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J’ai lu et j’aime
.: Dix gestes pour (vraiment) sauver la planète
par Aurélien Bernier

Intéressant texte d’Aurélien Bernier qui reprend ici un des thèmes qui me sont chers. Si nous souhaitons sortir de l’impasse environnementale actuelle, il ne s’agit pas de réduire l’écologie uniquement à une question de pratiques individuelles (même s’il n’est pas inutile de se montrer responsable) mais bien de s’attaquer à la logique économique de nos sociétés capitalistes. La liste de propositions lancée ici n’est pas exhaustive, j’insisterais sans doute sur les enjeux démocratiques et de décentralisation et je nuancerais davantage certaines propositions mais elle donne le la d’une jolie manière.



:: 13:49
.: Toute la misère du monde...
Claude Semal

« On ne peut accueillir toute la misère du monde. » Dans le dictionnaire des idées reçues, cette maxime figurerait sûrement au « best of » des lieux communs. Or cette phrase est un bâton merdeux : on ne sait par quel bout la prendre.



:: 07:00
.: La relocalisation de l’économie
Par Geneviève Azam, membre du Conseil Scientifique d’Attac

Le dogme du libre-échange généralisé et la construction d’un marché mondial, le capitalisme financiarisé et les technologies de l’information, l’obsession de la vitesse et de la gestion en temps réel, ont modifié le sens et le rôle des territoires.

En effet, les politiques néo-libérales sont fondées sur la tentative d’affranchissement des activités économiques vis-à-vis des contraintes sociales, politiques ou écologiques. Le territoire, sous la forme des États ou des collectivités locales, lieu traditionnel d’exercice du pouvoir politique et de la démocratie, est considéré comme un archaïsme, une rigidité, un obstacle à l’u-topie du grand Marché, utopie au sens de non-lieu (a-topie), d’absence de lieu de pouvoir identifié.

La délocalisation des activités est ainsi devenue dans l’imaginaire néolibéral la condition de l’efficacité économique et de l’amélioration du bien-être, au mépris des territoires, de ceux et celles qui les habitent et y travaillent, au mépris de l’environnement.

Les chaînes productives distendues d’une extrémité à l’autre de la planète, l’augmentation des échanges croisés de produits similaires, notamment dans des grandes zones régionales comme l’Union Européenne, l’exigence de sur-mobilité des personnes abusivement confondue avec la liberté de circulation, sont l’illustration de l’extraversion des sociétés et du dogme libre-échangiste qui la sous-tend.

La relocalisation répond à trois exigences à prendre en compte simultanément :

- L’arrêt de la dévalorisation généralisée du travail humain. Le chantage aux délocalisations met en concurrence les systèmes sociaux et provoque une régression générale des droits collectifs, au Nord et au Sud. Il conduit à l’acceptation d’activités dangereuses pour les personnes et pour les écosystèmes.

Même si temporairement les délocalisations peuvent créer des emplois dans les pays du Sud, dans des conditions souvent terrifiantes, ces derniers sont également menacés à leur tour par l’existence de zones à toujours moindres coûts.

- Le droit des peuples à la souveraineté alimentaire et à une alimentation saine. Il suppose la reconquête de l’agriculture vivrière au Sud et de l’agriculture paysanne au Nord et la protection vis-à-vis des intérêts des transnationales de l’agro-alimentaire.

- La lutte contre les destructions environnentales, notamment celles occasionnées par l’explosion des transports et la délocalisation d’industries polluantes ou des déchets dans les pays du Sud.

Dès maintenant, nous disposons des outils pour amorcer une relocalisation de l’économie.

Les politiques douanières doivent être des moyens modulables pour répondre en même temps aux exigences d’emploi, d’impact sur l’environnement, de satisfaction des besoins sociaux et de redéfinition des rapports Nord-Sud.

Cela suppose l’abandon du dogme du libre-échange et une réforme radicale de l’OMC et de la politique douanière de L’Union Européenne.

De même, les services publics ont contribué à nourrir les territoires. Leur affaiblissement et la disparition de services publics de proximité dévitalisent les régions rurales et les périphéries urbaines, renforçant le double mouvement de polarisation des activités dans certaines zones et de désertification pour le reste.

Reconquérir les services publics et en créer de nouveaux, en assurer une véritable gestion démocratique, constituent également des préalables pour une relocalisation de l’économie tout comme l’arrêt des ajustements structurels imposés dans les pays du Sud par les organisations financières internationales.

Un statut mondial pour les biens communs, comme l’eau, les ressources non-renouvelables, le vivant, la connaissance, en les déclarant hors-marché, devrait stopper le pillage des pays du Sud et favoriser un recentrage des activités.

Enfin, des expériences de base pour une relocalisation de l’économie, aussi bien dans les pays du Nord que du Sud, même si elles sont minoritaires, ouvrent des perspectives concrètes et immédiates. En France, le succès des AMAP (Associations pour le Maintien de l’Agriculture Paysanne) témoigne de ce mouvement, tout comme la vitalité de certaines coopératives engagées dans la reconstruction d’un tissu économique local.

La déterritorialisation des activités, leur dé-solation selon l’expression de Jean Chesneaux, tend à faire du local une subdivision de l’ordre global, une déclinaison de cet ordre.

La relocalisation de l’économie relève d’un choix politique visant à recréer du territoire, comme constuction sociale historicisée et comme réalité naturelle de l’espace, et à ouvrir à nouveau le champ du politique et la capacité des choix collectifs.

Pour autant, le local, quelle que soit sa taille, ne peut être envisagé en soi, comme entité fermée et auto-suffisante, mais dans son rapport avec le global.

Source : http://yonne.lautre.net/article.php...


:: 07:10
.: Le fascisme, le stalinisme et X
Par Jean Bricmont

Un des thèmes privilégiés du discours politique contemporain est la révulsion provoquée par ces grandes horreurs du 20ème siècle que sont le fascisme et le stalinisme, mises en pratique d’idéologies totalitaires.

