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Pourquoi le combat contre la télévision n’est pas une lubie réactionnaire.

Par Pierre Eyben

22 mars 2007 - 12:05 - #médias - #publicité


Un peu comme pour le combat contre l’agression publicitaire ou contre l’intrusion massive des GSMs, on recueille lorsque l’on s’attaque à un phénomène de société comme la télévision de nombreuses réactions agressives. C’est que la télévision a en 50 années percolé au cœur même de la société et de notre quotidien. Les mêmes arguments reviennent : Moi je consomme avec modération, moi je sais décoder et trier les messages, s’opposer à la télévision c’est s’opposer à un ordre « naturel », c’est un combat anecdotique, c’est réactionnaire et prohibitionniste.

Voici quelques arguments motivant le combat contre le rôle et l’impact actuel de la télévision et éclairant (je l’espère) sa portée.

Les limites du combat

Il ne s’agit pas de combattre l’outil télévision en soi mais bien l’utilisation qui en est faite aujourd’hui. Je ne suis pas pour une interdiction de la télévision. Il en va de la télévision comme des autres objets (GSM, ordinateur,…) et substances (alcool, cigarettes,…) auxquels nous devenons dépendants, la prohibition est le plus souvent contre productive, elle suscite le désir de l’interdit. Le combat qu’il convient de mener est double : tenter de sensibiliser à la surconsommation télévisuelle et œuvrer pour rendre moins abrutissant le contenu des programmes proposés (et en particulier sur les chaînes publiques).

La massivité conduisant à la désocialisation

Une des motivations essentielles de ce combat est la consommation sans cesse croissante de télévision. Une étude récente réalisée par la régie publicitaire IP liée à RTL vient de montrer que le wallon consommait en moyenne 230 minutes (c.-à-d. quasi 4 heures) de télévision chaque jour, chiffre en augmentation de 20% par rapport à 1995. Nous ne sommes plus très loin des champions toutes catégories, les américains qui passent 299 minutes par jour devant le poste. Nous passons désormais plus d’heures à regarder des émissions sur la nature qu’à y vivre, plus de temps à rire des plaisanteries à la télévision qu’à plaisanter nous-mêmes, plus de temps à regarder des scènes simulées de sexualité qu’à faire l’amour. Lorsque l’on ajoute à la journée de travail 4 heures devant le poste, le temps disponible pour la vie sociale, civique ou à la création est quasi inexistant.

La propagande médiatique

La désinformation via la télévision constitue la forme la plus efficace, et actuellement la plus répandue, de la propagande politique et ce nonobstant le travail honnête d’un certains nombre d’électrons (un peu plus) libres. Subtilité toute capitaliste, c’est aujourd’hui en nous informant que l’on nous désinforme. Cette assertion peut sembler un peu abrupte alors que l’on nous assène avec constance que nous vivons dans une démocratie parfaite. Les critères qui fondent une démocratie ne sont toutefois jamais questionnés. En ce qui concerne plus particulièrement la télévision, il est une question simple qui est éclairante : Avons-nous la liberté de créer une autre télévision, une télévision altermondialiste sur laquelle nous informerions le citoyen du contenu de la Constitution Européenne, des négociations à l’OMC, des propositions d’autres partis que ceux au pouvoir, des réformes en cours au Venezuela mais aussi de la vie sociale dans les quartiers, des difficultés au quotidien du belge sur 7 qui vit sous le seuil de pauvreté, de la situation des migrants,… ? Non ! Les ondes (radio et télévision) sont jalousement contrôlées et cadenassées par le pouvoir en place. En particulier, les télévisions locales sont complètement politisées.

La télévision sert aujourd’hui à nous faire accepter certaines décisions politiques difficiles (interventions militaires, sanctions économiques, etc.) que nous n’approuverions peut-être pas sur la base des simples faits connus au moment où elles sont prises.

La médiocrité des programmes et le rôle de la publicité

L’investissement publicitaire est massif dans les médias. Cela est particulièrement vrai pour la télévision qui en Belgique recueille à elle seule plus d’un tiers de ceux-ci (soit près d’un milliard d’euros en 2006). Cette intrusion publicitaire n’est pas sans conséquences. On connait le célébrissime « temps de cerveau disponible » que le patron de TF1 se targuait d’offrir sur un plateau à ses « clients » mais la tendance au formatage des programmes en fonction d’intérêts publicitaires est générale et touche également de plein fouet les télévisions publiques. Je ne peux que vous conseiller à ce sujet de lire les chroniques de Bernard Hennebert concernant l’évolution de la RTBF ces dernières années.

En conclusion

Le combat pour diminuer l’emprise de la télévision sur nos sociétés est un combat important. Actuellement beaucoup de contre-valeurs capitalistes (absence de solidarité, rejet de l’autre, culpabilisation des précarisés,…) nous sont assenées avec force via la télévision.

Le fait de lutter pour une meilleure qualité des programmes (sans publicité) et un contrôle citoyen de ceux-ci est un enjeu de société fort important. Ce serait une erreur de confier l’éducation de nos enfants à la télévision mais il est dangereux également de nier qu’aujourd’hui beaucoup de messages leurs sont transmis via ce média.

Plus prosaïquement, c’est également un combat pour recréer du lien dans les quartiers (fini de s’enfermer seul chez soi) et au sein même des familles. Regarder ensemble la télévision n’est pas une activité sociale, puisque la seule interaction est celle entre chaque individu (qui est passif) et le poste (qui émet).

