| ‹‹ Musée de la pharmacie sportive à Blegny | L’inquiétante dérive marketing du débat politique. ›› |
Par Pierre Eyben
12 mars 2007 - 09:54
La dimension écologique des politiques qui devront être prises dans les prochaines années sous peine de mettre en péril (ou du moins de fortement perturber) la vie sur la planète a éclaté avec force ces derniers mois. Surfant sur cette lame de fond médiatico-citoyenne, les politiques tentent tant bien que mal de réfléchir à des solutions structurelles afin de dompter les ravages écologiques du capitalisme mondialisé. Ils nous exhortent également quotidiennement à plus de citoyenneté écologique. Mais qu’en est-il de leurs pratiques quotidiennes et de leurs choix de consommation ?
Au bal des hypocrites, le lauréat est sans doute Al Gore. L’ex vice-président américain, reconverti en chantre de l’écologie, vient de recevoir un Oscar pour son documentaire "Une vérité qui dérange" [1]. Pourtant c’est d’abord l’Oscar de la duplicité qu’il aurait dû recevoir selon une étude du Tennessee Center for Policy Research [2]. Citant en preuve les factures d’énergie pour le gaz et l’électricité de la maison de la famille Gore en banlieue de Nashville, cette étude a montré que le Roi des verts a dévoré près de 221.000 kilowatt-heures en 2006, soit 20 fois plus qu’une maison moyenne ! La facture ? 30.000$ en gaz et électricité en 2006. Les justifications données par Kalee Kreider, la porte-parole de la famille sont plutôt amusantes. La maison sera bientôt équipée de panneaux solaires et l’électricité utilisée est "verte" car la famille Gore participe au programme Green Power Switch, annonce-t-elle. En somme, faisons fi de la frugalité énergétique, surconsommons puisque c’est du vert !
En Belgique, les hommes politiques ne montrent pas davantage l’exemple. On connaît bien la passion de José Happart pour les 4x4 et son mépris profond pour les combats écologiques encore récemment mis en lumière lors de l’affaire des « sauts de puce » entre Liège et Charleroi. On a également beaucoup parlé ces derniers jours de Marc Verwilghen, ministre de l‘énergie dont la proximité certaine avec le monde industriel n’a échappé à personne, et de sa nouvelle voiture de fonction, un mastodonte 4x4 qui rejette quelque 282 grammes de CO2 au kilomètre. Toutefois en matière de voitures de fonction énergivores et polluantes, le constat est quasi général (voir tableau joint).
| Marc Verwilghen (ministre de (la non économie de) l’énergie) | Audi Q7 | 50.000 euros | 282 g/km |
| Guy Verhofstadt (partisan acharné d’Al Gore et d’un "Kyoto-Plus") | Audi A8 4.2 TDI | 84.000 euros | 242 g/km |
| Didier Reynders (poseur publicitaire devant éoliennes) | Mercedes S350 | 80.000 euros | 242 g/km |
| Elio Di Rupo et Michel Daerden (partisans d’une "écologie sociale") | Audi A8 3.0 TDI | / | 224 g/km |
| André Antoine (néo-écologiste anti sauts de puce) | Mercedes S330 | / | 220 g/km |
Nos hommes politiques qui contrairement à nombre de citoyens ont les moyens financiers d’opter pour des voitures neuves et peu polluantes préfèrent s’offrir des monstres motorisés. De telles pratiques ne peuvent qu’appesantir davantage l’image ambiante d’impunité et de distance entre les citoyens et eux. Il serait pourtant plus que temps qu’ils joignent enfin les actes à la parole et ne réservent plus les efforts aux « simples citoyens ».
[1] Ce documentaire, s’il constitue un outil utile pour favoriser une prise de conscience écologique, s’est dangereusement érigé en bible verte. Or, s’il est plutôt bon du point de vue des observations scientifiques des dérèglements climatiques, il ne s’attarde que bien peu à la racine de ces dérèglements (la boulimie productiviste) et est médiocre (voir dangereux) en ce qui concerne les solutions éco-libérales qu’il prône
| ‹‹ Musée de la pharmacie sportive à Blegny | L’inquiétante dérive marketing du débat politique. ›› |