En marge du quarantième anniversaire de l’indépendance du Congo, je voudrais faire quelques remarques sur ce qui me semble être un grand absent dans ce débat, et que, pour cette raison, j’appellerai X.



:: 07:10
.: Abolir la Monarchie
Par Jean-Marie Dermagne

Un texte aussi jubilatoire qu’essentiel à l’heure où certains confondent refus du séparatisme et défense de la monarchie.



:: 23:10
.: Pourquoi le Socialisme ?
Par Albert Einstein

Est-il convenable qu’un homme qui n’est pas versé dans les questions économiques et sociales exprime des opinions au sujet du socialisme ? Pour de multiples raisons je crois que oui.

Considérons d’abord la question au point de vue de la connaissance scientifique. Il pourrait paraître qu’il n’y ait pas de différences méthodologiques essentielles entre l’astronomie, par exemple, et l’économie : les savants dans les deux domaines essaient de découvrir les lois généralement acceptables d’un groupe déterminé de phénomènes, afin de rendre intelligibles, d’une manière aussi claire que possible, les relations réciproques existant entre eux. Mais en réalité de telles différences existent. La découverte de lois générales en économie est rendue difficile par la circonstance que les phénomènes économiques observés sont souvent influencés par beaucoup de facteurs qu’il est très difficile d’évaluer séparément. En outre, l’expérience accumulée depuis le commencement de la période de l’histoire humaine soi-disant civilisée a été — comme on le sait bien — largement influencée et délimitée par des causes qui n’ont nullement un caractère exclusivement économique. Par exemple, la plupart des grands États dans l’histoire doivent leur existence aux conquêtes. Les peuples conquérants se sont établis, légalement et économiquement, comme classe privilégiée du pays conquis. Ils se sont attribués le monopole de la terre et ont créé un corps de prêtres choisis dans leur propre rang. Les prêtres, qui contrôlèrent l’éducation, érigèrent la division de la société en classes en une institution permanente et créèrent un système de valeurs par lequel le peuple fut dès lors, en grande partie inconsciemment, guidé dans son comportement social.

Mais la tradition historique date pour ainsi dire d’hier ; nulle part nous n’avons dépassé ce que Thorstein Veblen appelait "la phase de rapine" du développement humain. Les faits économiques qu’on peut observer appartiennent à cette phase et les lois que nous pouvons en déduire ne sont pas applicables à d’autres phases. Puisque le but réel du socialisme est de dépasser la phase de rapine du développement humain et d’aller en avant, la science économique dans son état actuel peut projeter peu de lumière sur la société socialiste de l’avenir.

En second lieu, le socialisme est orienté vers un but éthico-social. Mais la science ne peut pas créer des buts, encore moins peut-elle les faire pénétrer dans les êtres humains ; la science peut tout au plus fournir les moyens par lesquels certains buts peuvent être atteints. Mais les buts mêmes sont conçus par des personnalités animées d’un idéal moral élevé et — si ces buts ne sont pas mort-nés, mais vivants et vigoureux — sont adoptés et portés en avant par ces innombrables êtres humains qui, à demi inconscients, déterminent la lente évolution de la société.

Pour ces raisons nous devrions prendre garde de ne pas surestimer la science et les méthodes scientifiques quand il s’agit de problèmes humains ; et nous ne devrions pas admettre que les spécialistes soient les seuls qui aient le droit de s’exprimer sur des questions qui touchent à l’organisation de la société.

D’innombrables voix ont affirmé, il n’y a pas longtemps, que la société humaine traverse une crise, que sa stabilité a été gravement troublée. Il est caractéristique d’une telle situation que des individus manifestent de l’indifférence ou, même, prennent une attitude hostile à l’égard du groupe, petit ou grand, auquel ils appartiennent. Pour illustrer mon opinion je veux évoquer ici une expérience personnelle. J’ai récemment discuté avec un homme intelligent et d’un bon naturel sur la menace d’une autre guerre, qui, à mon avis, mettrait sérieusement en danger l’existence de l’humanité, et je faisais remarquer que seule une organisation supranationale offrirait une protection contre ce danger. Là-dessus mon visiteur me dit tranquillement et froidement : "Pourquoi êtes-vous si sérieusement opposé à la disparition de la race humaine ?"

Je suis sûr que, il y a un siècle, personne n’aurait si légèrement fait une affirmation de ce genre. C’est l’affirmation d’un homme qui a vainement fait des efforts pour établir un équilibre dans son intérieur et qui a plus ou moins perdu l’espoir de réussir. C’est l’expression d’une solitude et d’un isolement pénibles dont tant de gens souffrent de nos jours. Quelle en est la cause ? Y a-t-il un moyen d’en sortir ?

Il est facile de soulever des questions pareilles, mais il est difficile d’y répondre avec tant soit peu de certitude. Je vais néanmoins essayer de le faire dans la mesure de mes forces, bien que je me rende parfaitement compte que nos sentiments et nos tendances sont souvent contradictoires et obscurs et qu’ils ne peuvent pas être exprimés dans des formules aisées et simples.

