussi qui le 21 décembre 1995, a vendu au privé la moitié du capital de Belgacom. Une privatisation qu’il qualifiait alors hypocritement de « consolidation stratégique ». Dix ans plus tard, on voit où l’on en est en termes de « consolidation ».
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