La consommation massive de télévision est un poison sociétal dont on prend encore trop peu conscience.
Dans un précédent article paru sur ce blog et intitulé "Pourquoi le combat contre la télévision n’est pas une lubie réactionnaire", je pointais les conséquences de la consommation massive de télévision sur la vie sociale (et politique) écrivant "Nous passons désormais plus d’heures à regarder des émissions sur la nature qu’à y vivre, plus de temps à rire des plaisanteries à la télévision qu’à plaisanter nous-mêmes, plus de temps à regarder des scènes simulées de sexualité qu’à faire l’amour. Lorsque l’on ajoute à la journée de travail 4 heures devant le poste, le temps disponible pour la vie sociale, civique ou à la création est quasi inexistant."
Selon une étude récente d’audience faite par Nielsen, les Américains ont passé en moyenne chaque jour quatre heures et 49 minutes devant leur télévision sur un an (calcul entre septembre 2008 et 2009), soit un niveau jamais atteint. Cela constitue une hausse de 4 minutes par rapport à l’année précédente et de 20% par rapport à il y a 10 ans. Par foyer, le temps passé devant la télévision atteint huit heures et 21 minutes par jour, en hausse de trois minutes sur un an, ce qui constitue également un record.
En Wallonie et à Bruxelles, le cap des 4 heures quotidienne a été franchi.
Ce sont donc 60 jours par an (75 aux Etats-Unis) que nous passons devant cette boîte à image qui nous débite en continu un message idéologiquement marqué fait d’incitation à la consommation (le bonheur étant associé à la faculté de consommer sans limite) et au fatalisme face aux conséquences du capitalisme
Brrrrrr ....
James Bond, ce n’est plus un film mais une longue page de pub. L’assertion peut sembler un peu rêche mais elle est limpide au regard des chiffres. Sur un budget estimé à 160 millions d’euros pour le film, le "placement de produits" représente 60 millions d’euros de rentrées, un record.
J’ai entendu ce matin sur les ondes de La Première des bribes du débat entre Françoise Bertiaux (MR) et Fadila Laanan (PS) qui était consacré à la présence de la publicité sur la RTBF. Les propos qu’y a tenu la ministre sont tout simplement inacceptables.
Une photo de qualité absolument exécrable prise à l’arrach .... mais la juxtaposation entre l’abominable pub de Machoggi et les spécialistes dont a besoin la Wallonie était irrésistible. Quel genre de spécialistes au fond ?
Cette photo m’offre l’occasion d’un brin t’entretenir cher lecteur de la pub de Machoggi qui est un modèle de sexisme ainsi que cette firme s’en est fait la spécialiste. Faute d’une autorité indépendante sur la pub en Belgique [1], on en vient à se demander quelle attitude adopter face à ces pubards qui réduisent volontairement la femme au rang de viande crue.
Machoggi nous refait clairement le coup du marketing viral en proposant aux demoiselles rebondies de mettre sur son site une photo de leur c**. "As-tu jamais rêvé de devenir célèbre ? Désormais, c’est possible. En tout cas, ton corps risque de le devenir. T`es une fille de 18 ans ou plus ? Et tu as un petit cul d`enfer ? N`hésitez pas et rejoins-nous dans notre quête des plus belles fesses du monde ! "
Au delà de cette foire aux bestiaux pseudo érotisante, Machoggi attend bien évidemment avec délectation l’homérique combat des pros et des prudes pour alimenter sa visibilité et remplir ses caisses (non de fouilles comme la femme de l’archéologue mais plus prosaïquement de fric).
On ne dit rien et ils iront encore plus loin dans le viandeux. On râle et on se fait accuser d’être un boutonneux ou un barbu tout en leur faisant de la pub. Dans tout les cas, ces marchands de chiffons made by slaves se remplissent les poches. Bienvenu en capitalie mes amis, le pays où la vie ne vaut pas cher.
La meilleure solution serait peut-être de participer à leur concours tout en se faisant tatouer sur les rondeurs charnues un message cinglant du style "Regardez-moi plutôt dans les yeux". D’autres propositions ? Des fesses intéressées ?
Le texte qui suit a été rédigé pour le Blog des Démonteurs de Pub. Il est accessible en ligne ici. Si vous aussi vous souhaitez réagir et informer sur la problématique de l’agression publicitaire, n’hésitez pas, ce blog est le vôtre.