L’homme est en même temps un être solitaire et un être social. Comme être solitaire il s’efforce de protéger sa propre existence et celle des êtres qui lui sont le plus proches, de satisfaire ses désirs personnels et de développer ses facultés innées. Comme être social il cherche à gagner l’approbation et l’affection de ses semblables, de partager leurs plaisirs, de les consoler dans leurs tristesses et d’améliorer leurs conditions de vie. C’est seulement l’existence de ces tendances variées, souvent contradictoires, qui explique le caractère particulier d’un homme, et leur combinaison spécifique détermine dans quelle mesure un individu peut établir son équilibre intérieur et contribuer au bien-être de la société. Il est fort possible que la force relative de ces deux tendances soit, dans son fond, fixée par l’hérédité. Mais la personnalité qui finalement apparaît est largement formée par le milieu où elle se trouve par hasard pendant son développement, par la structure de la société dans laquelle elle grandit, par la tradition de cette société et son appréciation de certains genres de comportement. Le concept abstrait de "société" signifie pour l’individu humain la somme totale de ses relations, directes et indirectes, avec ses contemporains et les générations passées. Il est capable de penser, de sentir, de lutter et de travailler par lui-même, mais il dépend tellement de la société — dans son existence physique, intellectuelle et émotionnelle — qu’il est impossible de penser à lui ou de le comprendre en dehors du cadre de la société. C’est la "société" qui fournit à l’homme la nourriture, les vêtements, l’habitation, les instruments de travail, le langage, les formes de la pensée et la plus grande partie du contenu de la pensée ; sa vie est rendue possible par le labeur et les talents de millions d’individus du passé et du présent, qui se cachent sous ce petit mot de "société".

Il est, par conséquent, évident que la dépendance de l’individu de la société est un fait naturel qui ne peut pas être supprimé — exactement comme dans le cas des fourmis et des abeilles. Cependant, tandis que tout le processus de la vie des fourmis et des abeilles est fixé, jusque dans ses infimes détails, par des instincts héréditaires rigides, le modèle social et les relations réciproques entre les êtres humains sont très variables et susceptibles de changement. La mémoire, la capacité de faire de nouvelles combinaisons, le don de communication orale ont rendu possibles des développements parmi les êtres humains qui ne sont pas dictés par des nécessités biologiques. De tels développements se manifestent dans les traditions, dans les institutions, dans les organisations, dans la littérature, dans la science, dans les réalisations de l’ingénieur et dans les œuvres d’art. Ceci explique comment il arrive que l’homme peut, dans un certain sens, influencer sa vie par sa propre conduite et comment, dans ce processus, la pensée et le désir conscients peuvent jouer un rôle.

L’homme possède à sa naissance, par hérédité, une constitution biologique que nous devons considérer comme fixe et immuable, y compris les impulsions naturelles qui caractérisent l’espèce humaine. De plus, pendant sa vie il acquiert une constitution culturelle qu’il reçoit de la société par la communication et par beaucoup d’autres moyens d’influence. C’est cette constitution culturelle qui, dans le cours du temps, est sujette au changement et qui détermine, à un très haut degré, les rapports entre l’individu et la société. L’anthropologie moderne nous a appris, par l’investigation des soi-disant cultures primitives, que le comportement social des êtres humains peut présenter de grandes différences, étant donné qu’il dépend des modèles de culture dominants et des types d’organisation qui prédominent dans la société. C’est là-dessus que doivent fonder leurs espérances tous ceux qui s’efforcent d’améliorer le sort de l’homme : les êtres humains ne sont pas, par suite de leur constitution biologique, condamnés à se détruire mutuellement ou à être à la merci d’un sort cruel qu’ils s’infligent eux-mêmes.

Si nous nous demandons comment la structure de la société et l’attitude culturelle de l’homme devraient être changées pour rendre la vie humaine aussi satisfaisante que possible, nous devons constamment tenir compte du fait qu’il y a certaines conditions que nous ne sommes pas capables de modifier. Comme nous l’avons déjà mentionné plus haut, la nature biologique de l’homme n’est point, pour tous les buts pratiques, sujette au changement. De plus, les développements technologiques et démographiques de ces derniers siècles ont créé des conditions qui doivent continuer. Chez des populations relativement denses, qui possèdent les biens indispensables à leur existence, une extrême division du travail et une organisation de production très centralisée sont absolument nécessaires. Le temps, qui, vu de loin, paraît si idyllique, a pour toujours disparu où des individus ou des groupes relativement petits pouvaient se suffire complètement à eux-mêmes. On n’exagère pas beaucoup en disant que l’humanité constitue à présent une communauté planétaire de production et de consommation.

Je suis maintenant arrivé au point où je peux indiquer brièvement ce qui constitue pour moi l’essence de la crise de notre temps. Il s’agit du rapport entre l’individu et la société. L’individu est devenu plus conscient que jamais de sa dépendance de la société. Mais il n’éprouve pas cette dépendance comme un bien positif, comme une attache organique, comme une force protectrice, mais plutôt comme une menace pour ses droits naturels, ou même pour son existence économique. En outre, sa position sociale est telle que les tendances égoïstes de son être sont constamment mises en avant, tandis que ses tendances sociales qui, par nature, sont plus faibles, se dégradent progressivement. Tous les êtres humains, quelle que soit leur position sociale, souffrent de ce processus de dégradation. Prisonniers sans le savoir de leur propre égoïsme, ils se sentent en état d’insécurité, isolés et privés de la naïve, simple et pure joie de vivre. L’homme ne peut trouver de sens à la vie, qui est brève et périlleuse, qu’en se dévouant à la société.

L’anarchie économique de la société capitaliste, telle qu’elle existe aujourd’hui, est, à mon avis, la source réelle du mal. Nous voyons devant nous une immense société de producteurs dont les membres cherchent sans cesse à se priver mutuellement du fruit de leur travail collectif — non pas par la force, mais, en somme, conformément aux règles légalement établies. Sous ce rapport, il est important de se rendre compte que les moyens de la production — c’est-à-dire toute la capacité productive nécessaire pour produire les biens de consommation ainsi que, par surcroît, les biens en capital — pourraient légalement être, et sont même pour la plus grande part, la propriété privée de certains individus.

