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Par Pierre Eyben
21 février 2007 - 10:46
Adossée à la colline de Cointe, la gare des Guillemins actuelle, véritable crime architectural surtout si l’on se souvient de la gare originelle de 1905, n’est plus adaptée pour les 36.000 voyageurs qui la fréquentent quotidiennement. Ses quais sont étroits, courts et en courbe ce qui est problématique pour les trains actuels (longs et rapides), son hall est trop petit et le bâtiment même a mal vieilli.
Toutefois, pour bien des raisons, je n’aime pas le projet grandiloquent de l’architecte à la mode en Wallonie [1], Santiago Calatrava Valls, qui a été retenu. J’aime encore moins soit dit en passant son projet de canal vers la Dérivation, fruit de la même vision à la Haussmann mais qui fort heureusement semble lui bloqué par les instances communales.
Le coût
Le coût annoncé pour la gare TGV en 1999 lors du début des travaux était de 161 millions d’euros. En 2001, le chiffre cité à la Chambre était de 260 millions d’euros. Début 2005, on en était à 320 millions d’euros. Début de cette année, la SNCB sortait sa calculette et le coût du chantier était cette fois évalué à 430 millions d’euros. On le voit, le coût de la gare ne cesse de grimper et le demi milliard d’euros sera fort probablement dépassé d’ici la fin des travaux programmée pour la mi-2008 [2].
Dans le même temps, la SNCB ferme des gares, supprime des trains à destination de petites localités et oublie dans bien des cas, faute de moyens, ses missions de service public. L’argent public étant rare [3], des choix doivent être faits, des priorités doivent être établies. Des gares fastueuses et coûteuses réalisées par le bureau d’architectes célèbres ne me semblent pas constituer la première des priorités.
Même si les sources de financement ne sont pas directement liées, j’aimerais également signaler que, dans une ville où 30% de la population n’a pas d’emploi, où la pauvreté gagne sans cesse du terrain, une telle dépense somptueuse n’est pas sans poser certaines questions morales.
Un impact surévalué
L’argument qui consiste à dire que cette gare suffirait à constituer un attrait touristique majeur pour notre ville ne me semble pas très crédible [4]. Je pense que ce sont d’abord des activités culturelles de qualité qui sont susceptibles d’attirer des touristes dans notre ville au patrimoine architectural riche mais fort abimé et morcelé. Et que constate-t-on ? Le projet d’un lieu culturel au cœur de la cité dans le Palais des Princes Evêques a été écarté d’autorité, celui du « Méga-Musée » est mal conçu et n’en fini plus de prendre du retard.
L’intégration
La qualité première que doit avoir un bâtiment du gabarit d’une gare est son intégration dans la topographie des lieux et dans le tissu urbain. L’énorme charpente métallique de plus de 10.000 tonnes d’acier [5] de 200 m de long et de 35 m de hauteur conçue par Calatrava est totalement écrasée contre la colline de Cointe. De l’autre coté, la même impression d’écrasement contre les bâtiments fort proches et de taille plus modeste prévaut. C’est d’ailleurs pour cela que l’on n’a pas hésité à raser tout un quartier afin de « dégager la vue ». Il me semble toutefois demeurer une non intégration absolue de ce paquebot d’acier dans le couloir étroit qui sépare la colline de Cointe du quartier des Guillemins.
La fonctionnalité
Cela a été dit et redit, l’inter-modalité de ce projet avec les transports les moins polluants (bus et vélos) n’a absolument pas été pensée correctement. On ne sait toujours pas exactement où les bus seront situés et il est fort probable qu’ils se retrouvent relativement loin de la gare.
Plutôt que de revenir sur ce point, j’aimerais prendre un petit exemple qui me semble symptomatique. Dans la vieille gare, les rampes d’accès aux quais comportaient une rainure afin de permette un accès aisé avec vélo sur le quai (voir illustration article). Alors que le nombre de navetteurs utilisant un vélo [6] est en augmentation, la nouvelle cage d’escalier construite pour conduire aux quais 8-9 n’en comporte tout simplement pas [7] .
En conclusion
Une gare solaire, une gare en matériaux locaux,… Il était possible de trouver avec modestie mais originalité un projet de gare un peu visible. On aurait pu (du) également organiser une consultation des utilisateurs de cette gare concernant leurs attentes. On aurait pu demander aux liégeois de voter pour le projet qu’ils souhaitaient. On a préféré une solution facile. Oui, le célèbre Calatrava et son projet grosse clef sur énorme porte est une solution de facilité, mais que nous paierons cher, j’en ai la conviction.
[1] Il a désormais également été désigné pour la nouvelle gare de Mons
[2] Notons que la SNCB s’est attelée à d’autres réalisations tout aussi pharaoniques comme par exemple la gare d’Anvers
[3] C’est un sujet qui mérite à lui seul un texte mais sur lequel je ne m’étendrai pas ici.
[4] Le tourisme est sans doute un facteur possible de développement. Toutefois, tout comme l’on conçoit une maison pour celles et ceux qui l’habitent au quotidien et non pour les invités que l’on reçoit quelques fois par an, il me semble essentiel de concevoir d’abord notre ville et ses infrastructures pour celles et ceux qui en sont les utilisateurs au quotidien, ses habitants.
[5] Notez que mon esprit retors se pose régulièrement la question suivante : S’agit-il d’acier issu d’un haut-fourneau local ?
[6] Notons que celles et ceux qui souhaitent combiner train et vélo doivent acheter de coûteux vélos pliants puisque le transport gratuit d’un vélo dans le train n’est toujours pas permis.
[7] Je ne peux présumer du fait que cet accès aux nouvelles voies sera définitif. Il existera je l’espère à terme d’autres accès plus intelligemment conçus.
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