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Par Pierre Eyben
Un peu comme pour le combat contre l’agression publicitaire ou contre l’intrusion massive des GSMs, on recueille lorsque l’on s’attaque à un phénomène de société comme la télévision de nombreuses réactions agressives. C’est que la télévision a en 50 années percolé au cœur même de la société et de notre quotidien. Les mêmes arguments reviennent : Moi je consomme avec modération, moi je sais décoder et trier les messages, s’opposer à la télévision c’est s’opposer à un ordre « naturel », c’est un combat anecdotique, c’est réactionnaire et prohibitionniste.
Voici quelques arguments motivant le combat contre le rôle et l’impact actuel de la télévision et éclairant (je l’espère) sa portée.
Les limites du combat
Il ne s’agit pas de combattre l’outil télévision en soi mais bien l’utilisation qui en est faite aujourd’hui. Je ne suis pas pour une interdiction de la télévision. Il en va de la télévision comme des autres objets (GSM, ordinateur,…) et substances (alcool, cigarettes,…) auxquels nous devenons dépendants, la prohibition est le plus souvent contre productive, elle suscite le désir de l’interdit. Le combat qu’il convient de mener est double : tenter de sensibiliser à la surconsommation télévisuelle et œuvrer pour rendre moins abrutissant le contenu des programmes proposés (et en particulier sur les chaînes publiques).
La massivité conduisant à la désocialisation
Une des motivations essentielles de ce combat est la consommation sans cesse croissante de télévision. Une étude récente réalisée par la régie publicitaire IP liée à RTL vient de montrer que le wallon consommait en moyenne 230 minutes (c.-à-d. quasi 4 heures) de télévision chaque jour, chiffre en augmentation de 20% par rapport à 1995. Nous ne sommes plus très loin des champions toutes catégories, les américains qui passent 299 minutes par jour devant le poste. Nous passons désormais plus d’heures à regarder des émissions sur la nature qu’à y vivre, plus de temps à rire des plaisanteries à la télévision qu’à plaisanter nous-mêmes, plus de temps à regarder des scènes simulées de sexualité qu’à faire l’amour. Lorsque l’on ajoute à la journée de travail 4 heures devant le poste, le temps disponible pour la vie sociale, civique ou à la création est quasi inexistant.
La propagande médiatique
La désinformation via la télévision constitue la forme la plus efficace, et actuellement la plus répandue, de la propagande politique et ce nonobstant le travail honnête d’un certains nombre d’électrons (un peu plus) libres. Subtilité toute capitaliste, c’est aujourd’hui en nous informant que l’on nous désinforme. Cette assertion peut sembler un peu abrupte alors que l’on nous assène avec constance que nous vivons dans une démocratie parfaite. Les critères qui fondent une démocratie ne sont toutefois jamais questionnés. En ce qui concerne plus particulièrement la télévision, il est une question simple qui est éclairante : Avons-nous la liberté de créer une autre télévision, une télévision altermondialiste sur laquelle nous informerions le citoyen du contenu de la Constitution Européenne, des négociations à l’OMC, des propositions d’autres partis que ceux au pouvoir, des réformes en cours au Venezuela mais aussi de la vie sociale dans les quartiers, des difficultés au quotidien du belge sur 7 qui vit sous le seuil de pauvreté, de la situation des migrants,… ? Non ! Les ondes (radio et télévision) sont jalousement contrôlées et cadenassées par le pouvoir en place. En particulier, les télévisions locales sont complètement politisées.
La télévision sert aujourd’hui à nous faire accepter certaines décisions politiques difficiles (interventions militaires, sanctions économiques, etc.) que nous n’approuverions peut-être pas sur la base des simples faits connus au moment où elles sont prises.
La médiocrité des programmes et le rôle de la publicité
L’investissement publicitaire est massif dans les médias. Cela est particulièrement vrai pour la télévision qui en Belgique recueille à elle seule plus d’un tiers de ceux-ci (soit près d’un milliard d’euros en 2006). Cette intrusion publicitaire n’est pas sans conséquences. On connait le célébrissime « temps de cerveau disponible » que le patron de TF1 se targuait d’offrir sur un plateau à ses « clients » mais la tendance au formatage des programmes en fonction d’intérêts publicitaires est générale et touche également de plein fouet les télévisions publiques. Je ne peux que vous conseiller à ce sujet de lire les chroniques de Bernard Hennebert concernant l’évolution de la RTBF ces dernières années.
En conclusion
Le combat pour diminuer l’emprise de la télévision sur nos sociétés est un combat important. Actuellement beaucoup de contre-valeurs capitalistes (absence de solidarité, rejet de l’autre, culpabilisation des précarisés,…) nous sont assenées avec force via la télévision.
Le fait de lutter pour une meilleure qualité des programmes (sans publicité) et un contrôle citoyen de ceux-ci est un enjeu de société fort important. Ce serait une erreur de confier l’éducation de nos enfants à la télévision mais il est dangereux également de nier qu’aujourd’hui beaucoup de messages leurs sont transmis via ce média.
Plus prosaïquement, c’est également un combat pour recréer du lien dans les quartiers (fini de s’enfermer seul chez soi) et au sein même des familles. Regarder ensemble la télévision n’est pas une activité sociale, puisque la seule interaction est celle entre chaque individu (qui est passif) et le poste (qui émet).
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