Pour des raisons de simplicité je veux, dans la discussion qui va suivre, appeler "ouvriers" tous ceux qui n’ont point part à la possession des moyens de production, bien que cela ne corresponde pas tout à fait à l’emploi ordinaire du terme. Le possesseur des moyens de production est en état d’acheter la capacité de travail de l’ouvrier. En se servant des moyens de production, l’ouvrier produit de nouveaux biens qui deviennent la propriété du capitaliste. Le point essentiel dans ce processus est le rapport entre ce que l’ouvrier produit et ce qu’il reçoit comme salaire, les deux choses étant évaluées en termes de valeur réelle. Dans la mesure où le contrat de travail est "libre", ce que l’ouvrier reçoit est déterminé, non pas par la valeur réelle des biens qu’il produit, mais par le minimum de ses besoins et par le rapport entre le nombre d’ouvriers dont le capitaliste a besoin et le nombre d’ouvriers qui sont à la recherche d’un emploi. Il faut comprendre que même en théorie le salaire de l’ouvrier n’est pas déterminé par la valeur de son produit.

Le capital privé tend à se concentrer en peu de mains, en partie à cause de la compétition entre les capitalistes, en partie parce que le développement technologique et la division croissante du travail encouragent la formation de plus grandes unités de production aux dépens des plus petites. Le résultat de ces développements est une oligarchie de capitalistes dont la formidable puissance ne peut effectivement être refrénée, pas même par une société qui a une organisation politique démocratique. Ceci est vrai, puisque les membres du corps législatif sont choisis par des partis politiques largement financés ou autrement influencés par les capitalistes privés qui, pour tous les buts pratiques, séparent le corps électoral de la législature. La conséquence en est que, dans le fait, les représentants du peuple ne protègent pas suffisamment les intérêts des moins Privilégiés. De plus, dans les conditions actuelles, les capitalistes contrôlent inévitablement, d’une manière directe ou indirecte, les principales sources d’information (presse, radio, éducation). Il est ainsi extrêmement difficile pour le citoyen, et dans la plupart des cas tout à fait impossible, d’arriver à des conclusions objectives et de faire un usage intelligent de ses droits politiques.

La situation dominante dans une économie basée sur la propriété privée du capital est ainsi caractérisée par deux principes importants : premièrement, les moyens de production (le capital) sont en possession privée et les possesseurs en disposent comme ils le jugent convenable ; secondement, le contrat de travail est libre. Bien entendu, une société capitaliste pure dans ce sens n’existe pas. Il convient de noter en particulier que les ouvriers, après de longues et âpres luttes politiques, ont réussi à obtenir pour certaines catégories d’entre eux une meilleure forme de "contrat de travail libre". Mais, prise dans son ensemble, l’économie d’aujourd’hui ne diffère pas beaucoup du capitalisme "pur".

La production est faite en vue du profit et non pour l’utilité. Il n’y a pas moyen de prévoir que tous ceux qui sont capables et désireux de travailler pourront toujours trouver un emploi ; une "armée" de chômeurs existe déjà. L’ouvrier est constamment dans la crainte de perdre son emploi. Et puisque les chômeurs et les ouvriers mal payés sont de faibles consommateurs, la production des biens de consommation est restreinte et a pour conséquence de grands inconvénients. Le progrès technologique a souvent pour résultat un accroissement du nombre des chômeurs plutôt qu’un allégement du travail pénible pour tous. L’aiguillon du profit en conjonction avec la compétition entre les capitalistes est responsable de l’instabilité dans l’accumulation et l’utilisation du capital, qui amène des dépressions économiques de plus en plus graves. La compétition illimitée conduit à un gaspillage considérable de travail et à la mutilation de la conscience sociale des individus dont j’ai fait mention plus haut.

Je considère cette mutilation des individus comme le pire mal du capitalisme. Tout notre système d’éducation souffre de ce mal. Une attitude de compétition exagérée est inculquée à l’étudiant, qui est dressé à idolâtrer le succès de l’acquisition comme une préparation à sa carrière future.

Je suis convaincu qu’il n’y a qu’un seul moyen d’éliminer ces maux graves, à savoir, l’établissement d’une économie socialiste, accompagnée d’un système d’éducation orienté vers des buts sociaux. Dans une telle économie, les moyens de production appartiendraient à la société elle-même et seraient utilisés d’un façon planifiée. Une économie planifiée, qui adapte la production aux besoins de la société, distribuerait le travail à faire entre tous ceux qui sont capables de travailler et garantirait les moyens d’existence à chaque homme, à chaque femme, à chaque enfant. L’éducation de l’individu devrait favoriser le développement de ses facultés innées et lui inculquer le sens de la responsabilité envers ses semblables, au lieu de la glorification du pouvoir et du succès, comme cela se fait dans la société actuelle.

Il est cependant nécessaire de rappeler qu’une économie planifiée n’est pas encore le socialisme. Une telle économie pourrait être accompagnée d’un complet asservissement de l’individu. La réalisation du socialisme exige la solution de quelques problèmes socio-politiques extrêmement difficiles : comment serait-il possible, en face d’une centralisation extrême du pouvoir politique et économique, d’empêcher la bureaucratie de devenir toute-puissante et présomptueuse ? Comment pourrait-on protéger les droits de l’individu et assurer un contrepoids démocratique au pouvoir de la bureaucratie ?

Source : Texte écrit en mai 1949 par Albert Einstein pour le n° 1 de la revue américaine Monthly Review.


:: 14:10
.: Pour une "gauche nouvelle"
Par Raoul Marc Jennar

Voici un texte un peu rêche mais plein de lucidité de Raoul Marc Jennar. Je suis moi aussi très critique envers le PRS, le PCF et la LCR même si je trouve l’analyse présentée ici parfois un peu excessive. Du suivant texte, je retiens en particulier le paragraphe consacré aux "fondamentaux". La recomposition doit partir de cela, de nos fondamentaux ici et maintenant.



P.-S. :

Invité depuis janvier en Allemagne pour intervenir dans un colloque sur l’Europe, je ne pourrai être présent les 23-24 juin à Paris/St Denis à la réunion des « délégués » de collectifs/comités locaux à la composition incertaine. Les idées qui précèdent sont celles que j’aurais défendues dans cette enceinte dont la légitimité devient très relative, même si ceux qui s’efforcent d’en assurer la continuité méritent toute notre estime.