Une photo urbaine qui m’a été envoyée par Franz
Un peu comme pour le combat contre l’agression publicitaire ou contre l’intrusion massive des GSMs, on recueille lorsque l’on s’attaque à un phénomène de société comme la télévision de nombreuses réactions agressives. C’est que la télévision a en 50 années percolé au cœur même de la société et de notre quotidien. Les mêmes arguments reviennent : Moi je consomme avec modération, moi je sais décoder et trier les messages, s’opposer à la télévision c’est s’opposer à un ordre « naturel », c’est un combat anecdotique, c’est réactionnaire et prohibitionniste.
Voici quelques arguments motivant le combat contre le rôle et l’impact actuel de la télévision et éclairant (je l’espère) sa portée.
(Les illustrations reprises dans ce post ont été trouvées sur Indymedia Liège.)
Le dangereux corollaire de cette constatation est qu’afin de gagner les faveurs des citoyens, il existe, au-delà des procédés rationnels fondés sur l’argumentation, un moyen particulièrement efficace qui consiste à exploiter la voie affective.
Il est intéressant d’observer la stratégie politique des « grands partis » à la lumière de cette analyse. Le plus récent exemple de cette stratégie est l’onéreuse campagne publicitaire de deux grands partis politiques (MR et CDH) qui s’étale actuellement sur d’immenses panneaux publicitaires de la multinationale ClearChannel [2] à travers toute la partie francophone du pays. Cette initiative de marketing politique qui n’est pas la première du genre est exemplative et interpellante tant sur sa forme que sur le fond de son approche.
Tout d’abord il est piquant de constater que des partis qui ne jugent pas utile de protéger davantage le citoyen de l’agression publicitaire [3] arguant de sa capacité de distanciation et d’auto-détermination sont les premiers à utiliser l’outil publicitaire, parfaitement conscients de sa redoutable efficacité. Calquant leur mode de communication sur une tendance médiatique lourde au simplisme et au lacunaire [4], ils optent pour un discours publicitaire fait de formules-chocs, de raccourcis et d’accroches graphiques.
Il est utile par ailleurs de s’attarder sur les thèmes abordés à travers ces campagnes publicitaires. Ceux-ci sont choisis non sur leur objective impériosité mais d’abord sur leur écho médiatique. En tout premier lieu, on retrouve la sécurité (ou plus exactement le sécuritaire) avec par exemple, dans la campagne du CDH une évocation relativement nauséabonde du cas « Van Holsbeek ». Comme toujours, la notion d’insécurité liée au système (perte d’emploi, précarisation,…) est gommée et l’on aborde la sécurité que sous l’angle de la délinquance. Battage médiatique oblige, on retrouve également l’écologie, résumée pour les uns à des pingouins, pour les autres à des éoliennes. Ces images d’Épinal sont en contradiction notable avec la politique de notre pays (menée par ces partis) qui ne réduit pas ses émissions de CO2 et envisage d’abord Kyoto sous l’angle de l’achat de droits de polluer (pudiquement qualifiés de droits d’émission) et qui en libéralisant l’énergie a renoncé pour une bonne part à choisir sa filière énergétique. [5].
Nous sommes entrés dans l’ère du marketing politique, celle des panneaux publicitaires vantant entre une voiture et un crédit à la consommation les mérites d’un parti politique, celle du nœud papillon ou de l’alcoolisme sympa, celle des politiques étalant leur famille, chantant ou racontant la dernière blague lors d’émissions de variété comme autant de gages de qualité.
Cette tendance au superficiel et à l’émotionnel n’est pas étrangère au fait que les partis au pouvoir refusent aujourd’hui d’affronter les directives du marché. S’auto-amputant de leur pouvoir politique, ils déstructurent l’Etat pour servir en pâture au marché des pans de son économie (énergie, transports,…), réduisant leur champ d’action à un fragile bricolage afin d’atténuer les conséquences du capitalisme. Les élections sont donc devenues « un mauvais moment à passer » au cours duquel il convient de maintenir le citoyen à distance de la réalité économique et politique de notre société. La meilleure façon d’y parvenir est de le reléguer au rang de consommateurs politique, lui vendant une image politique idéalisée plutôt qu’un programme politique différent de celui des autres partis de pouvoir.
En 2004, selon le même organisme, ce montant était de € 1.6 milliards ce qui fait une progression de 75% en 2 ans. Cette somme représente aujourd’hui pour la première fois plus de 1% du PIB, un PIB qui bien évidemment ne progresse pas au même rythme.
