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L’inquiétante dérive marketing du débat politique.

par Pierre Eyben

16 mars 2007 - 11:29 - #médias - #publicité


Dans un ouvrage intitulé « L’endoctrinement affectif du citoyen », Gordy Pleyers constate que relativement peu de citoyens disposent réellement d’éléments rationnels consistants sur lesquels peuvent se fonder leurs choix politiques. La majorité des citoyens orientent dès lors leur attitude et le vote qu’on leur demande d’effectuer sur une base émotionnelle, une appréciation spontanée concernant un candidat ou un parti. L’auteur montre que si les attitudes, les préférences et les comportements socio-politiques des citoyens peuvent résulter de croyances rationnelles, ils peuvent résulter aussi – et, très souvent, surtout – de processus affectifs pouvant même agir sans que les individus en aient conscience.

(Les illustrations reprises dans ce post ont été trouvées sur Indymedia Liège.)

Le dangereux corollaire de cette constatation est qu’afin de gagner les faveurs des citoyens, il existe, au-delà des procédés rationnels fondés sur l’argumentation, un moyen particulièrement efficace qui consiste à exploiter la voie affective.

Il est intéressant d’observer la stratégie politique des « grands partis » à la lumière de cette analyse. Le plus récent exemple de cette stratégie est l’onéreuse campagne publicitaire de deux grands partis politiques (MR et CDH) qui s’étale actuellement sur d’immenses panneaux publicitaires de la multinationale ClearChannel [1] à travers toute la partie francophone du pays. Cette initiative de marketing politique qui n’est pas la première du genre est exemplative et interpellante tant sur sa forme que sur le fond de son approche.

Tout d’abord il est piquant de constater que des partis qui ne jugent pas utile de protéger davantage le citoyen de l’agression publicitaire [2] arguant de sa capacité de distanciation et d’auto-détermination sont les premiers à utiliser l’outil publicitaire, parfaitement conscients de sa redoutable efficacité. Calquant leur mode de communication sur une tendance médiatique lourde au simplisme et au lacunaire [3], ils optent pour un discours publicitaire fait de formules-chocs, de raccourcis et d’accroches graphiques.

Il est utile par ailleurs de s’attarder sur les thèmes abordés à travers ces campagnes publicitaires. Ceux-ci sont choisis non sur leur objective impériosité mais d’abord sur leur écho médiatique. En tout premier lieu, on retrouve la sécurité (ou plus exactement le sécuritaire) avec par exemple, dans la campagne du CDH une évocation relativement nauséabonde du cas « Van Holsbeek ». Comme toujours, la notion d’insécurité liée au système (perte d’emploi, précarisation,…) est gommée et l’on aborde la sécurité que sous l’angle de la délinquance. Battage médiatique oblige, on retrouve également l’écologie, résumée pour les uns à des pingouins, pour les autres à des éoliennes. Ces images d’Épinal sont en contradiction notable avec la politique de notre pays (menée par ces partis) qui ne réduit pas ses émissions de CO2 et envisage d’abord Kyoto sous l’angle de l’achat de droits de polluer (pudiquement qualifiés de droits d’émission) et qui en libéralisant l’énergie a renoncé pour une bonne part à choisir sa filière énergétique. [4].

Nous sommes entrés dans l’ère du marketing politique, celle des panneaux publicitaires vantant entre une voiture et un crédit à la consommation les mérites d’un parti politique, celle du nœud papillon ou de l’alcoolisme sympa, celle des politiques étalant leur famille, chantant ou racontant la dernière blague lors d’émissions de variété comme autant de gages de qualité.

Cette tendance au superficiel et à l’émotionnel n’est pas étrangère au fait que les partis au pouvoir refusent aujourd’hui d’affronter les directives du marché. S’auto-amputant de leur pouvoir politique, ils déstructurent l’Etat pour servir en pâture au marché des pans de son économie (énergie, transports,…), réduisant leur champ d’action à un fragile bricolage afin d’atténuer les conséquences du capitalisme. Les élections sont donc devenues « un mauvais moment à passer » au cours duquel il convient de maintenir le citoyen à distance de la réalité économique et politique de notre société. La meilleure façon d’y parvenir est de le reléguer au rang de consommateurs politique, lui vendant une image politique idéalisée plutôt qu’un programme politique différent de celui des autres partis de pouvoir.

Notes

[1] Voir à ce sujet le dossier Pourquoi il faut stopper ClearChannel fait par RAP.

[2] Voir par exemple leur attitude concernant la publicité à la RTBF.