:: 11:23
.: Rêve écologiste en bleu
Par Léon Taniau

Vous dites ? Oui, beaucoup de choses ont changé en quelques années. Avant, par exemple, j’allais à la banque en voiture. Maintenant, j’ai un abonnement de chemin de fer. Le gouvernement s’est enfin décidé à offrir un service de qualité aux clients qui peuvent payer. On a cessé de subventionner toutes ces catégories d’abonnés plus ou moins insolvables, et investi dans des transports publics confortables, ponctuels et débarrassés de la racaille. Le mot « racaille », c’est de Sarkozy bien sûr. Son élection a été un déclic. Tenez, pour rester dans le domaine des transports publics : fini, les grèves, le service minimum est enfin une réalité. Ici aussi, l’argument climatique a fait merveille. On a évalué les émissions de CO2 dues à une journée de grève, et on a mis ça sous le nez des syndicats. Ils sont restés sans voix !

Si le train me dérange ? Pas du tout. Le parking à la gare est gardé et gratuit pour les voitures propres. Une fois par semaine, je prends la 4x4 de ma femme pour aller au bureau. Pourquoi la 4x4 ? Parce qu’on a instauré un péage pour la circulation dans Bruxelles. Comme il est couplé à une abolition de la taxe sur le véhicule, et que la Porsche hybride bénéficie déjà d’une taxe négative, je prends la 4x4, comme ça nos deux voitures sont détaxées. Il y a moins de camions sur les routes, car on a imposé le travail de nuit aux chauffeurs. L’écologie, c’est vraiment intéressant. Du fait que nous avons fait construire une maison positive (avec piscine positive), nous ne payons presque plus de précompte immobilier. Pourtant, nous habitons un beau quartier, vous pouvez me croire ! A la construction, le surcoût de la maison est de 6 à 10% mais ça en vaut la peine : outre les avantages en termes de précompte, nous vendons notre surplus d’électricité au réseau, et ce revenu, de même que nos certificats verts, n’est pas taxé.

Mais n’allez pas croire que je ne pense qu’à mes revenus ! Ma femme et moi sommes très conscients des défis écologiques. Les enfants aussi. Récemment, notre aînée a donné un exposé à l’école. Si vous saviez comme je suis fier d’elle ! A douze ans, elle a parfaitement expliqué comment les émissions de CO2 liées à nos vacances d’été aux Seychelles, l’an dernier, et à nos vacances de sky au Canada cet hiver (la neige dans les Alpes est devenue trop incertaine), avaient été intégralement compensées par notre investissement dans des projets de plantations d’eucalyptus génétiquement modifiés, dans le tiers-monde. Vous voyez que nous sommes des citoyens responsables. Nous y avons intérêt d’ailleurs : grâce à la troisième réforme fiscale ces compensations d’émissions de gaz à effet de serre sont considérées comme des libéralités déductibles.

Vous voyez que nous faisons beaucoup d’efforts pour le climat. Il serait grand temps que les autres en fassent autant que nous. Vous avez vu ce reportage sur les réfugiés climatiques, au Bangladesh ? Quelle horreur ! Ces pays-là auraient quand même dû comprendre plus tôt qu’ils devaient suivre notre exemple, au lieu de polluer à tire-larigot, vous ne pensez pas ? A cause d’eux, qui sait quels efforts nous devrons encore faire demain ?

Texte inspiré par la lecture du programme environnemental du MR, en particulier les points E1.1, E1.2, E1.3, E1.4, E3.1, E4.4.


:: 20:47
.: Nicolas Hulot, le pacte médiatique
Par Sophie Divry

Le logo de cet article est une photo de l’arrivée de l’écologiste et pilote d’hélicoptère Nicolas Hulot au « salon des sports aériens » en septembre 2006

Nicolas Hulot est animateur de télévision, présentateur de l’émission « Ushuaïa » depuis 1987. Pour ses quatre émissions annuelles, l’homme de télé est rémunéré la modique somme de 30 000 euros par mois (1). Il faut ajouter à cela les droits d’auteur qu’il touche pour ses ouvrages (Le Syndrome du Titanic s’est vendu à 160 000 exemplaires) et un pourcentage sur les ventes des livres et des DVD Ushuaïa. Mais plus qu’une émission de télé à grande audience, Ushuaïa, c’est un label « 100 % rentable » décerné par TF1 à des produits dérivés, comme le raconte l’enquête du journal économique L’Expansion : « TF1 a cédé en quinze ans la licence d’exploitation à plus d’une quinzaine de sociétés (L’Oréal pour les cosmétiques, Atol pour la lunetterie, Rhonetex pour les vêtements, Lexibook pour l’électronique grand public, Quo Vadis pour la papeterie...) et cautionné ainsi la commercialisation d’une soixantaine de produits dérivés en France. En jouant, même si la chaîne s’en défend, sur l’identification Ushuaïa-Nicolas Hulot pour les consommateurs. TF1 estime à... 100 millions d’euros le chiffre d’affaires annuel généré par tous les produits griffés Ushuaïa. »