13 Messages de forum

  • Pour ceux que ça intéresse de creuser, je signale le livre de Robert D Putnam s’intitulant Bowling Alone qui montre la corrélation entre un déclin des formes avancées de socialisation et l’apparition de la télévision (entre autres, c pas tout la faute à la télé évidemment). Ci dessous l’extrait d’un interview qu’il donne à l’observateur OCDE (pas vraiment coupable de gauchisme atavique)

    Dans Bowling Alone, j’ai soutenu que de très nombreuses formes de capital social (liens familiaux et amicaux, associations civiques, partis politiques, syndicats, groupes religieux, etc.) avaient connu un déclin aux États-Unis au cours des 30 ou 40 dernières années, après avoir progressé pour la plus grande part du XXe siècle. Dans d’autres pays, de nombreuses personnes pensent qu’un recul similaire des liens communautaires et familiaux s’est également produit. Mais je n’ai jamais soutenu que le capital social était synchronisé avec un seul métronome mondial. L’année 1945 (ou l’année 1989) a eu des significations très différentes pour la vie sociale et politique des États-Unis, de la France, de la Pologne ou de l’Irlande. Par exemple, le calendrier et le rythme de l’apparition de la télévision, qui a eu une influence importante sur les connexions sociales, ont beaucoup varié avec le lieu. Ainsi, il est important d’accorder de l’attention aux réseaux sociaux et aux normes de réciprocité, que l’évolution soit à la hausse ou à la baisse dans un pays donné et à un moment donné.

    Le capital social (L’observateur de l’ocde)

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  • Encore une fois, j’invite vraiment à lire le livre de Pierre Bourdieu "Sur la télévision", petit livre sympa et choc. La télé a bien travaillé l’émotionnel des gens, s’est permise des raccourcis et des amalgames, a surenchéri et a surestimé des faits ordinaires qu’elle a transformé en "phénomènes de société", a remplacé l’avis de spécialistes par du micro-trottoir où c’est l’avis du premier quidam venu qui s’institue comme étant l’avis unanime ou presque. Et à ce titre, j’estime de la télé qu’elle est sans doute un des artisan de la montée de l’extrême droite en Europe Occidentale.

    Ce qui me dérange le plus, c’est le manque de profondeur de réflexion de ce média, la spectacularisation de l’information, le formatage des cerveaux et le caractère intrusif, stigmatisant et prescriptif des journalistes Tv. Dernière en date, cette semaine, au 13 h. de la RTBF, à propos d’une grève du TEC : "Et c’est de nouveau l’usager qui a été pris en otage", ce qui s’ajoute aux appels à la raison que ces mêmes "journaleux" lançaient aux travailleurs de VW Forêt voici quelque mois.

    Le fait de ne pas pouvoir lancer une télé alternative n’est je crois, pas seulement une question de verrouillage par le politique, mais aussi d’énormité des moyens, tout comme la possibilité de créer un journal quotidien alternatif est hors de portée de la gauche radicale. Ainsi, la finance est devenue le moyen bien commode de museler les opinions et de difuser une espèce de consensus mou sans aucune aspérité...

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  • Et n’oublions pas Amusing Ourselves to Death de Neil Postman. Ca vient des années 80 mais ça reste une lecture éclairante.

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  • on ne parle jamais des chaînes publiques flamandes (vrt, canvas et radios) où la publicité est quasiment absente... comment font les flamands ?

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  • Si vous avez un moment lisez ceci : Les moules de la télévision. http://www.webjam.com/juanes/wwwwebjamcomalmazcara/

    Les moules de la télévision

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  • Un beau jour, on débranche une antenne. Et puis, on ne la rebranche jamais.

    13 ans plus tard, c’est un peu comme si la télé avait "percolé" hors champ : on ne peut ignorer ce qui s’y montre. A la frange du spectacle cathodique, une contamination virale d’une puissance inégalée. Partout, la télé. Sur internet, dans les journeaux, au théatre, à la radio, dans les chansons, dans la rue, chez les copains, au boulot.

    Expérience étonnante d’un totalitarisme social...

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  • Concert, théâtre, exposition de Titom, repas entre voisins, conférence, aliment’action,… Il s’agit de montrer qu’il est possible de sortir de chez soi, de laisser pour plusieurs jours le bocal éteint pour aller à la rencontre des autres.

    Infos et programme

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  • Ce n’est pas parcequ’on éteint sa télé qu’on y échappe.

    Mais bon, ça ne peut pas faire de mal d’essayer. Au mieux, ça permettra de vérifier ma phrase précédente.

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  • ils utilisent intégralement la dotation pour financer la vrt et la vrt sous-traite beaucoup à des sociétés de production extérieures ( woestijnvis pour n’en citer qu’une)

    Olivier

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  • Le meilleur texte pour renoncer à la TV, je l’ai entendu de Pierre Perret :

    le jour où la télé était en panne.

    http://fr.lyrics-copy.com/pierre-perret/la-tele-en-panne.htm

    have fun

    David

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  • pour un début de télévision citoyenne, de débats, d’échanges etc, il faut de nouveau aller sur internet : http://www.agoravox.tv/

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  • just un petit conseil : Contre la télévision et autres textes sur la politique et la société (Broché) de Pier-Paolo Pasolini (Auteur), Caroline Michel (Traduction), Hervé Joubert-Laurencin (Traduction)

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  • Oui effectivement il y a bien d’autres manière de s’occupé sa je peux vous le confirmer vu que quand j’étais petit je pouvais passé des heures devant la TV en m’ennuyant constament. Depuis j’ai laissé tombé complétement la TV pour faire place au sport bien plus instructif !

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