[3] Cela est particulièrement vrai pour la télévision, où le rythme et le séquençage des émissions de débat comme des bulletins d’information (sans parler de l’orientation des débats via les journalistes) rend de plus en plus ardu un argumentaire un rien développé

[4] On peut également sourire lorsque l’on connait le manque d’implication personnelle de nos politiques en matière de sobriété écologique

5 Messages de forum

  • Ok, cette campagne est agressive mais celle du PS avec un toute boite de luxe dans les 2.000.000 de foyers de wallonnie l’est tout autant...Et elle utilise encore plus de ressources...

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  • Je n’ai pas encore eu "l’honneur" de recevoir la materiel publicitaire du PS mais il est clair que mon analyse ne cherche pas a cibler l’un ou l’autre parti en particulier. Il me semble que la pratique que je dénonce est commune a tous les partis de pouvoir.

    Pierre

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  • «  L’endoctrinement affectif du citoyen  » Il s’agit en effet de "l’ignorance rationnelle" que j’évoquais en réponse à l’article sur Daerden. On peut ce demander si le désinvestissement structurel dans l’éducation (favorisant l’esprit critique) ne serait pas en relation avec cette dérive. Parait que certains souhaitent descendre l’âge du vote à 16 ans. Ben tiens, les plus jeunes sont certainement encore plus malléables et émotifs que les adultes. Pourquoi pas continuer jusqu’à 8 ans, suffira de les gaver de dessins animés avec Reynders en héros sauvant la planète. Mieux, mettre tout ça sous forme de mangas. Quand je vois des ouvriers prêt à voter Sarko., ..... non de chien !

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  • Le magistrat Christian Panier parle "d’émocratie" ou comment l’irrationnel engendré par l’émotion surgit dans notre espace démocratique. Ces raccourcis fallacieux et émotionnels flattent ce que certains spécialistes de la psychologie sociale appellent "l’économie cognitive", à savoir une propension à ne faire usage que d’une partie de nos ressources cognitives pour catégoriser, stéréotyper, stigmatiser, etc... La télé et la pub n’y sont évidemment pas pour rien... Ce qui m’interpelle le plus, c’est l’irruption du politique, aiguillonné par l’émotion populaire, dans le pouvoir judiciaire, alors que la séparation des pouvoirs est un des fondements de la démocratie. De même, comme je le disais par ailleurs, dans une autre réaction, l’irruption du champ journalistique dans les autres champs de la vie sociale : ce droit d’ingérence à tout prix peut altérer les débats ou les actions sociales qui devraient devenir médiatiquement corrects, ce qui représente un autre danger pour la démocratie.

    On se trouve donc dans un schéma ou l’émotion prend le pas sur le recul critique, ou le politiquement correct règne en maître, où l’unanimité des discours sur des "enjeux sociaux" est devenue la règle. Bref, le vrai débat politique est sérieusement amenuisé. A nous, tendances de gauche radicale, d’exprimer notre diversité, d’avoir un autré regard et de créer de nouveaux espaces d’expression.

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  • Le communo capitalisme liberté et droit.

    Bon voici un message au bourges d’un ringard de communiste, Les capitalistes pourraient mettre les communistes dans leur poche xd. Avantage des bourgeois dans un pays, comme ils sont réputer être radin ya pas mieux que heu pour garder les capitaux et veiller sur heu.

    Aucun changement a cause de : aucun parti assez puissant pour dégager Le petit capitaliste du pouvoir le pouvoir doit rester neutre et réagir au besoin des Belges donc continué avec vos parc priver bonne chance droite Ne changer rien et attendez la naissance d’un new Staline ou Hitler

    1er : Assurer des logements a tous qu’il ait accès a des prix raisonnable arrêter de libéraliser (sauf pour 2em logement (luxe) la il pourrait faire se qui veulent. je trouve qu’un pain c’est comme un toi. Donc moi je dois payer une maison et terrain 125 000e pour élever ma famille xd la droite résultat diminution de natalité (de consommateur augmentation d’immigrant baa ui sans heu ont serai mort économiquement)

    2eme : une seules éducation obliger les élève à mettre un uniforme.

    3eme : un bon système de santé pour tous

    4eme : fixée un prix de l’heure de travail par homme mondial Les pays qui ne joueraient pas le jeu verront leur produit bloquer à la frontière de ceux qui joue le jeu (plus de concurrence sauvage)

    Et le reste ils n’auront qu’a faire se qu’ils veulent moi je m’en fou qu’une BMW coute 50 000e je m’en fou que la cigarette coute 5e que canal + coute cher mes toucher pas a nos foyer et a notre éducation.... ouu

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