Un business orchestré par TF1

Parmi ses produits dérivés, citons un encens déclaré cancérigène par l’UFC Que Choisir, les gels douche en plastique remplis de produits exotiques, et le magazine appelé… Ushuaïa (2). Dans ce magazine, que trouvons-nous ? De belles images de nature, et des reportages poignants sur les bonobos. Entre les deux, des publicités… pour les produits dérivés Nicolas Hulot : lunettes, gels douche, et DVD. Dans le premier numéro du magazine, sur les 10 premières pages, 7 sont des publicités. Se servir de l’émotion suscitée par la crise écologique pour pousser à la consommation, il fallait oser. Plus fort encore, les pages 2 et 3 de la même édition sont prises par une pub pour un véhicule haut de gamme Renault (Espace). Sur la dernière page – la plus lue après la couverture – figure une réclame pour un 4 x 4 Volvo vendu environ 50 000 euros : « Volvo XC90, la nature est si belle que pour la découvrir, il fallait un 4 x 4 aussi beau et respectueux ». À sa décharge, Nicolas Hulot n’a jamais prétendu être un grand pourfendeur de l’automobile. Parmi les produits dérivés de la marque de TF1, il existe en effet le 4 x 4 « Ushuaïa » : un Peugeot-Partner [1]. Que les transports soient responsables de la plus grande partie des émissions de gaz à effet de serre importe peu. Cette voiture est écologique, puisque « l’air conditionné n’est proposé qu’en option, même sur le modèle Ushuaïa Grand Raid qui coiffe la gamme (3). » La chaîne de Patrick Le Lay instrumentalise-t-elle Nicolas Hulot pour orchestrer un business « écolo » ? Laissons répondre l’animateur : « TF1 décline des produits dérivés qui permettent à l’émission de télé d’être financée. Au début, j’ai été surpris par cette stratégie, mais je m’y suis fait. Cela ne me choque plus du moment que je garde le contrôle du contenu de l’émission et ma liberté de parole. (…) Mais il est vrai que je me demande parfois jusqu’où on peut aller (1). »

Des sponsors polluants

Comment se fait-il qu’un homme à l’origine d’un tel business bénéficie d’une image positive dans l’opinion ? Cela vient en partie de la mission qu’il s’est lui-même octroyée. Porté par l’audimat, il ne se veut plus un simple animateur de télévision. Nicolas Hulot veut « mettre sa notoriété au service d’une cause d’intérêt général (4). » En 1990, il crée la Fondation Ushuaïa, qui prendra son propre nom cinq ans plus tard. Pour créer cette structure, forte d’une quinzaine de salariés, il faut de l’argent. Les premiers donateurs sont TF1, L’Oréal et EDF. Mais d’autres entreprises vont s’associer à Nicolas Hulot et faire un don : les Autoroutes du Sud de la France, Bouygues Telecom, Valorplast, Apple, Décathlon, Énergie Système, ETT, Eurotherm, Giordano Industries, Grohe, Knauf, Lafarge, Saint-Gobain Isover, Siplast Icopal, Tetra Pak France, UGAP, Weber et Broutin, Yprema… Que les entreprises les plus polluantes, celle qui construit les autoroutes où rouleront toujours plus de voitures, celle qui transforme le pétrole en plastique jetable, celle qui génère des déchets nucléaires pour des millions d’années, celle qui bétonne la nature et celle qui vend à Coca-Cola du « temps de cerveau disponible » puissent être des donateurs d’une telle fondation… n’est en fait pas très étonnant. Dans une échelle des valeurs juste, la charité est seconde derrière la volonté de justice ; donner l’obole est un pis-aller pour pallier les dysfonctionnements d’une société humaine par nature imparfaite. Dans la société de consommation, au contraire, cette charité bourgeoise devient première. Elle devient une sorte de « caution éthique » qui permet de légitimer l’ensemble du système. C’est exactement le rôle que joue Nicolas Hulot pour le système industriel. Partenaire des multinationales parmi les plus polluantes (E. Leclerc, Bouygues, Lafarge…), il est la plus efficace façon pour la « mal-économie » d’éviter toute remise en cause qui ne soit pas seulement superficielle. Les entreprises vont chez Hulot sans souci, car la Fondation Nicolas Hulot (FNH) se cantonne à un domaine : l’éducation à l’environnement. Ses missions sont sobres et peu ambitieuses : « prendre conscience et faire prendre conscience “qu’il faut donner du sens au progrès”, que le progrès est synonyme de générosité et de solidarité ». Ou encore : « Prendre conscience et faire prendre conscience que les actes ont des conséquences qu’il faut évaluer avant leur mise en œuvre, qu’il faut penser ses actes. » Au vu des objectifs qu’elle se donne elle-même, il est frappant de constater que cette fondation et son créateur bénéficient d’une image plus radicale que la réalité. Les entreprises, elles, ne s’y trompent pas. La campagne de promotion de la fondation sera offerte par l’agence de pub CLM BBDO et affichée gratuitement par Decaux, histoire de légitimer cette activité souvent délinquante et totalement parasitaire qu’est la publicité. Comme Nicolas Hulot ne fait jamais le lien entre les inégalités sociales et la crise écologique, Lilianne Bettencourt, troisième fortune de France, héritière de L’Oréal, donne la pièce.

Défi chez Bouygues

Le groupe ASF s’enorgueillit aussi de collaborer à l’action de la fondation. On peut lire sur son site Internet : « Attentif à l’intégration environnementale de ses autoroutes tout au long de leur concession, le groupe des Autoroutes du Sud de la France agit pour protéger le cadre de vie des riverains, préserver la diversité et la richesse naturelle et valoriser les paysages traversés. C’est donc naturellement qu’il a décidé de soutenir le programme de la Fondation Nicolas Hulot qui vise à enrayer la perte de la diversité biologique (5). » Fort de ses soutiens, Nicolas Hulot fera distribuer 3 millions de son petit livre Défi pour la Terre dans les supermarchés Leclerc et 100 000 dans les boutiques Bouygues Telecom, qui vendent des téléphones portables. Les mesures du « Défi pour la Terre » consistent à expliquer au peuple de fermer l’eau en se lavant les dents mais surtout de ne pas poser de questions dérangeantes aux multinationales. Pour le télé-écologiste, il n’y a pas de contradiction. « Quant aux puristes qui lui reprochent de financer sa fondation avec les dons d’entreprises pas toujours écologiquement correctes, il rétorque qu’il préfère l’argent privé à l’argent public et précise qu’il part du principe “que l’on peut faire évoluer les entreprises de l’intérieur”. La preuve : il a été invité à parler de développement durable devant les cadres du groupe Bouygues (6). » Changer les choses de l’intérieur... Tel est le credo de Nicolas Hulot, persuadé que la logique de profit et celle du partage des ressources sont compatibles. E. Leclerc le dit d’une autre façon : « C’est vrai, le développement durable est un concept à la mode. Tant dans le monde des entreprises que dans tout débat de société. Et alors ? De tout temps, les marchands ont su récupérer les bons slogans (7). »