Le consommateur paye la facture
Ainsi que diverses études l’ont montré, la somme que les industriels consacrent à la publicité de leurs produits est directement répercutée sur le prix de ceux-ci. En d’autres termes, même s’ils en sont peu conscients, ce sont les consommateurs qui payent la facture, forme insidieuse de « cotisation publicitaire ». Et celle-ci n’est pas mince puisqu’à la lumière des derniers chiffres, elle s’élève à environ € 300 par personne et par an.
Un comparatif un peu effrayant
L’adage populaire veut que comparaison ne soit pas raison. Il est toutefois significatif de comparer cette somme aux budgets de secteurs importants de notre état. Un petit coup d’œil sur le budget fédéral 2006 permet par exemple de se rendre compte que nous cotisons beaucoup moins pour la justice (€ 1.4 milliards) ou la coopération au développement (€ 1.3 milliards) que pour cet outil de formatage de nos désirs et de nos besoins.
Il est piquant de constater également que nous « cotisons » même d’avantage pour cette armée de la pensée unique que pour la grande muette (€ 2.7 milliards) ou pour la police fédérale (€ 1.5 milliards).
Un cercle vicieux
Nous sommes actuellement dans un cercle vicieux : La publicité crée artificiellement l’envie d’acheter chez le consommateur. Elle est payée par celui-ci « à l’insu de son plein gré ». Elle gonfle ventes et bénéfices des entreprises. Celles-ci utilisent cette manne d’argent pour réinvestir dans encore plus de budgets publicitaires.
Les conséquences de cette logique boulimique sont catastrophiques : surproduction, surconsommation, endettement,… Plus le budget publicitaire augmentera, plus les conséquences sociales et écologiques seront importantes, plus également la pression que le monde marchand exerce sur nos médias sera importante, plus enfin la marchandisation de chaque parcelle de notre société s’accentuera.
Quelques pistes
On a beau jeu d’arguer de la liberté individuelle, celle-ci est dans les faits bien fragile face à l’armada des publicitaires. Noam Chomsky a parlé de liberté de choisir entre Coca-Cola et Pepsi. Pour sortir de la logique actuelle, il est important que l’Etat s’interpose entre les citoyens et les publicitaires. Il s’agit de libérer le citoyen de la pression publicitaire qu’il subit au quotidien. Il existe pour ce faire deux pistes importantes et complémentaires :
Réglementer strictement la publicité.
Interdire la publicité dans les lieux publics (voirie, écoles, gares, moyens de transport public,…), interdire la publicité à destination des plus jeunes et contrôler son contenu grâce à des organismes indépendant. A cela il faudrait sans doute ajouter l’interdiction pure et simple de la publicité pour certains produits socialement et écologiquement nuisibles (4x4, crédits, vols low-cost,…), au même titre que pour le tabac.
Mutualiser les bénéfices.
Une fois le budget qu’ils allouent aujourd’hui à la publicité amputé par des mesures de réglementation sur la publicité, les entreprises choisiront soit de diminuer le prix de leurs produits, soit d’augmenter leur marge bénéficiaire. En raison de la (salutaire) diminution du volume des ventes que de telles mesures devraient causer, il est fort probable qu’ils opteront pour la seconde option. Afin d’éviter ce cas de figure et en vue de réaffecter à des projets utiles cet argent, il est important de prévoir une taxe spéciale sur les bénéfices des entreprises.
Les sommes ainsi récoltées pourraient être directement réinvesties dans les médias publics, l’aide à la presse et l’éducation.
"À force d’appeler ça ma vie je vais finir par y croire. C’est le principe de la publicité" Samuel Beckett
NB : L’illustration de ce post est la photo d’une installation originale dédiée à la surconsommation à Montréal réalisée par l’ATSA (action terroriste socialement acceptable)
[1] En France, le BVP (Bureau Vérification de la Pub), l’équivalent du JEP en Belgique, a condamné cette publicité. Mais comme chez nous, son avis n’est que consultatif et Machoggi (Triumph international en l’occurence) a tout loisir d’obtempérer ou pas
[2] Voir à ce sujet le dossier Pourquoi il faut stopper ClearChannel fait par RAP.
[3] Voir par exemple leur attitude concernant la publicité à la RTBF.
[4] Cela est particulièrement vrai pour la télévision, où le rythme et le séquençage des émissions de débat comme des bulletins d’information (sans parler de l’orientation des débats via les journalistes) rend de plus en plus ardu un argumentaire un rien développé
[5] On peut également sourire lorsque l’on connait le manque d’implication personnelle de nos politiques en matière de sobriété écologique