Des amis peu exemplaires

Nicolas Hulot a des amis, beaucoup d’amis, pour le soutenir dans sa démarche. Lors du lancement de son dernier livre, Le Pacte écologique, était présente « une brochette d’amis du show-biz de quoi faire pâlir d’envie un Nicolas Sarkozy ou une Ségolène Royal (8) » : Corinne Lepage, le patron de Véolia environnement Henri Proglio (aussi membre du groupe d’armement Thalès), Julien Clerc, Luc Besson, Pascal Obispo, Mathieu Kassovitz et « revenu de Patagonie », l’évadé fiscal fan de Harley Davidson, « Florent Pagny en tenue kaki d’explorateur ». Le journal 20 minutes rappelle à juste titre que Pascal Obispo « a été propriétaire d’un Hummer, énorme 4x4 très polluant. Idem pour Pagny, qui a longtemps possédé des voitures de sport et de puissantes motos. Autre incohérence, le chanteur effectue régulièrement des allers-retours en Patagonie où il possède une propriété alors que la Fondation Nicolas Hulot prône de limiter les déplacements en avion ». « Ils roulent pour Hulot, mais un peu vite (9) », conclut le journal gratuit. Un autre ami de Nicolas Hulot est Yves Paccalet, auteur d’un ouvrage au titre évocateur : L’humanité disparaîtra, Bon débarras ! (10), opus largement applaudi par les journalistes, qui n’ont certainement pas pris le temps le lire. L’humanité y est décrite comme une « tumeur », « affreuse, bête et méchante », un « cancer » qui se développerait avec pour moteur la « pulsion sexuelle ». « Elle nous incite à nous multiplier comme le font aussi les poux, les cafards, les rats… », écrit ce grand humaniste, invité, entre autres, sur Ushuaïa TV (11). Grâce aux soutiens des multinationales, à l’appui de stars et à des émissions télévisées à grande écoute, l’armada Hulot parvient à imposer l’image d’un homme sans peur et sans reproche, et bardé de propositions ambitieuses. Une image qui ne résiste pas à l’analyse des ses idées.

Idées pâles

Jean-Paul Besset, ex-rédacteur en chef au Monde, est le principal « coordinateur » (12) des livres publiés sous le nom de Nicolas Hulot. Pour celui-ci le télé-écolgiste est, bien entendu, « un homme libre »… qui a décidé de franchir une étape : « Comme grand témoin, il se faisait balader. C’est pourquoi il a décidé de passer à un autre stade, de devenir acteur en s’engageant dans la bataille politique à l’occasion de l’élection présidentielle (13) ». Le doute sur son éventuelle candidature est savamment maintenu. Celui qui a refusé à plusieurs reprises un poste de ministre de l’Environnement se lancerait-il enfin en politique ? Dans cette optique, le « pacte écologique » lancé aux candidats à la présidentielle de 2007 devrait donner la teneur d’un programme écologique ambitieux. Or, son maigre contenu ne peut que frapper un observateur attentif. Homme de communication, Nicolas Hulot lance « 10 objectifs » et « 5 propositions », mais ceux-ci sont très imprécis. Concernant l’agriculture, il s’agit de « concilier la production agricole avec le respect de l’environnement ». Le mot « biologique » fait partie du texte présentant les objectifs, mais est retiré de la synthèse, donc des propositions. On préfère les termes flous de « produits certifiés ». Sur la santé, il faut engager une « politique de prévention » envers les pesticides et les OGM. Les mots « réduction » ou « interdiction » sont honnis. À peine apparaît timidement le terme « taxe » sur les carbones, qui est la seule proposition forte, donnée comme un os à ronger aux journalistes. Sur cinq, ses deux dernières propositions quittent le terrain de l’écologie pour plaider en faveur de la « démocratie participative » et de l’« éducation à l’environnement ». Sur le site Internet du Pacte écologique, on cherchera vainement le « quart du début du commencement » d’un programme politique. D’où vient alors que Nicolas Hulot bénéficie de l’image d’un homme courageux, qui demande des mesures fortes ? Politis a même décrit Nicolas Hulot comme un « croisé de la décroissance » dans son édition du 9 novembre 2006, alors que l’animateur a dit lui-même : « Je ne crois pas à la décroissance économique. (…) Progressivement, il est possible de créer de nouvelles filières sans toucher à la croissance (14). » Le télé-écologiste pourrait-il tenir un autre discours que celui, connu, de la « croissance durable » ? Il est fidèle à une des missions de sa fondation, qui face à la crise écologique, rappelle que « les engagements écologiques, sociaux et économiques doivent être conjoints. Qu’ils représentent un investissement positif sur le long terme ». Cette position conciliante envers la logique du marché explique son ambiguïté sur la question nucléaire ; « il ne faut pas fermer la porte à une éventuelle quatrième génération de centrales », a-t-il déclaré dans Le Monde (15). Le réseau Sortir du nucléaire a dénoncé la position de l’animateur. Rappelons que le logo d’EDF est sur la première page du site de la FNH, et l’entreprise honorée comme un « partenaire fondateur ».

« Il n’attaque pas… »

Faire de la politique, proposer des lois, mettre des limites à l’appétit des multinationales ou des consommateurs est un langage étranger à l’animateur de TF1. Ancien photographe du Paris-Dakar reconverti dans l’édition de luxe, Yann Arthus-Bertrand fait partie du réseau Hulot. Il résume l’attitude politique du clan Hulot : « Ce qui me plaît, c’est qu’il n’attaque pas. Moi qui ai toujours voté pour les Verts, cette fois-ci je ne voterai pas pour eux. Par leur idéologie antilibérale, antinucléaire, ils ont tout gâché. » « Il n’attaque pas », il ne fait pas de politique. Le journaliste du Figaro note que « le philosophe Pierre-André Taguieff (…) applaudit lui aussi la démarche “dépolitisée” de Hulot : “Il ne répond pas seulement à un mouvement d’opinion, mais à un phénomène moral. La prise de conscience écologique, c’est aussi un retour du sacré, et la fin d’un appauvrissement spirituel” (16) ». Tout est dit : l’écologie reste dans une dimension uniquement morale et personnelle, donc hors de la sphère d’action politique. Le tout est non de légiférer, mais de suivre la voie Hulot : « prendre conscience et faire prendre conscience »… Si le Parlement suivait Hulot, il aurait attendu la « prise de conscience » des fumeurs au lieu d’interdire le tabac dans les lieux publics.

Les médias conquis

Tout cela fait un bon produit médiatique, pas dérangeant, qui emporte l’enthousiasme. Hulot sait parler vrai, c’est un bon client, et les journalistes sont en terrain connu : ils s’interviewent entre confrères. L’hebdomadaire Télérama a ainsi consacré huit pages de son numéro du 5 février 2005, dont sa couverture, à l’animateur de télévision : « Châtain. Coupe de cheveux à rendre fou un coiffeur. Un tatouage sur l’épaule, une queue de baleine en pendentif [...] L’œil gauche cligne parfois comme une aile d’oiseau mouche. » Hulot est coutumier de ce genre d’éloge. Le 8 novembre, Nicolas Hulot a droit à une pleine page dans le Figaro. « Loin de prôner une “décroissance” appelée des vœux par certains » (c’est nous !), « le héraut de l’écologie entend plutôt “redonner du sens au progrès”. “C’est pragmatique et pas dogmatique”, lance l’intéressé. » Serge Dassault, propriétaire du journal et fabricant d’armes, est lui aussi très pragmatique et « pas dogmatique » dans le choix de ses clients...

Pour conclure

Nicolas Hulot veut changer les choses de l’intérieur... mais de l’intérieur des multinationales ! Nicolas Hulot ne sert pas la cause écologique, il contribue à faire passer l’idée que le capitalisme et le profit sont conciliables avec un environnement préservé. Il permet aux entreprises destructrices de se donner bonne conscience en finançant des programmes d’éducation à l’environnement. Nicolas Hulot évite soigneusement de parler de la crise des valeurs et des inégalités sociales qui sont intimement liées au saccage écologique de notre planète. Nicolas Hulot omet la question sociale, celle qui fait que les premières victimes des pollutions (visuelles, sonores, aérienne) seront aussi les catégories les plus défavorisées socialement L’animateur de TF1 réussit en somme à faire « beaucoup de bruit pour rien » tout en prenant un espace médiatique précieux. Il participe au recul du politique dont nous aurions tant besoin pour apporter des solutions au drame écologique, mais aussi social et culturel dont notre humanité souffre.

Ce texte a été publié dans les Cahiers de l’IEESDS n°1, supplément de La Décroissance en kiosque le 22 novembre

Notes :

1 - L’Expansion, 25-5-2005, "Ushuaïa, le label Hulot certifié 100 % rentable"

2 - La commission paritaire des publications et des agences de presse (CPPAP) a refusé de considérer ce magazine comme un produit d’information. Ushuaïa magazine n’a donc pas eu de « numéro de CPPAP » et n’est commercialisé dans les kiosques qu’en tant qu’un des multiples produits publicitaires dérivés de l’émission homonyme. (CB News, 31-10-2005)

3 - Ouest-France, 30-1-2003.

4 - Citations extraites du site de la FNH

5 - Site web du Groupe ASF (Autoroutes du Sud de la France), avril 2005.

6 - Nicolas Hulot, « L’écolo cathodique », Le Figaro, 18-9-2006.

7 - Michel-Édouard Leclerc, Le Nouvel économiste, 26-3-2004.

8 - Le Figaro, 8-11-2006.

9 - 20 minutes, 9-11-2006.

10 - L’humanité disparaîtra, Bon débarras ! voir aussi ici Éditions Arthaud, 2006.

11 - Ushuaia TV, 7-4-2006.

12 - Libération, « Hulot les rend tous verts », 7-11-2006.

13 - Politis, 9-11-2006

14 - TV magazine, 25-9-2005.

15 - Le Monde, 7-11-2006.

16 - Le Figaro, 8-11-2006.


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.: La signification du socialisme du XXIe siècle pour le Venezuela
Par Gregory Wilpert

Dans ce qui a semblé être une surprise pour presque tout le monde, le 30 janvier 2005, le président Hugo Chavez a annoncé dans un discours au 5e Forum social mondial qu’il appuyait la création du socialisme du XXIe siècle au Venezuela. Selon Chavez, ce socialisme serait différent de celui du XXe siècle. Même s’il est resté vague sur ces différences, il a insinué que ce ne serait pas un socialisme d’Etat à l’image de celui mis en œuvre en Union soviétique et en Europe de l’Est ou tel que le pratique Cuba aujourd’hui. Il s’agirait plutôt d’un socialisme qui serait davantage pluraliste et moins centré sur l’Etat.



P.-S. :

RISAL - Réseau d’information et de solidarité avec l’Amérique latine URL : http://risal.collectifs.net/

Source : Venezuelanalysis (www.venezuelanalysis.com), 11 juillet 2006.

Traduction : l’équipe du RISAL (www.risal.collectifs.net).

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Notes

[1] Erratum : Nicolas Hulot a appelé ce lundi 4 décembre 2006 pour préciser que le Peugeot Partner Ushuaïa n’est pas un « 4 x 4 » mais un véhicule tout-terrain 2 roues motrices.